EXCLUSIF : La France et l'Espagne critiquent une nomination controversée au SEAE
Une diplomate danoise a obtenu ce poste au SEAE après le blocage par la Slovénie de la candidature de Tanja Fajon, son ancienne ministre des Affaires étrangères
Euractiv révèle que sept pays, dont la France et l’Espagne, ont critiqué la décision de la Slovénie d’empêcher son ancien ministre des Affaires étrangères d’accéder à un poste de haut niveau au sein du Service européen pour l’action extérieure à Bruxelles.
Tanja Fajon, une femme politique socialiste, a été empêchée le mois dernier de devenir la nouvelle envoyée spéciale de l’UE pour la région du Sahel, en Afrique, à la suite d’une intervention de dernière minute du gouvernement de droite de Janez Janša.
Sous la pression de Ljubljana, Kaja Kallas, la présidente du SEAE, a alors proposé Birgitte Nygaard Markussen, la candidate classée en deuxième position, qui a finalement été nommée.
Le gouvernement slovène a depuis déposé une plainte pénale contre Fajon, arguant qu’elle a enfreint la loi en ne consultant pas l’ensemble du gouvernement lorsqu’elle a postulé à ce poste alors qu’elle était ministre des Affaires étrangères sortante – des accusations qu’elle nie catégoriquement. Fajon a accusé le gouvernement de se livrer à une vengeance politique sexiste.
Lorsque les ambassadeurs ont désigné une candidate de remplacement le 22 juillet, sept pays sont intervenus en faveur de Fajon et ont critiqué la manière dont le processus de nomination a été mené, selon deux sources informées de la réunion. L’Espagne, la Roumanie et la Belgique se sont toutes abstenues lors du vote sur la nomination de Nygaard Markussen.
La France a déclaré regretter le manque de transparence du processus de nomination, estimant qu’il n’aurait pas dû être mené en dehors des voies officielles.
L’Espagne a également remis en cause ce processus, se plaignant du peu de temps disponible pour évaluer la nouvelle candidate tout en soulignant qu’elle ne dispose pas d’un profil politique aussi marqué que celui de Fajon, et s’inquiétant de l’impact de cette décision sur le SEAE, déjà ébranlé par une guerre de territoire ouverte avec la Commission européenne.
La Belgique a souligné que Kallas a le droit d’agir comme elle l’entend, mais a demandé une analyse juridique visant à déterminer si les personnes nommées à ces postes de représentants spéciaux doivent bénéficier du soutien de leur propre gouvernement national. Les juristes du Conseil de l’UE ont répondu que ce n’est pas une exigence.
Le SEAE a répondu lors de la réunion que de « nouvelles préoccupations de fond » ont été soulevées par le gouvernement slovène, et a fait valoir qu’il est urgent de nommer quelqu’un avant le 1er septembre, invoquant un récent déplacement au Burkina Faso de Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères.
La Roumanie, le Luxembourg et la Slovaquie ont également pris la parole pour critiquer le processus de recrutement.
L’Irlande, qui présidait la réunion, a accepté les demandes des ambassadeurs qui ont pris la parole afin de revenir sur la discussion concernant ce processus après la pause estivale.
(ow)