Condamnations unanimes d’un raid israélien contre la flottille pro-palestinienne d’aide pour Gaza
Contrairement aux premières informations qui circulaient dans la matinée du lundi 31 mai, aucun parlementaire européen ne se trouvait à bord des navires.
Contrairement aux premières informations qui circulaient dans la matinée du lundi 31 mai, aucun parlementaire européen ne se trouvait à bord des navires.
La détermination des organisations pro-palestiniennes à mener des actions contre le blocus israélien a connu un dénouement sanglant dans la nuit du dimanche 30 au lundi 31 mai. La « flottille de la Paix » qui voulait acheminer de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza, a été prise d’assaut par des commandos israéliens, faisant dix morts parmi les passagers.
Dans la continuité d’actions menées pour forcer le blocus israélien et « briser le siège de Gaza », des militants d’organisations pro-palestiniennes et quelques parlementaires nationaux s’étaient réunis pour cette mission d’envergure.
Six navires avaient appareillé à Chypre dimanche soir, avec 10.000 tonnes d’aide humanitaire à leur bord, malgré la mise en garde d’Israël. Les actions contre le blocus israélien sont cruciales pour ces organisations qui signalent l’urgence quotidienne dans le territoire palestinien, dépendant à près de 80% de l’aide alimentaire selon l’eurodéputée Nicole Kiil-Nielsen (Verts-ALE, Europe écologie), membre de la commission des Affaires étrangères et de la délégation interparlementaire pour les relations avec le Conseil législatif palestinien du PE.
Pendant la traversée, des commandos israéliens sont intervenus dans les eaux internationales. Les militaires auraient alors ouvert le feu, après avoir été pris à partie. Selon un communiqué de l’armée israélienne, les militaires auraient riposté « face à la nécessité de défendre leur vie ». Le bilan des victimes parmi les passagers, communiqué par la chaîne israélienne 10 et par l’armée israélienne, a oscillé durant la journée de lundi 31 mai, faisant état de 9 morts en fin de journée et entre 20 et 30 blessés. Cinq soldats israéliens ont également été blessés, dont un « grièvement ».
Les informations avaient encore du mal à filtrer en raison de la censure militaire israélienne et du brouillage des ondes. Durant la matinée, l’identité des personnes à bord restait en suspens.
Le groupe Verts/ALE ont indiqué à Euractiv.fr la présence de parlementaires nationaux à bord (« un député allemand de Die Linke, un député des Philippines ») mais a réfuté la présence d’eurodéputés, annoncée par certains médias.
Quelques jours plus tôt, une mission officielle du Parlement européen était allée évaluer la situation humanitaire et l’état d’avancement du processus de paix au Proche Orient. Composée de 9 députés, membres des commissions Affaires étrangères, Budget et Développement, dont Nicole Kiil-Nielsen et Eva Joly, cette délégation s’était rendue dans la bande de Gaza jeudi 27 mai.
La levée du blocus israélien apparaissait au centre des préoccupations et trouve aujourd’hui un écho plus important encore parmi les eurodéputés. Un renforcement du soutien financier à l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient et une implication plus importante de l’Union européenne comme un « véritable acteur de paix » ont également été réclamées avec insistance.
Les condamnations de la communauté internationale se sont succédées lundi 31 mai et le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu une réunion d’urgence dans l’après midi.
La Commission européenne a également appelé les 27 ambassadeurs des pays de l’Union européenne à Bruxelles à se réunir dès l’après midi pour évoquer la crise de la flottille.
En France, des mouvements de protestation étaient aussi prévus en fin de journée, à l’initiative des organisations pro-palestiniennes. Un signe supplémentaire de l’émotion suscitée à tous les niveaux par ce sanglant épisode.
POSITIONS
L’ambassadeur d’Israël à Madrid a été convoqué par le chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, dont le pays occupe la présidence tournante du Conseil de l’UE. Le ministère a évoqué une intervention « totalement disproportionnée », condamnée par la présidence espagnole. José Luis Zapatero a parlé, quant à lui, de « faits graves et préoccupants ».
Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a demandé à Catherine Ashton de « prendre des mesures au sein du Quartette pour forcer Israël à lever le siège qui frappe la population de Gaza immédiatement et sans conditions ».
La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, a demandé « une enquête complète sur les circonstances » de l’intervention israélienne, appelant à la fin du blocus pour laisser passer l’aide humanitaire alors que la situation se révèle « inacceptable et politiquement contre-productive » aux yeux de l’UE.
Joseph Daul, président du groupe PPE au Parlement européen : « Nous sommes choqués par l’intervention militaire israélienne qui a conduit à tant de morts et de personnes blessées […] Beaucoup de questions doivent obtenir une réponse : Quelle est l’explication à un recours à la force si excessif ? Y avait-il une résistance si menaçante pour justifier l’utilisation de munitions ? Nous soutenons la position de Mme Ashton pour qu’une enquête internationale garantisse une investigation objective sur les circonstances de l’intervention dans son ensemble. »
Poul Nyrup Rasmussen, président du PSE, a condamné l’intervention israélienne comme « une violation scandaleuse des normes internationales les plus élémentaires. Le fait que cet évènement brutal ait eu lieu dans les eaux internationales renforce la nécessité d’une opposition internationale pour peser sur ses auteurs […] Il est clair que cette horrible journée doit constituer l’évènement qui entraîne la levée du blocus de Gaza ».
Pour Eva Joly (Verts-ALE, Europe écologie), membre de la délégation officielle en mission dans la bande de Gaza le 27 mai, « l’inadmissible réaction de l’armée israélienne, qui a entrainé la mort d’au moins dix personnes et de nombreux blessés, ne peut pas rester sans suite diplomatique, l’Europe doit non seulement condamner cette opération, mais en plus elle doit prendre toutes les initiatives possibles pour que des négociations internationales s’ouvrent pour lever le blocus sur Gaza et ouvrir des négociations globales ».
Pour la députée Nicole Kiil-Nielsen (Verts-ALE, Europe écologie) « L’assaut meurtrier d’une armée sur des civils constitue une escalade de plus dans la violence, l’Europe doit réagir et condamner avec énergie cet acte de guerre. »
Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a condamné les violences et s’est dit « choqué » par ce « bain de sang », appelant une réponse de la part d’Israël.
Le porte-parole de Barack Obama, William Burton, a déclaré que « les États-Unis regrettent profondément les pertes en vies humaines » et cherchent à « comprendre les circonstances entourant cette tragédie ».
La Confédération européenne des syndicats (CES) déplore que le règlement pacifique du conflit israélo-palestinien « risque d’être compromis suite à cet assaut indéfendable. »
Les ambassadeurs des pays de l’UE se sont mis d’accord lundi sur un texte « condamnant » l’usage de la violence lors du raid israélien et demandant une enquête « impartiale », a indiqué une source diplomatique à l’Agence France Presse (AFP).
Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, a décrété trois jours de deuil national.
Dans un communiqué prudent, le président Nicolas Sarkozy a condamné « l’usage disproportionné de la force » et souligné « l’urgence d’une relance du processus de paix ».
Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a déclaré que « rien ne saurait justifier l’emploi d’une telle violence que nous condamnons », demandant une enquête approfondie sans délai, « enquête complète » réclamée par Catherine Ashton.
Le secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, Pierre Lellouche, estime cet « incident tragique ne fait qu’accroître les tensions multiples dans la région, ajouter à l’isolement d’Israël et renforcer les courants les plus extrémistes ». De fait, les Européens doivent, selon lui, « plus que jamais se mobiliser en faveur du règlement du conflit israélo-palestinien ».
Le président de la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, Axel Poniatowski (UMP), a souligné la « violence du raid. Or, quelles qu’en soient les circonstances, rien ne saurait justifier une telle action contre une organisation à vocation pacifique ». Il appelle l’Union européenne à jouer « un rôle de premier plan en se portant garante, sous une résolution de l’ONU, de la sécurité des points de passage, condition nécessaire pour permettre la levée du blocus ».
Le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, a « regretté » la mort de militants pro-Palestiniens, tout en dénonçant « ceux qui se disent les amis des Palestiniens » et leurs « provocations » qui compliquent encore la paix israélo-palestinienne.
La première secrétaire du PS Martine Aubry « condamne avec la plus grande fermeté l’usage de la force, inacceptable et disproportionné » de l’intervention israélienne. La socialiste a réclamé une réunion d’urgence de l’ONU et appelé à une levée du blocus et une enquête complète. Pour le porte-parole du PS, Benoit Hamon, une réponse rapide doit être apportée à cette « crise internationale », pour « éviter l’embrasement » et « faire baisser la tension », tout en espérant que les États-Unis, « s’associent à une condamnation solennelle de l’opération ».
Les Verts ont appelé la communauté internationale et l’Union européenne à « intervenir immédiatement pour venir en aide à la flottille de la paix » et appelé à la levée du blocus aérien, maritime et terrestre.
Le Nouveau parti anticapitaliste a souligné que « les passagers, désarmés et non-violents, ont été les victimes d’un nouvel acte de barbarie de l’armée israélienne, perpétré dans les eaux internationales » et appelé les autorités françaises et européennes « à rompre tout lien avec l’État d’Israël pour qu’enfin cesse son impunité ».
Enfin, les députés communistes et républicains ont mis en garde la France : «Sauf à se rendre complice des agissements ignobles de l’armée israélienne, la France doit tout faire pour que cesse l’apathie de la communauté internationale qui a conduit à ces évènements tragiques. »