Des députés européens invités en banlieue parisienne
Les élus de la commission Développement régional du Parlement européen ont pu observer les constructions réalisées grâce aux fonds européens, alors que commence le débat sur l’avenir des fonds structurels.
Les élus de la commission Développement régional du Parlement européen ont pu observer les constructions réalisées grâce aux fonds européens, alors que commence le débat sur l’avenir des fonds structurels.
Aulnay-sous-Bois, Seine-Saint-Denis. Une petite délégation visite un quartier situé au nord de la ville. Des députés européens ont été invités, vendredi 30 avril, à constater sur le terrain les effets concrets de la politique de cohésion dans les zones urbaines.
Sur leur parcours, les élus ont par exemple pu visiter une maison culturelle, qui accueille des concerts et permet aussi aux artistes du départements d’enregistrer leurs réalisations. Ils sont aussi passés par la Maison de l’emploi de la ville, qui permet aux jeunes Aulnaysiens, particulièrement touchés par le chômage (35% des 18-25 ans sont sans emploi), de mieux orienter leur recherche.
«Si ce type d’établissement n’existait pas sur le territoire, ce serait une catastrophe», explique le premier adjoint de la ville Abdel Benjana. «Ici, certains jeunes de moins de 26 ans connaissent des difficultés lourdes», poursuit-il.
Ici, la ville a en effet profité à plein d’un programme communautaire, Pic Urban, versé entre la fin des années 90 et le début des années 2000.
C’est trois ans après la mise sur pied d’un grand projet urbain que la Commission européenne donne finalement, en 1996, l’agrément définitif au programme d’Aulnay-sous-Bois. A l’époque, la ville touchait 12,8 millions de francs pour 17 dossiers.
Mais au-delà de la visite des installations réalisées grâce aux fonds européens, les élus viennent aussi pour se rapprocher du terrain dont on leur reproche d’être si éloignés. «Nous ne venons pas seulement pour contrôler, mais aussi pour évaluer les besoins et les priorités», explique le député européen polonais Jan Olbrycht (PPE), président de l’intergroupe Urban au Parlement européen. Ce groupe fondé par l’ancien élu français Jean-Marie Beaupuy (ADLE) se réunit une fois par mois à Strasbourg. Il rassemble une soixantaine de députés de tout bords politiques, issus de toutes les commissions parlementaires.
Aujourd’hui, le quartier nord d’Aulnay-sous-Bois que visitent les députés est en pleine restructuration. 300 millions d’euros sont consacrés au plan de rénovation urbaine, qui comprend non seulement des opérations de construction, mais aussi de rénovation dans une partie de la ville. Détruits, 850 logements devront être reconstruits.
Cette visite intervient alors que commence à Bruxelles le débat sur l’avenir de la politique de cohésion de l’UE. Une manière de répondre concrètement à ceux qui prônent le maintien de cette politique uniquement dans les régions les plus pauvres. Les députés français font en effet partie de ceux qui devront démontrer à leurs collègues que le versement de subventions européennes dans toutes les régions, y compris les plus riches, n’est pas superflue.
«En ces temps de débat, nous avons besoin du soutien des dirigeants locaux», précise le député Joachim Zeller (CDU – PPE). «Les autorités locales doivent faire pression sur leur gouvernement maintenant, et dire qu’ils ont besoin de nous», ajoute-t-il.
Pour l’eurodéputé allemand, cette visite est aussi l’occasion de souligner l’importance de la politique urbaine. «Nous ne devons pas oublier que la vie réelle est ici. La majorité des Européens vit dans une ville», affirme-t-il. Il estime que les villes, par rapport aux milieux ruraux, ne bénéficient pas assez de l’argent européen. «C’est disproportionné par rapport à la réalité», explique-t-il.
«A Berlin, nous avons des problèmes similaires, mais aussi des solutions similaires», poursuit l’eurodéputé allemand. Il souligne qu’après la réunification, des quartiers entiers de Berlin Ouest ont dû être réhabilités.
Mais pour Karima Delli (Verts-ALE), coorganisatrice de la visite en France avec Sophie Auconie (Nouveau centre – PPE), l’Europe doit aller plus loin. «Le volet de rénovation des quartiers doit prendre en compre l’efficacité énergétique», juge-t-elle. Aujourd’hui, la contribution Feder mobilisée pour financer les travaux d’efficacité énergétique dans les logements existants ne doit pas dépasser 4% de la dotation de chaque État membre.
«Il faut créer un fonds spécial pour la précarité énergétique», affirme l’eurodéputée, qui entend lancer cette idée avec le soutien de l’intergroupe Urban, de la BEI et de la Caisse des dépôts. Ce point devrait être à l’ordre du jour lors d’une conférence organisée à Bruxelles le 4 mai sur le financement de la rénovation énergétique des logements.
