Du pain sur la planche pour les lauréats du prix Nobel
Alors que les dirigeants des trois institutions de l’UE sont allés chercher le prix Nobel de la paix hier (10 décembre) à Oslo, on leur a dit que « ce continent a atteint [quelque chose] de vraiment fantastique », mais que des efforts s’imposaient pour obtenir un bonne gouvernance en Europe.
Alors que les dirigeants des trois institutions de l’UE sont allés chercher le prix Nobel de la paix hier (10 décembre) à Oslo, on leur a dit que « ce continent a atteint [quelque chose] de vraiment fantastique », mais que des efforts s’imposaient pour obtenir un bonne gouvernance en Europe.
Sous les fresques d'Ambrogio Lorenzetti, « Les Effets du bon et du mauvais gouvernement », Thorbjørn Jagland, le président du comité du prix Nobel a déclaré que l'Europe n'était certainement pas parfaite, mais qu'elle avait le pouvoir de résoudre « nos problèmes ensemble ».
« Nous avons besoin d'institutions afin de garantir que les États-nations et les individus fassent preuve de compromis, de maîtrise de soi et de modération », a-t-il indiqué, ajoutant qu'il s'agissait des principes indispensables dans un monde du XXIe siècle rempli de dangers.
Lors de la remise du prix à Oslo, Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, a souligné la nécessité d'un resserrement des liens de fraternité entre les nations européennes en ces temps d'incertitude.
Le nom de Jean Monnet, un des pères fondateurs de l'Union européenne, a été cité à plusieurs reprises. Ses paroles résonnaient au cours de la cérémonie : « Rien n'est possible sans les hommes, rien n'est durable sans les institutions ».
Politiques ennuyeuses
« L'Union a su parfaire l'art du compromis », a indiqué M. Van Rompuy. « Il n’est pas question de victoire ou de défaite, mais il s’agit de faire en sorte que tous les pays sortent gagnants des négociations. Des discussions politiques ennuyeuses n’en sont que le modeste prix à payer », a-t-il ajouté.
La paix n'est toutefois pas suffisante. « Nous devons rester unis. Nous avons une responsabilité collective. Sans cette coopération européenne, [nous aurions facilement pu assister à] un nouveau protectionnisme, un nouveau nationalisme et risquer de perdre le terrain gagné », a déclaré M. Jagland.
En faisant allusion indirectement à la crise financière qui touche des personnes innocentes, le président du comité Nobel a mis en avant la structure politique de l'Union et la nécessité de la consolider.
Les dirigeants de l'UE se réunissent cette semaine en vue de discuter des propositions de renforcement de l'intégration et d'adopter une feuille de route limitée dans le temps pour l'union économique et monétaire (UEM).
La signature d'un nouvel accord sera difficile étant donné que des divergences subsistent sur une Europe à deux vitesses dont les pays de la zone euro seraient l'élément central.
Plusieurs États membres de l'UE, principalement ceux en dehors de la monnaie unique, ont mis en garde contre un désaccord entre les tenants et les aboutissants alors que les États membres de second rang s'éloignent de la prise de décision.
La paix, ce n'est pas seulement l'absence de guerre
Même si le prix Nobel est seulement une reconnaissance des efforts réalisés au cours des dernières décennies afin de restaurer la paix en Europe, l'UE ne peut pas rester les bras croisés. Elle doit sauvegarder ce qu'elle a obtenu et aller de l'avant, a affirmé le président du comité.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a poussé l'idée de paix plus loin en citant Baruch Spinoza : « La paix, ce n'est pas seulement l'absence de guerre, c'est une vertu. »
S'en prenant à ceux qui considèrent la paix comme acquise et qui tentent d'inverser le processus d'intégration, M. Barroso a expliqué que la paix ne pouvait exister que si les hommes étaient confiants, en paix avec leur régime politique et rassurés que leurs droits fondamentaux soient respectés.
Selon des critiques, principalement du Royaume-Uni, le prix n'est pas approprié. Ils soulignent que la crise de la zone euro a révélé des divisions profondes entre les 27 États membres de l'UE.
La plupart des dirigeants nationaux européens ont assisté à la cérémonie, sauf David Cameron, qui était représenté par Nick Clegg, le vice-premier ministre et chef des démocrates libéraux.
Le Parti conservateur de M. Cameron discute d'un référendum qui pourrait provoquer la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE.
Liam Fox, l'ancien secrétaire à la défense pour les conservateurs, a indiqué aujourd'hui qu'il espérait que « retour à un marché commun » soit le slogan du Parti conservateur lors des prochaines élections.
« Pour être franc, s'il faut choisir entre la trajectoire actuelle vers une union encore plus renforcée et la sortie, je choisirai de partir, bien qu'à contrecoeur », a-t-il ajouté.
L'Union a été fondée sur la réconciliation. « En politique comme dans la vie, la réconciliation est sans doute ce qu’il y a de plus difficile, car elle va au-delà du pardon et de l’oubli, ou du fait de tourner simplement la page », a déclaré M. Van Rompuy lors de la cérémonie.
Un regard sur les Balkans
Si certains veulent partir, d'autres devraient être autorisés à entrer, a indiqué M. Jagland. Il a ajouté que l'UE tentait de poser les fondements de la paix avec les Balkans.
La Slovénie a rejoint l'UE en 2004 et la Croatie devrait suivre en 2013. Le Monténégro a entamé des négociations d'adhésion alors que la Serbie et l'ancienne République yougoslave de Macédoine ont reçu le statut de candidat.
« Les Balkans étaient et sont une région compliquée », a déclaré M. Jagland, soulignant que des conflits n’étaient toujours pas résolus.
Le statut du Kosovo n'a toujours pas été défini. La Bosnie-Herzégovine est un État qui connaît des difficultés de fonctionnement en raison du veto des trois groupes politiques exercés l'un contre l'autre.
« La solution primordiale est l'extension du processus d'intégration qui s'est appliqué au reste de l'Europe », a ajouté le président du comité.