Bruxelles envisage de mettre en garde les développeurs d'applications
ÉDITION SPÉCIALE / Près de 15 000 représentants des plus grands développeurs d’applications au monde se rencontrent aujourd’hui (25 février) à Barcelone. Des responsables politiques européens leur lanceront un signal d’avertissement dans le courant de la semaine lorsqu’ils proposeront de renforcer les règles sur la vie privée dans le secteur.
ÉDITION SPÉCIALE / Près de 15 000 représentants des plus grands développeurs d’applications au monde se rencontrent aujourd’hui (25 février) à Barcelone. Des responsables politiques européens leur lanceront un signal d’avertissement dans le courant de la semaine lorsqu’ils proposeront de renforcer les règles sur la vie privée dans le secteur.
Le groupe de travail « Article 29 » de la Commission européenne rassemblera les nouvelles règles sur la protection des données. Il est composé de représentants nationaux des autorités européennes en la matière.
En octobre 2012, le groupe de travail a indiqué qu'il publierait des orientations cette année à la lumière de l'évolution rapide de l'utilisation des smartphones, de la quantité d'applications téléchargées dans le monde et de l'existence de plusieurs développeurs d'applications de petite taille.
Cette question figure à l'ordre du jour de la réunion de groupe cette semaine, prévue les 26 et 27 février à Bruxelles.
Dans le même temps, les développeurs d'applications expriment des opinions divergentes sur le sujet. Ils rejoindront leurs homologues du secteur des smartphones au congrès d'une semaine à Barcelone organisé par GSMA, une association qui représente des opérateurs de téléphonie mobile.
Les développeurs d'application ne veulent pas de « Big Brother »
La question de la géolocalisation est au coeur du débat, car plusieurs applications sont conçues pour déterminer l'emplacement de leurs utilisateurs, même à partir de données anonymes.
Dans un entretien récent accordé à EURACTIV, Harri Koponen, le chef d'exploitation de Rovio, a déclaré que la plupart des développeurs d'application de jeux s'appuyaient sur les fonctions de géolocalisation pour améliorer leurs services. Rovio est l'entreprise derrière la célèbre application « Angry Birds ».
« Notre intérêt est de garantir qu'ils [les utilisateurs] obtiennent le meilleur service possible, nous ne vendons pas leurs données », a indiqué M. Koponen, ajoutant : « Nous n'utilisons pas la localisation du matériel pour vendre quoi que ce soit à l'utilisateur, mais pour garantir une vitesse minimum de téléchargement. »
La géolocalisation permet d'identifier les endroits où le service d'applications pourrait mal fonctionner, a-t-il expliqué. « Si la vitesse est trop lente, le débit pourrait être insuffisant. Si le service devient homogène, nous devrons alors réellement utiliser ces données. »
M. Koponen s'est fait l'écho des craintes d'autres petits développeurs d'applications de jeux qui craignent que les nouvelles règles ne les obligent à engager du personnel supplémentaire pour gérer les données.
« Cette procédure est complètement inutile et non souhaitée, une sorte de “Big Brother vous regarde” », a-t-il ajouté.
Les opérateurs veulent des règles équitables
Dans le même temps, les opérateurs de téléphonie mobile se disent mécontents que les règles proposées sur la vie privée concernant leurs entreprises contournent l'industrie des applications sur Internet étant donné que ces règles ne s'appliquent pas à l'Internet.
« Nous ne devrions pas nous attendre à ce que les utilisateurs comprennent les différentes règles appliquées aux services de fonctionnement équivalents fournis par des technologies différentes », a déclaré Martin Whitehead, directeur de GSMA Europe.
« La cohérence au sein des expériences privées contribuera à sensibiliser la population au fait qu'une application ou un service a des conséquences sur la vie privée et que les gens doivent faire des choix. La cohérence juridique permettra également aux entreprises de rencontrer les intérêts privés des utilisateurs ainsi que leurs obligations légales », a-t-il ajouté.
En janvier, un certain nombre d'opérateurs européens de téléphonie mobile ont signé un cadre de responsabilisation mis eu point par GSMA en vue de renforcer la vie privée des utilisateurs d'application. Conformément à ce nouveau cadre, les opérateurs se sont engagés à tenir les fournisseurs d’applications responsables de la vigilance et de la transparence dans le respect des données des utilisateurs.
« Ce cadre nous permettra, ainsi qu’à la communauté de développeurs, de créer des applications passionnantes et de faire preuve de plus de transparence et de sécurité pour les applications mobiles », a indiqué Hannes Ametsreiter, le directeur général de Telekom Austria Group.
« C'est particulièrement important pour les réseaux sociaux et les services du nuage où nous observons une crainte grandissante parmi les utilisateurs sur leurs données personnelles. »
Le Mobile World Congress mettra la mobilité en valeur
Des décideurs politiques américains, canadiens et néerlandais se sont déjà penchés sur la question. En décembre 2012, le procureur général de la Californie a poursuivi Delta Air Lines pour ne pas avoir inclus une politique de respect de la vie privée dans son application mobile. La Commission fédérale américaine du commerce (FTC) a en outre publié un rapport sur la collecte de données d'enfants par le biais d'applications. Les autorités canadiennes et néerlandaises ont également publié de nouvelles orientations relatives à la vie privée dans les applications.
Les développeurs européens d'applications seront vigilants à toute nouvelle orientation. « Je m'attends à ce que le groupe article 29 envoie cette semaine un signal d'avertissement fort aux développeurs d'applications concernant la vie privée », a expliqué à EURACTIV un représentant d'un important opérateur de réseau, sous couvert de l'anonymat.
Les entreprises du secteur du divertissement et des applications sont très concurrentielles et la région nordique en est le centre. Le marché des applications vaut des milliards d'euros et comptait 15 000 délégués à la conférence de l'année dernière à Barcelone. Autant de personnes devraient assister à l'événement cette année.
Le Mobile World Congress se concentrera sur une série d'événements en vue de mettre en valeur des villes connectées, conçues pour montrer à quel point des développements dans le secteur mobile font avancer l'innovation dans d'autres secteurs comme celui de l'automobile et de l'énergie. Le secteur des télécommunications souhaite utiliser le congrès pour mettre en évidence sa capacité à agir comme catalyseur de l'économie en général.