CoFoE : les citoyens européens divisés sur le nucléaire

Le panel de citoyens sur le changement climatique, l’environnement et la santé qui s’est tenu à Varsovie n’a pas réussi à s’accorder sur une recommandation concernant l’énergie nucléaire.

EURACTIV.com
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Conférence sur l'avenir de l'Europe - Panel 3 Changement climatique, environnement et santé à Natolin, Varsovie. [Parlement européen]

Le panel de citoyens sur le changement climatique, l’environnement et la santé qui s’est tenu à Varsovie ce mois-ci n’a pas réussi à s’accorder sur une recommandation concernant l’énergie nucléaire, qui était pourtant l’une des questions les plus discutées.

Ce panel s’inscrit dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE), une expérience de démocratie délibérative au niveau européen où 800 citoyens sélectionnés de manière aléatoire élaborent des recommandations à l’intention des législateurs européens. Le panel organisé à Varsovie était le troisième des quatre panels thématiques au programme.

« La valeur du processus ne réside pas dans les recommandations elles-mêmes car, grâce à la CoFoE, on peut voir ce qui préoccupe le plus les citoyens. Néanmoins, les recommandations formulées sont sensées, les citoyens se montrent plus avisés que je ne le pensais », a confié à EURACTIV Jaroslaw Pietras, professeur invité au département des études économiques européennes du campus de Bruges du Collège d’Europe. M. Pietras était également l’un des experts du panel de Varsovie.

Il a déclaré que bien que les citoyens ne soient pas des experts, « ils mûrissent au cours de ce processus, et ils lisent et étudient des sujets auxquels ils ne se seraient peut-être jamais intéressés auparavant ».

Les 51 recommandations approuvées concernent de meilleurs modes de vie, la protection de l’environnement et de la santé, la réorientation de notre économie et de notre consommation, et la vie au sein d’une société plus durable. D’autres recommandations portent sur l’amélioration de la qualité des aliments, la sensibilisation du public à la nutrition, la réduction du plastique ainsi qu’une meilleure gestion des déchets.

Certaines recommandations recoupent la législation européenne actuelle ou des lois en cours d’approbation, tandis que d’autres se contredisent.

« Je ne pense pas que ce soit un problème que certaines recommandations se recoupent ou se contredisent, car elles traduisent les préoccupations des citoyens […]. Nous ne devrions pas nous attendre à ce que des personnes inexpérimentées proposent des recommandations pointues », a ajouté M. Pietras.

Interrogé sur le rôle des experts, il a déclaré qu’« en tant qu’experts, nous n’avons apporté notre soutien que lorsqu’on nous l’a demandé, nous n’avons pas participé à l’élaboration des recommandations de la même manière que les citoyens. Sinon, il s’agirait de recommandations émanant de citoyens et d’experts, ce qui n’est pas le cas ».

Des divisions au niveau de l’État et des citoyens sur le nucléaire

Les citoyens n’ont toutefois pas réussi à trouver un terrain d’entente sur la question de l’énergie nucléaire, ce qui reflète plus ou moins les opinions observées dans l’ensemble du bloc.

Selon M. Pietras, le débat sur l’énergie nucléaire « a divisé les citoyens parce que, par exemple, certains d’entre eux ont affirmé que ce type d’énergie n’était pas bon pour l’environnement, tandis que d’autres ont fait valoir que le charbon était encore pire. Les opinions étaient donc très divergentes. De manière plus générale, les gens tendaient à être moins favorables à l’énergie nucléaire, mais certains s’inquiétaient d’une nouvelle augmentation des coûts de l’énergie en cas d’absence de nucléaire ».

Alexandra Csizmadia, une jeune participante hongroise, a indiqué à EURACTIV que « tous les groupes ont fait un travail fantastique ». Elle a également ajouté que « ce serait un rêve » pour elle si certaines recommandations « se concrétisaient ». « Je ne suis pas certaine de la façon dont les scientifiques vont traiter ces recommandations, mais j’espère qu’ils trouveront une bonne manière de les mettre en œuvre », a-t-elle ajouté.

Interrogée sur ses priorités, elle a répondu : « étant donné que je suis hongroise, je tiens vraiment à ce que le salaire minimum soit instauré dans l’UE », la recommandation sur le salaire minimum étant la recommandation numéro 39.

Sur la question du nucléaire, elle a déclaré qu’« il y a trop de points de vue différents sur ce sujet ». «Pour ma part, je suis plus favorable aux sources d’énergies renouvelables », a-t-elle précisé.

De même, Jens Fors, 33 ans, originaire de Suède, a confié à EURACTIV qu’il était satisfait des résultats obtenus, mais il a ajouté qu’il avait l’impression que « le processus en lui-même était un peu réalisé à l’envers ».

« J’aurais préféré que tout le monde puisse parler d’autant de problèmes et de solutions que possible lors de la première réunion. La deuxième réunion aurait dû être consacrée à la réduction du champ d’action et à la vérification des faits, et la dernière réunion aurait quant à elle dû être dédiée à la finalisation », a-t-il expliqué.

Jens Fors évoque ici les trois étapes des panels, qui se sont réunis pour la première fois à Strasbourg pour lancer le processus, puis se sont rencontrés en ligne pour identifier les problèmes et les prises de position, et qui ont enfin tenu une réunion finale, qui a eu lieu à Varsovie dans le cas de ce panel, afin de finaliser leurs recommandations.

Interrogé sur les recommandations qui lui tiennent le plus à cœur, M. Fors a répondu : « La 9e, qui recommande des incitations en faveur des énergies renouvelables, sans pour autant interdire l’énergie nucléaire. Nous étions vraiment très en désaccord sur ce point et je suis satisfait du résultat final. Si cette recommandation ne passe pas au Parlement européen, j’aurai le cœur brisé ».

Ce panel ainsi que le second panel sur la démocratie a discuté des recommandations approuvées en séance plénière de la Conférence, tenue du 21 au 23 janvier. Cette plénière a rassemblé 198 représentants du Parlement européen, 54 du Conseil, 3 de la Commission, 108 des parlements nationaux ainsi que 108 citoyens.

Après cette discussion, la manière dont le suivi du processus sera assuré devait être plus claire.