Des élections « trois en un » en Serbie le 6 mai prochain

  Le président serbe, Boris Tadi?, a annoncé sa démission hier (4 avril) à la surprise générale, dix mois avant la fin de son mandat. Cette nouvelle tombe à un mois des élections législatives, présidentielles et locales prévues le 6 mai prochain et à l’issue desquelles le président espère que son Parti démocratique restera au pouvoir et rapprochera son pays de l’Union européenne.

EURACTIV.com / Reuters
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Le président serbe, Boris Tadi?, a annoncé sa démission hier (4 avril) à la surprise générale, dix mois avant la fin de son mandat. Cette nouvelle tombe à un mois des élections législatives, présidentielles et locales prévues le 6 mai prochain et à l’issue desquelles le président espère que son Parti démocratique restera au pouvoir et rapprochera son pays de l’Union européenne.

La démission de M. Tadi?, qu'il remettra officiellement aujourd'hui (5 avril), annonce un bras de fer avec les populistes de l'opposition pour le contrôle du parlement et de la présidence de cette république d'ex-Yougoslavie le 6 mai prochain.

M. Tadi? a affirmé qu'un nouveau mandat via la tenue d'élections simultanées était vital si la Serbie voulait éviter que les réformes au coeur de sa candidature à l'UE ne soient mises à mal.

Selon les experts, son Parti démocratique pro-occidental mise sur la popularité de M. Tadi? pour vaincre le Parti progressiste serbe (SNP) dans l'opposition, dont la politique conservatrice et populiste joue sur le sentiment de colère des électeurs vis-à-vis de l'état de l'économie et de la corruption.

Le leader du SNP, Tomislav Nikoli?, qui a quitté le bloc ultranationaliste en 2008 pour se concentrer sur l'intégration européenne, a déclaré à l'agence de presse Beta qu'il se présenterait contre M. Tadi? comme lors des dernières élections présidentielles qu'il a perdues de peu.

M. Tadi? a affirmé qu'il remettrait officiellement sa démission au président du parlement jeudi. Ce dernier devrait coupler l'élection avec les législatives prévues le 6 mai prochain.

« Les citoyens auront l'opportunité de décider du chemin que prendra la Serbie », a affirmé M. Tadi? à la presse.

« Des réformes difficiles attendent la Serbie et ces réformes devront être menées par des institutions fortes », a-t-il déclaré. « Par conséquent, il est préférable d'organiser des élections à tous les niveaux. J'ai pris cette décision conformément à mes responsabilités politiques. »

Le gouvernement serbe actuel s'est renforcé en mars dernier lorsque le pays s'est vu octroyer le statut de candidat officiel à l'Union européenne, plus de dix ans après la chute de Slobodan Miloševi?.

Il peine toutefois à maintenir la croissance économique et à lutter contre le chômage en hausse, alors que les Balkans occidentaux souffrent des retombées de la crise de la dette dans la zone euro, le principal partenaire commercial et investisseur du pays.

Dans un sondage d'opinion publié la semaine dernière, Faktor Plus a annoncé que le Parti démocratique remporterait 29,1 % des voix, juste derrière le SNP avec 33,2 %. Les experts affirment toutefois que les démocrates auraient plus de chances de trouver des partenaires de coalition.

Héritage de la guerre et isolement

Djordje Vukovi? du Centre pour les élections libres et la démocratie (CESID) a expliqué que le Parti démocratique comptait sur la popularité et le charisme de M. Tadi?.

« En outre, le prochain gouvernement devra opérer des coupes budgétaires difficiles pour éviter une contraction accrue de l'économie. » Ces mesures d'austérité auraient pu entamer les chances de réélection de M. Tadi? s'il avait attendu jusqu'à la fin de son mandat, a-t-il ajouté.

Ce pays de 7,3 millions d'habitants doit encore faire face à l'héritage politique et économique d'une décennie de guerre et d'isolement sous Miloševi? qui a été renversé en 2000 et est décédé en 2006 alors qu'il était poursuivi à La Haye pour son rôle dans les guerres qui ont déchiré la Yougoslavie socialiste.

Une administration publique pléthorique, des infrastructures vieillissantes et de perpétuelles tensions entre la Serbie et son ancienne province, le Kosovo, ont entravé le développement du pays et découragé les investisseurs.

« Nous comprenons que la motivation derrière tout ceci est de mettre en place un gouvernement bien établi et d'aboutir à une majorité parlementaire solide après les élections », a expliqué Vincent Degert, le chef de la délégation de l'Union européenne en Serbie, suite à l'annonce de M. Tadi?.

Le prochain gouvernement devra relever de nombreux défis et continuer de progresser sur le chemin de l'Europe, a-t-il ajouté.

L'an dernier, la Serbie a arrêté et extradé les deux derniers Serbes suspectés de crimes de guerre toujours en liberté, dont l'ancien commandant serbe bosniaque accusé de génocide Ratko Mladi?.

Elle s'est ensuite vu octroyer le statut de candidat à l'UE après avoir accepté une série de concessions sur le Kosovo qui a déclaré son indépendance il y a quatre ans.

Belgrade ne reconnait pas cette sécession, mais le pays subit des pressions pour apaiser ses relations avec Pristina avant que les négociations d'adhésion ne puissent être lancées, sûrement d'ici la fin de l'année. Dans le même temps, au Kosovo, les tensions entre la majorité albanaise et la minorité serbe continuent de s'intensifier.

Ni les démocrates de M. Tadi?, ni le SNP de M. Nikoli? ne devraient remporter suffisamment de voix pour former un gouvernement absolu, ce qui devrait entraîner des mois de débats houleux sur l'octroi des postes au gouvernement et dans les entreprises publiques.

Les deux partis ont exclu de reconnaître le Kosovo comme un Etat souverain.

« Je suis sûr que la Serbie progressera vers l'Union européenne, mais nous ne reconnaîtrons jamais le Kosovo », a affirmé M. Tadi?.