Climat : Cancun se conclut sur un accord a minima

Le texte, signé par 193 États, moins la Bolivie, créé un fonds vert pour les pays en développement. Mais la question du prolongement du protocole de Kyoto n’a pas été résolue.

EURACTIV.fr

Le texte, signé par 193 États, moins la Bolivie, créé un fonds vert pour les pays en développement. Mais la question du prolongement du protocole de Kyoto n’a pas été résolue.

Un accord à minima. L’accord conclu samedi 11 décembre à Cancun au terme de la 16e conférence de l’Onu sur le climat redonne un peu d’espoir à un processus moribond depuis l’échec de Copenhague. Mais le plus dur reste à faire, car la question-clé de l’avenir du protocole de Kyoto, qui s’achève en 2012, a été renvoyée à plus tard.

Pour la plupart des délégués, le simple fait d’avoir trouvé un terrain d’entente au terme de ces deux semaines de discussions est déjà un succès d’envergure, à même de restaurer une confiance mise à mal à Copenhague en 2009.

« Nous avons démontré que le multilatéralisme peut produire des résultats », s’est félicitée la commissaire européenne à l’Action pour le climat, Connie Hedegaard.

« Beaucoup disent que le spectre de Copenhague a été exorcisé ici », confirme Alden Meyer, membre de l’Union des scientifiques inquiets (Union of Concerned Scientists).

Fonds vert

En 2009, les 194 États membres ne s’étaient entendus que sur un vague projet sans objectifs chiffrés, alors qu’ils visaient un traité contraignant.

L’accord de Cancun porte sur la lutte contre la déforestation et la création d’un « fonds vert » pour aider les pays en développement à faire face aux conséquences du réchauffement, sur la protection des forêts tropicales et le partage des technologies propres. « Il faudra désormais adopter des financements à la hauteur des ambitions de la communauté internationale », affirme le président de la République, Nicolas Sarkozy, dans un communiqué.

« La présidence française du G20 en 2011 doit permettre d’avancer sur l’accord de Cancun en garantissant que le Fonds climat ne soit pas qu’une coquille vide. Les financements à long terme doivent être garantis afin que le Fonds pour le climat puisse être lancé dans les meilleurs délais », précise le directeur d’Oxfam France Luc Lamprière. La mise en œuvre opérationnelle de ce Fonds devrait se faire en 2011 lors du sommet sur le climat de Durban (Afrique du Sud).

Marchandage

Pour parvenir à la création de ce fonds, les négociateurs, en désaccord sur l’avenir du protocole de Kyoto qui fixe jusqu’en 2012 des objectifs contraignants aux seuls pays industrialisés, à l’exception des États-Unis, ont dû reporter le problème à l’année prochaine, lors du sommet à Durban.

Refusant de prolonger le protocole, le Japon, la Russie et le Canada ont réclamé un nouveau traité auquel les gros pollueurs – les États-Unis, la Chine et l’Inde – seraient cette fois associés. Les engagements des pays industrialisés ont été extraits de l’accord de Cancun. Cela a permis au Japon de ne pas s’engager à accepter que le protocole de Kyoto entre dans une deuxième phase.

Les pays émergents et en développement estiment, eux, que les États industrialisés, historiquement responsables de l’accumulation de gaz à effet de serre, doivent faire l’effort avant qu’eux-mêmes ne s’engagent à réduire leurs émissions au péril de leur croissance économique.

Les divergences restent donc entières. »Un long et difficile chemin se trouve devant nous. Peut-on en venir à bout à court terme? Je n’en sais rien », a avoué Mme Hedegaard.

Satisfaction à l’Elysée

L’accord reprend une bonne part des maigres engagements pris à Copenhague. Nicolas Sarkozy a exprimé « sa satisfaction devant l’élargissement de la base de soutien à l’accord de Copenhague et en particulier l’engagement de tous à travailler à la fixation d’un objectif global de long terme de réduction des émissions de CO2 afin de limiter le réchauffement de la planète à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle ».

Il a été adopté à l’unanimité, moins la voix de la Bolivie, alors que celui de l’an dernier n’avait emporté l’adhésion que de 140 États membres.

« Cancun prouve que les négociations des Nations unies peuvent aboutir. Les négociateurs ont ramené à la vie les pourparlers de l’ONU et les ont mis sur la voie de la guérison. Mais il reste beaucoup à bâtir sur les fondations de Cancun pour répondre au défi du changement climatique », souligne Romain Benicchio, d’Oxfam France.

Un avis partagé par Greenpeace. « Certains avaient prédit la mort du processus mais les gouvernements ont montré qu’ils pouvaient collaborer et avancer en direction d’un accord mondial », s’est félicité Wendel Trio, avant d’ajouter : « Cancun a peut-être sauvé le processus mais pas encore le climat. »