Barroso se réveille, deux ans avant la fin de son mandat
Devant les députés, le président de la Commission européenne a prôné la mise en place d’une «fédération d’États nation » pour mettre un terme aux insuffisances démocratiques de l’UE et permettre une sortie de la crise par le haut.
Devant les députés, le président de la Commission européenne a prôné la mise en place d’une «fédération d’États nation » pour mettre un terme aux insuffisances démocratiques de l’UE et permettre une sortie de la crise par le haut.
Les belles paroles n’engagent que ceux qui les croient… Une fois de plus, le président de la Commission n’a pas été avare de grandes envolées lors de son discours sur l’état de l’Union mercredi 12 septembre.
Souveraineté partagée
Après une première partie d’intervention habituelle en forme de catalogue à la Prévert des actions déjà menées pour sortir la zone euro de la crise, José Manuel Barroso a rappelé la nécessité pour les États de mener des réformes « structurelles » et de renforcer le marché unique.
Puis, le Portugais s’est laissé aller à rêver d’un grand projet d’ici la fin de son mandat.
« N’ayons pas peur des mots : nous devons avancer vers une fédération d’États nation. C’est ce dont nous avons besoin. C’est notre horizon politique », a-t-il lancé aux députés européens. Il ne s’agit nullement de créer un « super État » mais de mettre en place « une souveraineté partagée », a-t-il précisé.
Celui qui est à la tête de l’exécutif européen depuis maintenant huit ans avait déjà évoqué un «renouveau européen » dans son discours de 2011. Mais, depuis un an, la côte de popularité de l’UE auprès des citoyens n’a cessé de se détériorer. Pour inverser la tendance, M. Barroso a appelé cette fois les intellectuels à la rescousse.
Avant 2014
L’ancien Premier ministre portugais veut utiliser les élections de 2014 pour mobilier toutes les forces pro-européennes. « Nous ne devons pas laisser les populistes et les nationalistes décider de l’agenda. » Le président de la Commission a ainsi annoncé la publication, le jour même, d’une proposition législative pour renforcer le statut juridique et l’autonomie des partis politiques européens.
Il juge par ailleurs nécessaire que ces formations présentent des candidats au poste de président de la Commission en amont du scrutin. Cette nouveauté doit permettre une réelle polarisation des débats, au-delà des barrières nationales.
Mais le cœur de l’ambition de José Manuel Barroso repose sur une nouvelle modification des traités. «Avant les prochaines élections européennes, la Commission présentera les grandes lignes des contours de la future Union européenne ». « Nous mettrons en avant certaines idées le moment venu », s’est-il borné à préciser.
Sa phrase « le temps du consentement implicite des citoyens à la construction européenne est révolu » a résonné comme un écho aux non français et néerlandais à la Constitution européenne… sept ans plus tard.
Sans boussole
Un discours aux accents si fédéralistes ne pouvait qu’enchanter la majorité des élus européens.
Le chef de file des conservateurs, le Français Joseph Daul (UMP), issu de la même famille politique que José Manuel Barroso, s’est félicité de ses propos. « Il est impensable de créer une union économique sans l’union politique qui va avec. Il en va de notre crédibilité. L’union politique, c’est la légitimité. C’est plus de contrôle démocratique. C’est plus de participation des citoyens. »
Hannes Swoboda qui s’est exprimé au nom des socialistes a aussi reconnu qu’il y avait du bon dans ce discours mais a pointé des insuffisances. Il a demandé « un pacte social » pour réconcilier les citoyens avec l’UE. José Manuel Barroso a martelé qu’il croyait en l’avenir du « modèle social européen ». Il a cependant soutenu les mesures d’austérité qui s’abattent sur les Européens depuis trois ans.
Le député Europe Ecologie Les Verts Daniel Cohn-Bendit, toujours prompt à tacler le président de la Commission, lui a justement demandé des précisions. « Quelle direction, quelle vision » donnez-vous à ce projet «sans boussole » ?
Référendum britannique à venir ?
A de nombreuses reprises, M. Barroso a insisté sur la nécessité de maintenir la cohérence et les liens entre les17 membres de la zone euro et les 27 pays de l’UE, sans plus de précisions.
L’eurodéputé britannique eurosceptique, Nigel Farage, n’a pas manqué d’évoquer l’organisation d’un référendum que provoquerait la création d’une fédération. Depuis plusieurs mois, l’opinion publique du royaume est de plus opposée à Bruxelles et rejette tout nouveau transfert de souveraineté.
Le leader du Party pour l’Indépendance du Royaume-Uni (UKIP) a qualifié José Manuel Barroso de « fanatique » de l’intégration, tout en espérant la sortie prochaine de son pays de l’UE.
Copié-collé ?
Mais que valent les mots de José Manuel Barroso ? Le même volontarisme se retrouve dans son discours sur l’État de l’Union de l’année dernière. Il avait aussi allégrement accusé les États de bloquer nombre de décisions en raison d’« intérêts nationaux étroits ». Cette année, le président de la Commission a porté l’estocade au même endroit, conspuant les gouvernements qui revenaient sur leurs engagements dès le lendemain des sommets européens.
Cet arrière-goût de copié-collé du discours d’un président de la Commission européenne en fin de carrière, ayant peu de succès à mettre à son actif, n’a pas échappé au Belge Guy Verhofstadt. A la fin de son intervention au nom du groupe des libéraux, il a rappelé à José Manuel Barroso que le Parlement européen avait le pouvoir de lui retirer son mandat à tout moment. Une rhétorique à prendre pourtant avec recul. Car la menace circulait déjà dans les coulisses de l’Hémicycle en 2011.