Guerre de désinformation russe : les élections municipales allemandes prises pour cible

Les autorités précisent que Moscou ne mise pas sur le sentiment pro-russe des électeurs des régions de l'Est

EURACTIV.com
L'ambassade de Russie à Berlin [Photo : Kay Nietfeld/picture alliance via Getty Images]

BERLIN – Les campagnes de désinformation russes ciblent de plus en plus les candidats régionaux et municipaux en Allemagne à l’approche des élections locales décisives prévues en septembre.

Les Länder de Saxe-Anhalt, de Mecklembourg-Poméranie occidentale et de Berlin se rendront tous aux urnes le mois prochain, et l’on s’attend à ce que le parti d’extrême droite AfD, favorable à la Russie, y obtienne de bons résultats. Les autorités allemandes avertissent toutefois que Moscou ne se contente pas de miser sur un véritable sentiment pro-russe chez certains électeurs de l’est de l’Allemagne.

Au contraire, elle cherche activement à amplifier les divisions politiques et sociales existantes. Les responsables ont notamment identifié des vidéos conçues pour ressembler à des contenus provenant de médias reconnus, en reprenant leurs logos, et qui accusent à tort des responsables politiques d’infractions sexuelles graves.

Ces vidéos visent des candidats de tous les grands partis dans les régions où des élections sont prévues, à l’exception notable de l’AfD, parti d’extrême droite pro-russe, et du BSW, parti de gauche.

Outre les services de renseignement russes et des organisations telles que la Social Design Agency (SDA), une agence informatique étroitement liée au Kremlin, des spécialistes universitaires joueraient un rôle croissant dans les opérations d’information menées par Moscou, notamment par l’intermédiaire de chercheurs affiliés à l’Académie russe des sciences.

Cependant, malgré leur sophistication croissante, on ignore encore dans quelle mesure ces campagnes de désinformation atteignent réellement leurs objectifs.

Des organisations telles que la SDA, financée par l’État russe et bénéficiant du soutien et des orientations stratégiques de l’unité 29155 des services de renseignement militaires russes, ont mis au point des indicateurs clés de performance (ICP) relativement détaillés.

Mais sa définition du succès semble large, car la SDA considérerait comme une victoire pratiquement toute couverture médiatique de ses opérations, qu’elle contribue ou non, en fin de compte, aux objectifs d’influence visés par la Russie.

Les objectifs de Moscou

Des documents internes de la SDA, obtenus par Euractiv dans le cadre d’une récente fuite et dont l’authenticité a été confirmée par les autorités berlinoises, donnent un aperçu des ambitions de l’organisation.

Ces documents indiquent que l’organisation vise à renforcer « l’efficacité du soutien apporté aux mesures de politique étrangère mises en œuvre par l’État pour garantir la sécurité de la Fédération de Russie ».

Cet objectif doit être atteint principalement en « approfondissant les divisions internes au sein des élites au pouvoir, en stimulant les mouvements de protestation parmi les forces d’opposition, en intensifiant les manifestations antigouvernementales et en déstabilisant la frange politiquement apathique de l’électorat dans les pays de l’OTAN et leurs États satellites ».

L’organisation affirme également que son modèle d’influence a déjà été « testé, validé et s’est révélé fiable », et qu’il peut être déployé sur les principales plateformes en ligne, dans différents pays et dans divers domaines.

Par exemple, la SDA identifie « les manifestations de masse dans les pays de l’OTAN – suivies de la diffusion de contenus connexes au sein du paysage médiatique de l’adversaire – comme un élément de soutien crucial ».

Les autorités allemandes ont identifié plusieurs projets qui semblent s’inscrire dans la stratégie de la SDA. L’un d’entre eux est un clone de Wikipédia, dont certaines pages dépasseraient déjà le site original dans certains résultats de recherche.

Un autre document expose des plans visant à créer en 2026 un groupe de réflexion dont les experts pourraient intervenir dans les médias occidentaux tout en promouvant des discours alignés sur les intérêts russes. Le site web aurait déjà été créé, et une version en anglais aurait été lancée.

« Une fois ce travail achevé, des sites similaires en allemand, en français et en espagnol seront lancés. Des comptes sur les réseaux sociaux (Facebook et X) seront également créés », indique le document.

L’Allemagne, en tant que principal soutien de l’Ukraine, est considérée comme la cible principale de l’écosystème de désinformation russe.

Cependant, un document de la SDA décrit des plans visant à surveiller « les comptes des 100 leaders d’opinion les plus influents de l’opposition française ». Il précise qu’il publiera « 30 à 40 de leurs messages par jour sur le site, y compris des captures d’écran et des liens vers les publications originales », et qu’il lancera un projet « AI News » en français comprenant des centaines de vidéos.

(mm, jp)