Crise ukrainienne : les ministres des Affaires étrangères de l’UE s’entretiennent avec leur homologue ukrainien
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE rencontrent leur homologue ukrainien dans un contexte de craintes que la Russie prétexte une attaque sous faux drapeau pour lancer une offensive militaire contre l’Ukraine.
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE rencontrent leur homologue ukrainien, Dmytro Kuleba, à Bruxelles lundi (21 février), dans un contexte de craintes croissantes que la Russie prétexte une attaque, effectuée sous faux drapeau, pour lancer une offensive militaire contre l’Ukraine.
M. Kuleba doit informer ses homologues européens, lors d’un petit-déjeuner, de la situation actuelle dans l’est de son pays, alors que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a signalé que les violations du cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine ont atteint un record cette année.
Les tirs d’obus dans le cadre du conflit qui dure depuis huit ans ont connu une forte augmentation la semaine dernière, alors que les craintes s’intensifient de voir la Russie préparer la voie à une invasion de l’Ukraine dans le but d’inverser son orientation pro-occidentale.
Entre-temps, Minsk et Moscou ont décidé de « poursuivre les inspections », a déclaré le ministère de la Défense de la Biélorussie dimanche 20 février, en invoquant l’intensification de l’activité militaire à leurs frontières communes et une prétendue « escalade » dans l’est de l’Ukraine.
Cette décision est considérée comme un nouveau resserrement de l’étau sur l’Ukraine, déjà confrontée à une recrudescence des tirs d’obus des rebelles séparatistes soutenus par la Russie et à la présence de 190 000 soldats russes à ses frontières, selon les capitales occidentales.
Un haut fonctionnaire de l’UE a déclaré que le bloc serait « extrêmement préoccupé » par les récentes provocations dans le Donbass et a décrit la rhétorique et les actions récemment menées par la Russie comme allant « dans le sens d’une guerre ».
Si ce type de pression continue pendant des semaines et des mois sans invasion, l’UE « devra évidemment réfléchir à la réponse à apporter », a ajouté ce même fonctionnaire, dans un langage plus ferme que celui utilisé auparavant à Bruxelles.
Les ministres des Affaires étrangères participeront également à un exercice informatique.
Après sa courte visite à Bruxelles, M. Kuleba doit se rendre aux États-Unis pour rencontrer le secrétaire d’État américain Antony Blinken mardi et s’adresser à l’Assemblée générale des Nations Unies mercredi.
Les sanctions et leur rapidité
Au cours des derniers mois, l’UE s’est employée à dresser une liste de sanctions en riposte à toute agression militaire de la part de Moscou, sans pour autant divulguer trop de détails sur son contenu, alors que le seuil de déclenchement de ces mesures punitives doit encore être déterminé.
Le paquet de mesures est étroitement coordonné avec les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada, et des discussions sur l’alignement avec d’autres partenaires tels que la Corée du Sud, le Japon et la Suisse sont en cours, selon des diplomates européens.
En ce qui concerne l’imposition des sanctions proposées, EURACTIV croit comprendre que l’UE pourrait agir assez rapidement, en quelques jours seulement, puisque tous les textes juridiques sont préparés et pourraient être approuvés par les ministres des Affaires étrangères de l’UE. Cela se ferait probablement lors d’une réunion d’urgence qui serait convoquée par le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, en cas d’offensive militaire russe.
S’exprimant lors de la conférence sur la sécurité de Munich, dimanche 20 février, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dévoilé certains détails des sanctions auxquelles Moscou serait confronté. Elle a déclaré que la Russie serait notamment exclue des marchés financiers internationaux et se verrait refuser l’accès aux principaux produits d’exportation.
« La Russie serait en principe exclue des marchés financiers internationaux », a déclaré Mme von der Leyen à la chaîne de télévision publique allemande ARD dimanche soir.
Des sanctions seraient imposées sur « tous les produits que nous fabriquons et dont la Russie a besoin de manière urgente pour moderniser et diversifier son économie, où nous sommes dominants au niveau mondial, et pour lesquels ils n’ont pas de substitut », a-t-elle déclaré.
Elle a ajouté que les sanctions ne seraient imposées qu’après une éventuelle invasion, rejetant ainsi les appels lancés samedi par le Président ukrainien Volodymyr Zelenskiy et son ministre des Affaires étrangères pour des sanctions immédiates.
M. Kuleba, qui s’exprimait également à Munich, avait réitéré ses appels aux partenaires occidentaux pour qu’ils appliquent au moins une partie des sanctions qu’il a préparées contre la Russie.
« Il faut arrêter la Russie dès maintenant. Nous voyons bien comment les événements se déroulent », a indiqué M. Kuleba.
« Le passage aux sanctions est tellement énorme et conséquent que nous savons que nous devons toujours donner à la Russie une chance d’en revenir à la diplomatie et s’asseoir à la table des négociations à nouveau », a déclaré Mme Von der Leyen. « Cette porte est encore ouverte. »
Mme Von der Leyen s’est dite convaincue que la dépendance de la Russie à l’égard des exportations de combustibles fossiles constituait sa faiblesse.
« Ils représentent les deux tiers de ses exportations et la moitié du budget de la Russie en provient », a-t-elle déclaré. La Russie doit se moderniser, et « précisément, cela ne serait plus possible » si de nouvelles sanctions venaient à être imposées.
Se préparer aux contre-sanctions
On s’attend à ce que la Russie riposte par des contre-sanctions, qui pourraient frapper certains États membres de l’UE plus que d’autres.
Ces derniers jours, certains États membres de l’Union, comme l’Italie, ont exprimé leur inquiétude quant à l’impact de nouvelles sanctions russes sur leur économie nationale ou leur approvisionnement en gaz.
Toutefois, à Bruxelles, certains ont également fait remarquer que les contre-sanctions n’auraient pas besoin d’être de grande ampleur pour avoir un effet négatif.
En 2014, la Russie avait par exemple imposé un « embargo complet » sur les importations de produits alimentaires en provenance de l’UE, des États-Unis et de certains autres pays occidentaux, en réponse aux sanctions concernant l’Ukraine.
Selon les estimations, les pays les plus touchés pourraient être les grands États membres dont le volume des échanges avec Moscou est important, ainsi que ceux qui sont géographiquement proches de la Russie, comme la Finlande, la Pologne et les pays baltes.