Cataclysme historique et duel sur l'Europe pour le second tour

Le premier tour de la présidentielle réduit en miettes les forces politiques habituelles. Les deux candidats du second tour reflètent aussi la fracture sociale du pays.

EURACTIV.fr
Bureau de vote à Paris
Bureau de vote à Paris

Le premier tour de la présidentielle réduit en miettes les forces politiques habituelles. Les deux candidats du second tour reflètent aussi la fracture sociale du pays.

« C’était un combat imperdable, et ça se termine par un fiasco lamentable ». Cette phrase de Jean-François Copé, élu Les Républicains, symbolise le cataclysme que représente pour beaucoup le premier tour de l’élection présidentielle française.

La droite qui s’attendait à gagner depuis de longs mois, tablant sur une alternance devenue assez habituelle sous la Vème République après un quinquennat de François Hollande considéré comme un échec par les Français, se retrouve au bord de l’explosion.

La campagne a déjà largement divisé le parti de droite en deux camps. Une bonne partie des Républicains avaient en effet condamné la décision du candidat issu de la primaire, François Fillon, de ne pas se retirer malgré les poursuites judiciaires dont il faisait l’objet. L’autre moitié a au contraire fait front derrière l’élu de la Sarthe, n’hésitant pas à remettre en cause l’indépendance de la justice pour défendre son candidat.

Un double échec

Le résultat de ce premier tour s’avère tout autant, voire plus catastrophique pour l’autre grand parti français, le Parti socialiste. Le candidat Benoît Hamon, avec 6,06 % des voix seulement, essuie un échec cuisant pour un parti de gouvernement, à moins de deux points du candidat indépendant Nicolas Dupont-Aignan. Une bérézina exceptionnelle, « un résultat très dur » a reconnu le député européen écologiste Yannick Jadot, qui a fait campagne avec Benoît Hamon.

Le Parti socialiste a également souffert de la dynamique du candidat de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Déjà candidat en 2012, l’homme politique a réussi à rassembler une large parti des électeurs socialistes, échaudés par les sondages catastrophiques de Benoît hamon pendant la campagne.

À l’éclatement des partis traditionnels répond l’émergence d’En Marche, un « mouvement » créé il y a exactement un an, alors qu’Emmanuel Macron était encore ministre de l’Economie, lors d’une fête dédiée à Jeanne d’Arc, à Amiens.

Marketing politique innovant, refus de l’opposition droite-gauche, adhésion gratuite et en ligne, préparation du programme avec les citoyens : le mouvement a rapidement ringardisé les partis traditionnels, qui réclament parfois des efforts financiers significatifs, et examinent en commission les candidats à l’adhésion, comme au Parti socialiste. La réussite est aussi celle d’un homme, qui a réussi en un an ce que les hommes politiques mettent habituellement 35 ans à atteindre.

Entre les candidats du second tour, un clivage comparable à celui du Brexit

« En une année, nous avons changé le visage de la vie politique française » a résumé Emmanuel Macron dimanche soir, souhaitant devenir le président des « patriotes face à la menace des nationalistes », mais qui s’est aussi affiché très pro-européen dans son discours. «Notre défi, c’est que chacun puisse trouver sa place, en France et en Europe» a-t-il insisté dimanche soir.

 

La seconde manche de l’élection devrait, selon les sondages, permettre à Emmanuel Macron d’accéder au pouvoir avec 62 % des voix, contre 38 % pour Marine Le Pen, une perspective qui réjouit les marchés : l’euro a vivement grimpé contre le dollar dimanche soir. Mais la partie n’est pas encore gagnée. Le débat entre les deux candidats portera nécessairement sur l’Europe, le sujet sur lequel ils s’opposent le plus, qui est aussi un terrain miné comme on l’a vu avec le Brexit.

Car le fossé qui les sépare est aussi celui d’une fracture sociale, semblable à celui qui a divisé le Royaume-Uni lors du referendum sur l’appartenance à l’UE. Les Français les moins diplomés, oubliés de la globalisation et inquiets face à l’immigration ont tendance à voter Le Pen, alors que les profils plus urbains et fortunés trouvent plus d’affinités pour le candidat d’En Marche. S’il veut convaincre une majorité de français, il devra élargir sa base électorale bien plus qu’il n’a pu le faire jusqu’alors.