Allemagne : la secrétaire d'État aux Affaires européennes demande à Pristina de désamorcer les tensions au Kosovo

Après une nouvelle flambée des tensions entre le Kosovo et la Serbie, l’Allemagne et la France ont appelé les deux parties à la désescalade, car elles mettent « en péril » leur adhésion à l’UE.

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« Les deux parties doivent apaiser la situation. Elles mettent réellement en danger leur avenir européen », a confié à EURACTIV la ministre d’État allemande chargée des Affaires européennes, Anna Lührmann. [SHUTTERSTOCK/Alexandros Michailidis]

Après une nouvelle flambée des tensions entre le Kosovo et la Serbie, l’Allemagne et la France ont appelé les deux parties à la désescalade, car elles mettent « en péril » leur adhésion à l’UE.

Malgré une initiative franco-allemande facilitée par l’UE visant à normaliser les relations entre le Kosovo et la Serbie, les tensions ont récemment refait surface après la démission de tous les citoyens d’origine serbe des institutions kosovares et leur boycott des élections municipales, auxquelles moins de 4 % d’entre eux ont participé et à l’issue desquelles les maires d’origine albanaise ont pris leurs fonctions.

Lorsque les maires kosovars d’origine albanaise ont tenté d’entrer dans les institutions du nord du pays, à majorité serbe, des scènes de violence au cours desquelles des troupes de l’OTAN, des journalistes et des policiers ont été blessés, ont éclaté.

Le gouvernement de Pristina est sous les feux de la rampe et a même été menacé de sanctions par l’UE en raison de sa réticence à apaiser les tensions avec son voisin du nord.

L’adhésion à l’UE menacée

« Les deux parties doivent apaiser la situation. Elles mettent réellement en danger leur avenir européen », a confié à EURACTIV la ministre d’État allemande chargée des Affaires européennes, Anna Lührmann.

Bien qu’elle ait souligné que les « deux parties devaient s’abstenir de toute mesure susceptible d’aggraver la situation », elle a particulièrement pointé du doigt le Kosovo qui doit respecter sa part du marché.

« Le gouvernement du Kosovo doit reconnaître que ce [principe] ne s’applique pas seulement à Belgrade, mais aussi à Pristina. Toutes deux doivent s’engager de manière constructive et favoriser une solution diplomatique durable », a-t-elle indiqué.

Les « deux parties doivent respecter leurs accords et parvenir à une compréhension commune », a indiqué la secrétaire d’État française chargée des Affaires européennes, Laurence Boone, à EURACTIV.

Le Kosovo a été critiqué parce qu’il n’a pas réussi à apaiser les tensions avec la Serbie à propos de la controverse sur les élections dans le nord du pays, bien que la communauté internationale ait considéré que les élections étaient légitimes.

Le président serbe Aleksandar Vučić avait appelé les électeurs et candidats serbes du Kosovo à boycotter les élections. Pristina soutient pour sa part que c’était leur choix et qu’ils ont choisi de ne pas prendre part aux processus démocratiques.

Entre-temps, le dialogue soutenu par l’UE entre les deux pays se trouve pratiquement au point mort. Un accord de 2013 visant à créer une Association des municipalités à majorité serbe au Kosovo a été jugé inconstitutionnel en 2015, bien que Pristina se dise prête à explorer d’autres possibilités qui respectent sa constitution. Cependant, la Serbie et l’Occident continuent d’insister sur la formation immédiate d’une telle association, sans vraiment s’accorder sur la manière dont elle devrait être mise en œuvre.

La Serbie n’a pas non plus respecté sa part de l’accord : le pays s’est immiscé dans les élections au Kosovo, a fait pression contre la reconnaissance du Kosovo par les pays qui ne le reconnaissent pas encore et a fait obstacle à son adhésion aux organisations internationales.

Les représentants du Kosovo accusent donc l’Occident de faire deux poids deux mesures.

Interrogée par EURACTIV, la présidente du Kosovo, Vjosa Osmani, a déclaré que la principale raison pour laquelle l’Occident hésite à l’égard de la Serbie tient au fait qu’il y a un « intérêt à rapprocher la Serbie de l’Union européenne, de l’Occident, et à l’éloigner de la Russie ».

Belgrade demande l’aide de l’UE

En outre, à Belgrade, la Première ministre serbe Ana Brnabić a appelé les États membres de l’UE à aider à préserver la paix dans la région et à soutenir les accords internationaux.

« Je profite de l’occasion qui m’est donnée aujourd’hui pour demander à nos partenaires de l’UE de nous aider à préserver la paix et à faire en sorte que les Serbes du Kosovo vivent sans craindre la torture quotidienne, les arrestations […] et afin de garantir au moins les principes de base de l’État de droit au Kosovo », a déclaré Mme Brnabić lors d’un évènement organisé par la délégation de l’UE en Serbie.

« Je demande donc qu’enfin, après plus de 10 ans, l’accord [conclu à] Bruxelles soit mis en œuvre et que l’association des municipalités à majorité serbe soit établie », a-t-elle ajouté.

Mme Brnabić a également indiqué que l’adhésion à l’UE était « l’objectif stratégique de la Serbie en matière de politique étrangère ».

« Nous pensons que le projet de paix européen représenté par l’Union ne peut être pleinement achevé que par l’adhésion à part entière de la République de Serbie et d’autres pays des Balkans occidentaux », a-t-elle affirmé.

En ce qui concerne la guerre en Ukraine, Mme Brnabić a déclaré que les positions de la Serbie et de l’UE n’étaient pas différentes.

« La République de Serbie apporte un soutien sincère et de principe à l’Ukraine, à son intégrité, à son intégrité territoriale et à sa souveraineté. Nous respectons et défendons toujours, à tout moment et indépendamment de l’époque, des circonstances ou des acteurs, le principe fondamental du droit public international et de la Charte des Nations unies : l’inviolabilité des frontières internationales des pays souverains, membres de l’ONU », a déclaré Mme Brnabić.

Toutefois, la Serbie ne s’est pas jointe aux sanctions de l’UE contre Moscou, bien que les pays candidats soient censés suivre la position de l’UE en matière d’affaires étrangères.

Nouvelles élections ?

À Pristina, le Premier ministre kosovar Albin Kurti s’est adressé en serbe à la population serbe du pays, l’appelant à participer aux nouvelles élections dans le nord.

« Les représentants [inscrits] sur la liste serbe, ainsi que [Aleksandër] Jabllanoviç, ont dit toutes sortes de choses sur le Kosovo et à mon égard, mais je suis toujours prêt à les accepter en tant que futurs maires. Malheureusement, je n’ai ni le pouvoir ni la volonté de les forcer à voter », a-t-il déclaré.

« Pour ce faire, nous avons besoin d’élections rapides et d’une campagne préélectorale ouverte et libre dans quatre municipalités du nord. Sans une campagne juste et démocratique, il n’y a pas d’élections justes et démocratiques. C’est pourquoi l’État de droit est nécessaire en premier lieu, c’est-à-dire un environnement dépourvu de peur et de criminels », a-t-il ajouté.

M. Kurti a également appelé à un rétablissement du dialogue à Bruxelles, auquel M. Vučić a refusé de participer, car il ne veut pas rencontrer son homologue kosovar.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]