Des ONG relancent la polémique sur les biocarburants

Une étude, commandée par neuf associations environnementales et de développement, dénonce le déploiement des agro-carburants. Ces énergies seraient dangereuses pour le climat et la sécurité alimentaire.

EURACTIV.fr
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Une étude, commandée par neuf associations environnementales et de développement, dénonce le déploiement des agro-carburants. Ces énergies seraient dangereuses pour le climat et la sécurité alimentaire.

Neuf ONG européennes (ActionAid, BirdLife International, ClientEarth, European Environmental Bureau, FERN, Friends of the Earth Europe, Greenpeace, Transport & Environment, Wetlands International) alertent sur les risques des biocarburants. L’étude de l’Institute of European environmental policy qu’ils ont commandée et publiée le 8 novembre souligne l’impact potentiel de la consommation de biocarburants en Europe d’ici 2020.

La directive sur les énergies renouvelables de 2009 impose «une part minimale de 10% de biocarburants dans la consommation totale d’essence et de gazole destinée aux transports». Selon les ONG, cet objectif aura des « conséquences désastreuses en matière de changements climatiques et de sécurité alimentaire ». Le rapport se base sur les Plans d’actions nationaux (PAN) de 23 États membres et les études européennes sur le changement d’affectation des sols indirect (Casi).

Les agrocarburants sont un pilier important de la politique climatique de l’UE. Mais leur utilisation fait débat. Certains soulignent la nécessité de remplacer les énergies fossiles, pour limiter la pollution et pour une meilleure indépendance énergétique. Mais d’autres voix dénoncent les risques de concurrence avec les cultures alimentaires et les conséquences environnementales. Face aux critiques, le commissaire à l’Energie Günther Oettinger a présenté, un paquet de textes sur la durabilité des biocarburants.

167% plus nocifs

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La Commission doit publier, fin 2010, un rapport sur l’utilisation des biocarburants. Elle devra se prononcer sur l’intérêt de prendre en compte l’impact du Casi. Si c’est le cas, l’exécutif européen devra aussi statuer sur son intégration dans le calcul des émissions de gaz à effet de serre des biocarburants.

Les ONG sont catégoriques  : aucune étude européenne ne conclut à un impact nul du Casi. Selon leur étude, les biocarburants, à cause du changement d’affectation des sols, émettront de 27 à 56 millions de tonnes de gaz à effet de serre en plus par an. Cela équivaut de 12 à 26 millions de véhicules supplémentaires sur les routes européennes d’ici 2020. Pour les ONG, si le Casi est pris en compte « à un niveau réaliste », les agro-carburants qui entreront sur le marché européen auront un impact de 81% à 167% plus néfaste que les combustibles fossiles, qu’ils sont censés remplacer.

Pourtant, la directive européenne précise que l’impact des biocarburants en matière d’émissions de gaz à effet de serre (GES) doit être de 35 à 50% moins élevé que les carburants fossiles. Selon l’étude, la France sera le 5e plus gros émetteur de GES issus des agro-carburants en 2020. Elle pourrait émettre jusqu’à 3,9 millions de tonnes de CO2 par an.

Le Sud en danger

L’objectif des 10% aura des impacts sur le monde entier. Selon l’étude, il va nécessiter la conversion, à travers le monde, de 69 000 km² de terres (6,9 millions d’hectares). Les biocarburants destinés au marché européen posent des problèmes sociaux en monopolisant les terres agricoles dans les pays du Sud au détriment des cultures alimentaires. Leurs forêts et leurs écosystèmes naturels sont également en danger. « Une surface équivalente à deux fois celle de la Belgique devra être convertie en plantations pour atteindre les objectifs des pays européens, ce qui mettra en danger les communautés les plus pauvres », dénoncent les ONG.

CALENDRIER

Fin 2010  : Publication par la Commission d’un rapport sur l’utilisation des agro-carburants.

POSITIONS

« L’objectif de 10% de biocarburants va nécessiter entre 2 et 5 millions d’hectares de terres et l’UE a largement les capacités de couvrir ses besoins grâce à des terres qui ne sont plus arables », ont affirmé à l’AFP les services du commissaire à l’Energie, Günther Oettinger. Selon l’AFP, le commissaire s’est prononcé en faveur d’un objectif accru de consommation de biocarburants dans l’UE et rappelle qu’il est interdit de déboiser des forêts tropicales, d’assécher des tourbières ou des marécages pour cultiver des céréales en vue de produire des biocarburants, en Europe.

L’eurodéputée Corinne Lepage (ADLE/ Cap 21), vice-présidente de la commission parlementaire environnement, santé et sécurité, trouve que les textes ne sont pas satisfaisants. « Au Parlement européen, nous sommes un certain nombre de députés à ne pas être emballés par les agro-carburants et nous ne voulons pas de nouveaux signes favorables en leur direction », a-t-elle expliqué à EURACTIV.fr. Même si elle précise ne pas ne pas avoir lu le rapport, elle n’est pas « surprise » du résultat. « Les agro-carburants conduisent, dans certains pays, à des déboisements gigantesques ». De plus, « le problème de choix entre conduire ou manger n’est pas acceptable », a-t-elle souligné.

« Continuer de s’appuyer autant sur les agro-carburants et les voir comme le seul produit de substitution au pétrole, c’est inciter indirectement à la déforestation. Raser toutes les forêts de la planète n’y suffirait pas. Ce qu’il faut, c’est que la demande de carburant, quel qu’il soit, diminue. Ce qui passe forcément par des changements de comportements », a précisé le président de France Nature Environnement Bruno Genty.

Pour Antoine Bouhey de Peuples Solidaires en association avec ActionAid, « en encourageant la production d’agro-carburants, l’UE a délivré aux agro-industriels un vaste permis de construire sur les terres du Sud, les poussant de fait à accaparer les terres des plus pauvres pour produire des agro-carburants. Si elle ne prend pas en compte le Casi tel que nous le préconisons, elle signera un nouveau chèque en blanc pour les industriels, qui accapareront jusqu’à deux fois la taille de la Belgique ! »

Pour Sidoine Paté, directeur commercial de Ouest centre céréales, une coopérative de production de biodiesel à partir de colza, la production locale est importante. Elle permet de lutter contre la déforestation que peuvent créer les biocarburants dans les pays du sud. « C’est le soja qui crée la déforestation », a-t-il précisé à EURACTIV.fr. La production locale évite aussi les importations et peut être un complément de revenus pour les agriculteurs. Il souligne aussi que les terres ne peuvent pas être uniquement dédiées à l’énergie  : « Il est nécessaire d’avoir une rotation des cultures sur les terres, pour ne pas les appauvrir », a-t-il expliqué.