Belgique : la motion de méfiance contre la ministre des Affaires étrangères devrait être rejetée pour sauver le gouvernement
La ministre belge des Affaires étrangères est confrontée ce jeudi à une motion de méfiance qui menace l’ensemble du gouvernement. En cause ? L’octroi de visas aux délégations iranienne et russe dans le cadre d’un sommet qui a rassemblé des maires au début du mois.
Ce jeudi (29 juin), la ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib, est confrontée à une motion de méfiance qui menace l’ensemble du gouvernement. En cause ? L’octroi de visas aux délégations iranienne et russe dans le cadre d’un sommet qui a rassemblé des maires au début du mois.
Plus tôt ce mois-ci (12-15 juin), le Brussels Urban Summit a rassemblé les maires de plus de 300 villes du monde. La présence du maire de Téhéran, Alireza Zakani — un ultra-radical du régime iranien invité par l’organisation internationale Metropolis —, a suscité de vives réactions, notamment au vu de la détention arbitraire du citoyen belge Olivier Vandecasteele en Iran pendant 455 jours.
Ce dernier avait été libéré après de longues négociations deux semaines auparavant, mais plusieurs ressortissants de l’UE sont quant à eux toujours détenus par le régime.
Depuis lors, la ministre libérale francophone Hadja Lahbib (Mouvement réformateur, MR/Renew Europe) est dans la tourmente, plusieurs responsables politiques appelant à sa démission.
Toutefois, la ministre a reçu le soutien du Premier ministre Alexander De Croo (libéraux flamands, Open VLD).
« Nous devons placer la responsabilité politique là où elle se trouve. Malgré l’avis négatif [du gouvernement fédéral], [la ville de] Bruxelles a décidé d’inviter [les Iraniens] et même de payer leur séjour. C’est là que se trouve la responsabilité », a déclaré M. De Croo sur la chaîne VTM la semaine dernière.
Selon lui, la position du gouvernement fédéral à l’égard des autorités iraniennes est claire et la délivrance de visas à une délégation iranienne comprenant le maire de Téhéran n’y change rien.
Au parlement bruxellois, le secrétaire d’État chargé des relations internationales, Pascal Smet (parti social-démocrate flamand Vooruit), a été le premier à subir le coût politique de ces invitations et a finalement présenté sa démission.
Mme Lahbib s’est expliquée à plusieurs reprises sur la question, notamment lundi (26 juin) au parlement, et s’est finalement excusée pour son rôle dans l’octroi des visas, admettant qu’elle avait commis une erreur. Sa décision est défendue par certains qui affirment qu’elle a fait preuve de pragmatisme, tandis que pour d’autres, tels que la députée et militante irano-belge des droits de l’Homme Darya Safai (parti flamand de droite NV-A), il s’agit plutôt de laxisme et d’une preuve de faiblesse.
Motion de défiance et motion pure et simple
Le gouvernement fédéral belge — « la Vivaldi » — est composé de sept partis : le Parti socialiste francophone (PS), les Christen-Democratisch en Vlaams (CD&V) et l’Open Vlaamse Liberalen en Democraten (Open VLD, parti de M. De Croo) flamands, le Mouvement réformateur francophone (MR), Vooruit (sociaux démocrates flamands) et les partis écologistes francophone (Ecolo) et flamand (Groen).
Les deux plus grands partis d’opposition ont décidé de déposer plusieurs motions de méfiance dans le cadre de cette affaire. Le parti flamand de droite N-VA a déposé une motion contre Mme Lahbib, et le parti flamand d’extrême droite Vlaams Belang en a déposé une contre Mme Lahbib et une autre contre le Premier ministre. L’Open VLD de M. De Croo a ensuite contre-attaqué avec une motion dite « pure et simple » — une motion habituellement déposée par la majorité lorsqu’elle veut clore une discussion —, qui avait été cosignée par le MR, parti de Mme Lahbib.
Si elle venait à être votée, la motion pure et simple rendrait caduques les motions de l’opposition.
Le Parti socialiste francophone et les Verts francophones et flamands ont ensuite annoncé qu’ils ne voteraient pas pour la destitution de Mme Lahbib et signeraient la motion pure et simple, arguant que le fait de voter pour une motion de méfiance pourrait déstabiliser le gouvernement. Ils soulignent que la confiance dans la ministre belge n’a pas été rétablie pour autant.
« Nous ne voulons pas mettre en danger la stabilité du pays », a déclaré Wouter De Vriendt (Groen), cité par l’agence de presse Belga. « Mais pour nous, Mme Lahibib doit s’engager à réformer la procédure de visa, [et] à réaffirmer la lutte pour les droits de l’Homme en Iran […]. »
Le PS demeure lui aussi critique. « La situation de crise dans laquelle nous nous trouvons a été provoquée par l’incapacité de Mme Lahbib à informer correctement le parlement, qui a dû subir ses errements, ses contre-vérités et ses multiples tentatives de déresponsabilisation », a déclaré le député Malik Ben Achour. « Le groupe PS juge inacceptable les tentatives répétées du MR de se défausser sur le gouvernement bruxellois et de reporter la responsabilité sur d’autres membres du gouvernement fédéral », a-t-il poursuivi.
Mercredi (28 juin), le chef du groupe parlementaire du PS à la Chambre, Ahmed Laaouej, a déclaré sur La Première que son parti choisissait la stabilité du gouvernement, mais qu’il serait souhaitable que Mme Lahbib présente sa démission, comme l’a fait M. Smet, l’appelant à « prendre ses responsabilités ».
Pour le nationaliste flamand Peter De Roover (NV-A) également, Mme Lahbib doit démissionner afin de restaurer la crédibilité du gouvernement.
Selon lui, les visas d’« Alireza Zakani, mieux connu sous le nom de “boucher de Téhéran”, et [d’une] délégation d’agents du régime des Ayatollahs » ont été délivrés avant le screening effectué par la Sûreté de l’État.
« Nous avons subi notre première humiliation avec un compatriote retenu en otage pendant 455 jours, que nous n’avons réussi à libérer qu’en satisfaisant pleinement aux exigences de l’Iran, et deux semaines plus tard, notre ministre des affaires étrangères semble dire que tout a été oublié et pardonné. Elle déroule même le tapis rouge et tire un trait sur le passé. Quel signe de faiblesse vis-à-vis de ce régime », déplorait-il vendredi dernier (23 juin).
Tout comme la NV-A, le Vlaams Belang devrait également voter en faveur de la motion de méfiance.