De Bruxelles à Paris, la transhumance des parlementaires
Quatre eurodéputés ont été nommés au gouvernement et pourraient abandonner leur siège à Strasbourg. Leurs suppléants ne sont pas tous enthousiastes à l’idée de prendre leurs places.
Quatre eurodéputés ont été nommés au gouvernement et pourraient abandonner leur siège à Strasbourg. Leurs suppléants ne sont pas tous enthousiastes à l’idée de prendre leurs places.
Hériter d’un siège au Parlement européen n’enchante pas tous les élus.
Quatre postes pourraient être à pourvoir dans l’institution si les eurodéputés français, désormais ministres, restaient au gouvernement après les élections législatives du 17 juin. D’ici là, leurs suppléants doivent faire savoir s’ils veulent ou non reprendre les sièges vacants.
Député national, c’est mieux
C’est le cas de Karim Zéribi, troisième sur la liste « Sud-Est » du PS aux élections européennes. Il devrait succéder au nouveau ministre de l’éducation Vincent Peillon dont les travaux à Strasbourg portaient principalement sur l’Union pour la Méditerranée. M. Zéribi, élu municipal, est en pleine campagne législative pour la 7e circonscription de Marseille, et ses déclarations ne laissent pas de doutes sur ses intentions : il n’est pas question pour lui d’aller à Bruxelles.
“Etre député européen c’est bien, mais être député à l’Assemblée nationale c’est mieux, a-t-il affirmé au quotidien La Provence le 18 mai dernier. Que les choses soient claires, je n’envisage pas d’être député européen.”
S’il acceptait d’exercer un mandat de parlementaire à Bruxelles, il viendrait normalement gonfler les rangs du groupe des Verts, car M. Zeribi a rejoint Europe Ecologie en 2010. Contacté par la rédaction, il n’a pas répondu à nos sollicitations.
Quatrième sur la liste des élus socialistes derrière M. Zéribi, Farida Boudaoud n’a pas non plus été en mesure d’éclaircir la situation. Elle est en pleine campagne pour les législatives, et n’a pas évoqué la possibilité de remplacer M. Peillon.
Bataille législative
A l’Ouest, c’est la vice-présidente du Conseil régional de Bretagne Isabelle Thomas (PS) qui devrait succéder au nouveau ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, auparavant membre de la commission de l’agriculture et du développement durable à Bruxelles.
Grande habituée des couloirs de Bruxelles et de Strasbourg, l’élue locale n’est pas effrayée à l’idée de devenir députée européenne. Elle a notamment travaillé sur la politique commune de la pêche de l’Union européenne.
Mais Mme Thomas s’est, elle aussi, lancée dans la bataille des législatives. Et face à une droite divisée, la conquête de la septième circonscription d’Ille-et-Vilaine par la candidate socialiste n’est pas à exclure.
« On n’a jamais envisagé qu’elle puisse devenir député européenne », avoue son directeur de campagne Martin Meyrier. En campagne depuis des mois, « son envie c’est de devenir députée » à Paris.
L’ancien eurodéputé Yannick Vaugrenard, qui suit Isabelle Thomas sur la liste de l’Ouest a quant à lui fait le choix d’une carrière politique nationale. Depuis 2011, il est sénateur de la Loire-Atlantique.
Un mandat c’est mieux que rien
A l’opposé, les suppléants qui ne font pas campagne pour les législatives sont plus enthousiastes à l’idée d’exercer un mandat européen.
Pascal Canfin (EELV), qui était très impliqué dans les dossiers financiers au Parlement, est remplacé par Jean-Jacob Bicep, conseiller et adjoint à la mairie du 20e arrondissement de Paris. Ce dernier a clairement fait connaître son ambition d’aller à Bruxelles.
« La nomination de Pascal Canfin au gouvernement comme ministre entraîne sa démission. Je deviens donc (…) député européen. Je mesure l’ampleur de la tâche mais je vais intégrer un groupe députés donc je suis confiant », a-t-il écrit sur sa page Facebook.
Eric Andrieu (PS) a confirmé sa volonté de prendre la place de l’eurodéputé Kader Arif, candidat dans la 10ème circonscription de Haute Garonne, spécialiste des questions méditerranéennes au Parlement, et désormais ministre délégué aux anciens combattants. La gauche est arrivée en tête aux deux tours de la présidentielle dans cette circonscription.
Premier secrétaire du Parti socialiste audois, M. Andrieu s’est dit prêt à renoncer à son mandat de maire de Villerouge-Thermenès pour intégrer l’institution strasbourgeoise. L’ancien conseiller en développement local et affaires européennes se penchera notamment sur les questions d’agriculture et de pêche, selon ses déclarations à la Dépêche du Midi.
La question du renouvellement des eurodéputés français se posera encore une fois après les élections législatives des 10 et 17 juin. Outre les nouveaux ministres, douze parlementaires français sur 74 sont candidats pour entrer à l’Assemblée nationale. Le jeu des chaises musicales pourrait recommencer.