Crise parlementaire : le chancelier Olaf Scholz dévoile son nouveau gouvernement
Le nouveau Conseil des ministres allemand a prêté serment ce jeudi 7 novembre. Le chancelier Olaf Scholz s’est tourné vers des doubles ministères, avec un proche conseiller et un transfuge pour pourvoir les postes ministériels laissés vacants par son ancien partenaire de coalition.
Le nouveau Conseil des ministres allemand a prêté serment ce jeudi 7 novembre. Pour ce nouveau gouvernement, le chancelier Olaf Scholz s’est tourné vers des doubles ministères, avec un proche conseiller et un transfuge pour pourvoir les postes ministériels laissés vacants par son ancien partenaire de coalition.
Le Parti libéral-démocrate allemand (FDP), qui comptait quatre ministres, a quitté le gouvernement de coalition mercredi après qu’Olaf Scholz (Parti social-démocrate, SPD) a limogé le ministre des Finances du FDP, Christian Lindner.
Des élections anticipées étant prévues en mars, le chancelier allemand a évité un remaniement en profondeur, et le président allemand Frank-Walter Steinmeier a démis de leurs fonctions trois anciens ministres et fait prêter serment aux nouveaux jeudi après-midi. Mais certains ajustements ont suscité la controverse.
« Mister E-Fuels » quitte le parti
La reconduction du ministre des Transports Volker Wissing a surpris les observateurs après que des rumeurs ont fait surface mercredi selon lesquelles le ministre libéral ne démissionnerait pas comme ses alliés.
Volker Wissing a confirmé par la suite qu’il avait accepté la demande d’Olaf Scholz de rester au gouvernement et qu’il quitterait le FDP, « conformément à [son] idée de prendre des responsabilités ». Il a ajouté que la coalition tripartite (FDP, Verts et SPD), sujette à des querelles internes, aurait survécu « si elle avait travaillé ensemble dès le départ ».
Le ministre reconduit a ainsi pris ses distances avec son ancien leader de parti Christian Lindner, qui avait envisagé à plusieurs reprises de quitter la coalition. La décision de Volker Wissing a provoqué la colère des députés du FDP, dont l’un a déclaré à IPPEN.MEDIA qu’il était « tout à fait seul dans cette affaire ».
En Europe, le ministre allemand des Transports est connu pour avoir menacé de bloquer à la dernière minute l’interdiction de vendre de nouvelles voitures à moteur à combustion interne à partir de 2035. Il s’est vigoureusement battu pour obtenir une dérogation pour les voitures fonctionnant aux carburants de synthèse, e-fuels en anglais, ce qui lui a valu le surnom de « Mister E-Fuels ».
Outre le portefeuille des transports, Volker Wissing s’est vu attribuer le ministère de la Justice, comblant ainsi le vide laissé par Marco Buschmann (FDP).
Le spécialiste de l’Europe d’Olaf Scholz remplace Christian Lindner
L’ancien allié de Volker Wissing, le ministre des Finances Christian Lindner, a été remplacé par un nouveau venu de taille : Jörg Kukies (SPD).
Jörg Kukies était l’un des conseillers les plus influents du chancelier, chargé de superviser la politique européenne, économique et fiscale en tant que ministre adjoint à la chancellerie. Il occupait un poste similaire au ministère des Finances lorsqu’Olaf Scholz était lui-même ministre.
Les deux hommes politiques sont considérés comme très proches dans leur façon de penser, Jörg Kukies étant décrit comme le « deuxième cerveau du chancelier ».
Dans son alignement sur Olaf Scholz, le remplaçant de Christian Lindner ne marque pas de rupture radicale avec son prédécesseur, qui s’est fait un nom en tant que fervent défenseur de la rigueur budgétaire au niveau de l’UE. Le chancellier lui-même, lors de son mandat en tant que ministre des Finances, avait longtemps défendu la politique budgétaire traditionnellement austère de l’Allemagne, bien qu’il ait, aux côté de Jörg Kukies, mené le projet de dette commune européenne lors de la pandémie de Covid-19.
À Bruxelles, le nouveau ministre des Finances Jörg Kukies est une figure bien connue, puisqu’il accompagne le chancelier Olaf Scholz lors des sommets — ce qui l’associe de facto au bilan européen mitigé du chancelier.
Jeudi, l’opposition s’est également attaquée au passé de Jörg Kukies en tant que directeur de la banque d’investissement Goldman Sachs en Allemagne et à son lien avec les scandales financiers qui ont éclaboussé Olaf Scholz lorsqu’il était ministre des Finances.
Matthias Hauer, député de l’opposition chrétienne-démocrate (CDU), a accusé le SPD d’hypocrisie après la nomination du remplaçant de Christian Lindner, puisque les membres du parti social-démocrate ont longuement critiqué le dirigeant de la CDU et rival d’Olaf Scholz, Friedrich Merz, pour son passage chez le gestionnaire d’actifs Blackrock.
L’éducation rejoint l’agriculture
La redistribution du ministère de l’Éducation est en revanche restée discrète. Ce domaine ne comporte que peu de compétences, puisqu’il relève de la responsabilité des Länder allemands.
Ce ministère a été transféré de Bettina Stark-Watzinger (FDP) au ministre de l’Agriculture Cem Özdemir (Verts). La ministre sortante s’est récemment retrouvée au cœur d’un scandale après que son ministère a prétendument examiné si les universitaires qui avaient publiquement soutenu les manifestations d’étudiants contre l’offensive militaire israélienne à Gaza pouvaient se voir refuser un financement.
Sa réputation contraste avec celle de son remplaçant Cem Özdemir, qui compte parmi les ministres les plus populaires depuis les manifestations des agriculteurs cette année, au cours desquelles il s’est engagé intensément auprès des manifestants.
Le remaniement n’aura finalement que des conséquences limitées, car Olaf Scholz s’est engagé à organiser des élections anticipées dans un délai de quatre mois au plus tard.
[Édité par Anna Martino]