« Tout ne relève pas de la stratégie UE 2020 »
Le président (PS) du Conseil régional de Bretagne, Jean-Yves Le Drian, vient d’être élu à la tête de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM) pour deux ans. Il met en garde contre l’«élimination» de la politique de cohésion par la stratégie UE 2020.
Le président (PS) du Conseil régional de Bretagne, Jean-Yves Le Drian, vient d’être élu à la tête de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM) pour deux ans. Il met en garde contre l’«élimination» de la politique de cohésion par la stratégie UE 2020.
Vous venez d’être élu président de la CRPM. Votre mandat sera-t-il principalement axé sur la défense d’une future politique de cohésion ambitieuse?
Oui, mais pas uniquement. Les fondamentaux de la CRPM, qui va maintenant atteindre les 40 ans, sont triples. Il y a la politique de cohésion, la mise en œuvre d’une politique maritime et l’ensemble de la question de l’accessibilité. Cela va du numérique au ferroviaire en passant par les ports.
Le point commun des 160 régions membres se trouve dans ce tryptique. Au cours de mon mandat, je veux réactualiser ces trois enjeux au regard de la préparation de la révision budgétaire de 2014, mais aussi en fonction de la stratégie UE 2020.
Au-delà de ce tryptique, quels points communs peuvent bien avoir deux régions aussi différentes que la Provence-Alpes-Côte d’Azur et l’Ecosse, par exemple?
Les deux régions que vous citez sont toutes deux bénéficiaires de l’objectif «Compétitivité et emploi». Cela veut dire qu’elles sont confrontées à une interrogation sur l’avenir de la politique de cohésion, puisqu’elles font parties des régions intermédiaires en terme de PIB. Or, elles sont le plus touchées par la crise.
Nous devons nous mobiliser afin que la politique de cohésion intègre ces régions dans ses objectifs à partir de 2014.
Deuxièmement, pour ces régions, l’innovation est une stratégie de mutation. Il faut favoriser l’incitation à l’innovation, ainsi que les échanges d’expériences.
Troisièmement, il s’agit de régions qui font du levier maritime l’un des piliers de leur développement futur. Je pense notamment à l’énergie verte, marine ou bleue, ou bien aux biotechnologies, ou à la planification maritime.
Au-delà de la CRPM, quel regard portez-vous sur l’état du débat sur l’avenir de la politique de cohésion?
Il n’est pas encore ouvert. L’une des raisons pour lesquelles j’insiste sur ce point, c’est que la CRPM a vocation à l’entretenir et à le propulser. C’est la raison pour laquelle nous participerons à la marche des présidents de certaines régions, le 7 octobre à Bruxelles [lire encadré]. Nous profiterons de cette occasion pour mettre sur la table l’objectif «Compétitivité régionale et emploi». Il faut aborder très franchement cette question, et ne pas se limiter à dire que tout relève de la stratégie 2020.
Vous craignez que le débat ne se limite à UE 2020?
Oui, il peut y avoir un risque, surtout dans une période de pénurie financière. Or UE 2020 prend le relais de la stratégie de Lisbonne qui a échoué parce qu’il n’y a pas eu suffisamment de subsidiarité et de mise en mouvement des régions.
Aujourd’hui, il ne faudrait pas que la stratégie UE 2020 élimine la politique de cohésion. D’autant plus que nous sommes maintenant dans le cadre du traité de Lisbonne, qui prévoit explicitement de faire jouer la cohésion territoriale dans tous les objectifs européens.
La politique maritime est relativement nouvelle, mais estimez-vous qu’elle a atteint aujourd’hui une certaine maturité?
La Commission européenne doit poursuivre sa feuille de route dans ce domaine. Il y a eu des avancées incontestables. Je pense notamment au paquet Erika III sur la sécurité, mais aussi à une vraie intiative sur la planification spatiale maritime, et au renforcement du Programme-cadre de recherche et de développement (PCRD) sur la dimension maritime de la recherche. Enfin, le commissaire en charge de la Pêche et des Affaires maritimes, Maria Damanaki, a annoncé la naissance d’un fonds spécial maritime, doté de 50 millions d’euros. La somme n’est pas très importante, mais elle l’est symboliquement. Ce fonds constituera une ligne budgétaire maritime dès la programmation budgétaire actuelle.
Dans ce domaine, qu’attendez-vous de la Commission dans les années à venir?
Il y a des sujets forts : la formation et la recherche, mais aussi la politique de sécurité pour un paquet Erika IV anticipant sur de nouveaux risques en mer. La Commission devrait également aboutir sur le dossier de la planification spatiale, ainsi que sur le transport maritime.