EXCLUSIF : L'UE pourrait annoncer en septembre l'interdiction des réseaux sociaux pour les enfants

Von der Leyen devrait profiter de son discours annuel sur l'état de l'Union pour dévoiler des projets visant à instaurer, à l'échelle de l'Union européenne, des restrictions d'âge sur les réseaux sociaux

EURACTIV.com
[Photo : Philipp von Ditfurth/picture alliance via Getty Images]

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devrait annoncer des propositions visant à interdire l’accès des enfants aux réseaux sociaux à l’échelle de l’Union européenne lors de son discours annuel sur l’état de l’Union, qui se tiendra à Strasbourg le 16 septembre, ont indiqué plusieurs responsables politiques et diplomates européens à Euractiv.

Cette initiative marquerait l’engagement politique le plus clair à ce jour de Bruxelles en faveur de l’introduction de restrictions d’âge sur les réseaux sociaux dans l’ensemble de l’Union, après des mois de pression de la part des gouvernements nationaux pour une meilleure protection des enfants en ligne.

Un responsable de la Commission a toutefois précisé que le cadre juridique reste à définir. Cette initiative devrait néanmoins ouvrir la voie à une législation européenne ou à d’autres mesures réglementaires obligeant les plateformes à empêcher les enfants n’ayant pas atteint un âge minimum de créer des comptes.

Un représentant d’une capitale nationale a indiqué que des responsables de la Commission ont déjà informé les gouvernements qu’ils doivent s’attendre à une annonce en septembre, renforçant ainsi les anticipations selon lesquelles Ursula von der Leyen profiterait de son discours politique annuel pour dévoiler cette initiative.

On ignore encore quel âge minimum la Commission proposerait ni comment ces restrictions fonctionneraient concrètement. Les gouvernements nationaux ont avancé différentes options, allant du consentement parental obligatoire à des restrictions pures et simples s’appuyant sur des technologies de vérification de l’âge.

Un responsable européen proche de von der Leyen a déclaré qu’une annonce « pourrait intervenir » lors du discours, mais a précisé qu’un groupe d’experts chargé de conseiller la Commission n’a pas encore publié ses recommandations.

Ce groupe consultatif, mis en place par Ursula von der Leyen pour examiner comment protéger les enfants en ligne, devrait rendre son rapport le 13 juillet. D’ici là, « l’orientation politique et les prochaines étapes précises ne peuvent être prédites », a souligné ce fonctionnaire.

Selon des responsables, la protection des enfants en ligne est devenue l’une des priorités phares de von der Leyen pour son second mandat. Un représentant d’une capitale nationale a qualifié cette question de « projet de cœur » personnel, expliquant que les gouvernements souhaitent que la Commission « concrétise ses intentions » après des mois de discours politiques.

Pression des capitales

La dynamique s’est accélérée alors que les gouvernements de l’UE mettent en place leurs propres restrictions concernant l’accès des enfants aux réseaux sociaux. La France, l’Espagne, l’Allemagne, le Danemark et la Grèce ont tous adopté des mesures nationales.

Plusieurs pays hors de l’Union sont allés plus loin. L’Australie a adopté en 2024 la loi intitulée « Online Safety Amendment (Social Media Minimum Age) Act », une première mondiale obligeant les principales plateformes de réseaux sociaux à empêcher les moins de 16 ans de détenir un compte. Elle est entrée en vigueur en décembre 2025. Ursula von der Leyen a cité à plusieurs reprises cette législation comme un modèle pour la protection des enfants en ligne.

Le gouvernement britannique a annoncé le mois dernier son intention d’introduire une interdiction, à l’image de celle de l’Australie, visant à empêcher les moins de 16 ans d’utiliser les principales plateformes de réseaux sociaux ; ces mesures devraient entrer en vigueur au printemps 2027. Ces propositions viendraient s’ajouter à la loi existante sur la sécurité en ligne (Online Safety Act) du pays.

L’Irlande, qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE, a fait de la sécurité des enfants en ligne l’une de ses priorités et milite en faveur d’une approche européenne en matière de vérification de l’âge.

« Une dynamique importante est en train de se mettre en place à ce sujet », a déclaré la semaine dernière le Premier ministre irlandais Micheál Martin. « Nous nous attendons à des propositions et des idées assez concrètes, et je pense qu’il y a là une opportunité d’adopter une position à l’échelle européenne en matière de protection des enfants en ligne. »

Un diplomate a indiqué que Bruxelles subit une pression croissante pour agir avant que les législations nationales ne divergent trop. « Plus on attend, moins les États membres ont de marge de manœuvre pour adapter leurs cadres juridiques », a-t-il ajouté.

Christel Schaldemose, vice-présidente du Parlement européen, a exhorté von der Leyen à agir plus rapidement. « Elle n’agit pas assez vite, et c’est un problème », a affirmé Schaldemose. « Cela fait déjà longtemps que nous en discutons. »

Elle a cité l’exemple du Danemark, qui envisage d’imposer le consentement parental pour l’accès aux réseaux sociaux des moins de 15 ans, comme preuve que les États membres de l’UE avancent de leur côté, indépendamment de Bruxelles.

Un expert en sécurité des enfants en ligne, qui suit les travaux du groupe consultatif de la Commission, a suggéré que la période estivale, généralement plus calme, serait naturellement un moment inhabituel pour lancer une initiative aussi médiatisée, ce qui ferait du discours sur l’état de l’Union de septembre un moment politique plus probable.

La semaine dernière, un porte-parole de la Commission a déclaré qu’il existe encore « différentes options sur la table » pour restreindre l’accès des enfants aux réseaux sociaux, soulignant que la forme précise de toute proposition reste à déterminer.

Eddy Wax a contribué à cet article

(nl, bw, cz)