Budget de l’UE : le commissaire désigné Piotr Serafin sera sur la corde raide lors de son audition au Parlement

Lors de son audition au Parlement européen ce jeudi 7 novembre, Piotr Serafin, le commissaire désigné au Budget sera confronté à un délicat exercice d’équilibre — entre sa volonté de réformer le budget de l’UE et la nécessité de rassurer les actuels bénéficiaires de ce budget.

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European Summit Meeting
« Mon rôle le plus important, et à bien des égards le plus formateur, a cependant été ma fonction de chef de cabinet du président du Conseil européen, Donald Tusk », a écrit le candidat Piotr Serafin le mois dernier. [Getty Images/Thierry Monasse]

Lors de son audition au Parlement européen ce jeudi 7 novembre, Piotr Serafin, le commissaire désigné au Budget, à la Lutte contre la fraude et à l’Administration publique, sera confronté à un délicat exercice d’équilibre — entre sa volonté de réformer le budget de l’Union européenne (UE) et la nécessité de rassurer les actuels bénéficiaires de ce budget.

L’UE consacre les deux tiers de son budget à des subventions agricoles et aux aides régionales. Beaucoup d’économistes demandent cependant depuis longtemps à la Commission de se concentrer sur les « biens publics européens », c’est-à-dire des domaines pour lesquels les dépenses peuvent être effectuées au niveau de l’UE plutôt qu’aux niveaux nationaux et régionaux.

Économiste de formation, Piotr Serafin approuve en partie cette idée, mais fait remarquer que les programmes de dépenses de l’UE doivent être « moins nombreux et plus ciblés ».

Dans ses réponses écrites aux questions des eurodéputés en amont de son audition — prévue à 14 h 30 ce jeudi —, le candidat polonais avait promis de rationaliser le budget de l’UE autour de priorités politiques claires, qui « soutiennent les biens publics européens ». Il s’agit notamment « la défense et la sécurité », ainsi que « la prospérité durable, la compétitivité et l’équité sociale ».

Commentant indirectement le débat sur les objectifs de dépenses à poursuivre, Piotr Serafin a déclaré qu’il trouvait « la distinction entre “ancien ou nouveau” et “traditionnel ou moderne” complètement artificielle » — ajoutant qu’« il n’y a que des besoins européens, auxquels le budget [de l’UE] doit répondre de la manière la plus efficace possible ».

Habitué des compromis

La partie la plus difficile de son audition pourrait concerner sa vision du prochain budget septennal de l’UE — le cadre financier pluriannuel (CFP) pour la période 2028-2034.

Piotr Serafin s’est montré favorable à des réformes de grande envergure — en cours d’examen au sein du département chargé du budget de la Commission (DG BUDG) — qui conditionneraient le déboursement des fonds de l’UE à des réformes structurelles au niveau national, à la manière dont la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR) post-Covid.

Cette réforme est décriée par certains car elle pourrait diminuer le rôle des régions européennes.

Le futur commissaire devra aussi s’atteler à apaiser les craintes de certains des négociateurs du prochain CFP, dont la finalisation pourrait prendre jusqu’à deux ans après la présentation de la proposition officielle de la Commission, à l’automne 2025.

Au plus fort de la crise du Covid à l’été 2020, il avait fallu quatre jours et quatre nuits aux dirigeants de l’UE pour se mettre d’accord sur le CFP, parallèlement au programme NextGeneration EU financé par la dette. Ces deux programmes pluriannuels représentent un total de 1,8 billion d’euros.

Piotr Serafin pourra compter sur sa vaste expérience des procédures de négociation au niveau européen, et notamment sur son rôle de représentant des États membres au sein du Conseil de l’UE — où se réunissent les ministres de l’UE — et du Conseil européen — où siègent les chefs d’État et de gouvernement du bloc.

« Mon rôle le plus important, et à bien des égards le plus formateur, a cependant été ma fonction de chef de cabinet du président du Conseil européen, Donald Tusk », a écrit le candidat dans ses réponses aux eurodéputés le mois dernier.

Piotr Serafin a occupé ce poste de 2014 à 2019, avant de passer au secrétariat général du Conseil ministériel. Il y a travaillé en tant que directeur des transports, des télécommunications et de l’énergie entre 2020 et 2023, pendant la période critique des négociations sur « l’ajustement à l’objectif 55 » (Fit for 55), le programme de transition énergétique de la dernière Commission.

Après l’entrée en fonction du nouveau gouvernement de Donald Tusk en décembre 2023, Piotr Serafin a travaillé en tant que représentant permanent intérimaire de la Pologne auprès de l’UE jusqu’en octobre de cette année.

Se concentrer sur la substance plutôt que sur la gouvernance

Nils Redeker, directeur adjoint du groupe de réflexion berlinois Jacques Delors, a souligné que les discussions sur le prochain CFP ne devraient pas se concentrer uniquement sur les aspects de « gouvernance » du budget à long terme, tels que la conditionnalité des réformes et les plans de dépenses annuels, mais aussi sur la nécessité de répondre aux questions fondamentales concernant sa taille et sa composition.

« Le concept de “biens publics européens” n’est qu’un point de départ de la discussion, mais il ne spécifie pas encore quelles devraient être les priorités d’investissement », explique-t-il à Euractiv.

« Dans le cadre de son “Clean Industrial Deal” [Pacte de l’UE pour une industrie propre], la Commission devra répondre aux questions cruciales de savoir quelles industries sont [considérées] si cruciales qu’elles devraient être soutenues par une stratégie commune, et quelles industries l’Europe pourrait devoir laisser tomber », a-t-il affirmé.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]