Crise des exilés : les contrôles aux frontières allemandes qui intéressent en France
La décision de l’Allemagne, lundi 9 septembre, d’introduire des contrôles à ses frontières, afin de théoriquement freiner l’immigration irrégulière, pourrait contraindre la France à se positionner. Pourrait-elle pousser le nouveau Premier ministre Michel Barnier à remettre sur la table certaines de ses anciennes préconisations ?
La décision de l’Allemagne, lundi 9 septembre, d’introduire des contrôles à ses frontières, afin de théoriquement freiner l’immigration irrégulière, pourrait contraindre la France à se positionner. Pourrait-elle pousser le nouveau Premier ministre Michel Barnier à remettre sur la table certaines de ses anciennes préconisations ?
Les priorités politiques du nouveau Premier ministre Michel Barnier ne sont pas encore connues, tout comme la composition de son gouvernement, mais ses précédentes prises de position en matière de politique migratoire ont marqué les esprits.
L’annonce lundi par l’Allemagne de renforcer les contrôles à ses frontières pourrait-elle marquer le début d’une nouvelle salve de réformes sur le contrôle de l’immigration en France, avec le soutien d’Emmanuel Macron ?
« La question du contrôle des flux est une question qui affecte l’ensemble des pays [européens] », souligne pour Euractiv Charles Rodwell, député Ensemble pour la République (EPR).
L’élu, co-rapporteur du budget immigration, explique suivre de près ce qui se passe outre-Rhin.
« Il serait à mon avis de très mauvais ton que la France ne réagisse pas alors qu’elle est confrontée aux mêmes enjeux et difficultés. C’est la raison pour laquelle nous regardons de très près ce qui se passe en Allemagne, et il nous faudra considérer si nous faisons assez ou pas ».
« Je soutiendrai une politique ferme en matière de contrôle de l’immigration […]. Il y a de vraies attentes », ajoutait mardi encore sur BFMTV Benjamin Haddad, un autre député EPR.
Motion de censure
L’annonce faite par Berlin d’imposer des contrôles à toutes les frontières terrestres de l’Allemagne à partir du lundi 16 septembre est la dernière d’une série de décisions prises par le gouvernement outre-Rhin pour adopter une approche plus stricte de l’immigration irrégulière.
Ce changement de politique, qui sera à l’œuvre pendant six mois, intervient dans un contexte de troubles politiques en Allemagne, où le parti d’extrême droite et anti-immigration de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a réalisé des gains électoraux historiques dans des régions clés.
Cette nouvelle orientation représente également une dérogation au regard des accords actuels de Schengen qui permettent la libre circulation des personnes entre les États membres de l’UE.
Les nouveaux contrôles frontaliers, de fait, devraient accroître la pression sur la France et la Belgique. Un grand nombre d’exilés en situation irrégulière se voyant refuser l’asile en Allemagne pourraient tenter de viser Calais pour rejoindre le Royaume-Uni — un passage particulièrement meurtrier.
La France a déjà mis en place des contrôles aux frontières avec d’autres pays de l’espace Schengen jusqu’au 31 octobre, invoquant les menaces terroristes liées aux Jeux olympiques et le contrôle de l’immigration irrégulière. Toutefois, rien n’indique pour l’instant que Paris envisage d’introduire des mesures supplémentaires.
Mais Michel Barnier sait que la survie de son futur gouvernement dépend de l’abstention de l’extrême droite lors d’une potentielle motion de censure, qui ne manquera pas d’être introduite une fois le gouvernement sur pied, et les députés de retour sur les bancs de l’Assemblée nationale.
Le Nouveau Front populaire (NFP) refusant catégoriquement tout soutien au futur gouvernement de Michel Barnier, le Rassemblement national (RN) est en position de faiseurs de rois.
« Il est incontestable que Michel Barnier semble avoir, sur l’immigration, le même constat que le nôtre », a déclaré Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du RN, à La Tribune Dimanche.
De quoi donner des envies au Premier ministre de gonfler les muscles et de montrer sa détermination sur un sujet aussi clivant, afin d’assurer la stabilité de son prochain gouvernement. Les annonces allemandes pourraient lui en donner l’occasion.
« Il est possible que Monsieur Barnier, qui a exprimé à plusieurs reprises une volonté très restrictive d’encadrer et de limiter les entrées irrégulières, soit tenté de dire : ‘Puisqu’il y a une mauvaise gestion des frontières allemandes, alors nous devons nous protéger’ et demande une dérogation [des accords de Schengen] », souligne Jérôme Vignon, conseiller à l’Institut Jacques Delors, spécialiste des migrations.
Michel Barnier a toujours tenu un discours particulièrement dur sur l’immigration. Candidat aux primaires des Républicains en 2021, il avait soutenu l’idée d’un « moratoire » sur l’immigration, dont les conclusions seraient inscrites, par référendum, dans la Constitution française.
Ce « bouclier constitutionnel », selon lui, « garantira que les dispositions prises durant ce moratoire ne pourront être écartées par une juridiction française au motif des engagements internationaux de la France », écrivait-il dans Le Figaro en juillet 2021.
« Un certain nombre de propositions qu’avait fait Michel Barnier [lors des primaires des Républicains en 2021] ont le mérite de répondre à la reprise du contrôle des flux migratoires », souligne Charles Rodwell auprès d’Euractiv.
Tensions franco-allemandes ?
Michel Barnier n’a pas remporté les primaires – il est arrivé troisième – mais semble être resté fidèle à ses opinions.
Pourrait-il donc prendre appui sur la décision allemande afin de remettre sur la table certaines de ses préconisations passées ?
Si la réalité politique peut l’encourager à durcir le ton, un contrôle encore plus accru aux frontières, voire un moratoire, risquent de ne pas répondre aux réelles urgences, estime Jérôme Vignon.
« Ce serait vraiment entrer dans le système de la contagion », prévient le chercheur, « ce qui n’est dans l’intérêt ni de la France ni de l’Allemagne ».
La France pourrait avant tout demander que la Commission européenne fasse respecter les protocoles de Schengen, et tente de faire refuser la dérogation allemande. Jérôme Vignon estime aussi que des négociations bilatérales entre l’Allemagne et les pays frontaliers sont possibles.
À terme, la mise en œuvre d’un arsenal plus répressif risquerait d’attiser les tensions entre Paris et Berlin, et non de les apaiser.
« Michel Barnier aura besoin d’une certaine bienveillance allemande dans la négociation extrêmement difficile qui va s’engager autour de l’approbation du programme français d’économies sur sept ans. »