Electricité : la Bretagne s’arme contre les pannes
Le conseil régional et l’État ont signé un accord pour sécuriser l’approvisionnement et développer la production électrique de la Bretagne. Mais le « pacte électrique breton » ne fait pas l’unanimité.
Le conseil régional et l’État ont signé un accord pour sécuriser l’approvisionnement et développer la production électrique de la Bretagne. Mais le « pacte électrique breton » ne fait pas l’unanimité.
Aux environs de Lorient, à Calan, le nouveau transformateur électrique attire les foules. Le 17 janvier, le ministre à l’Energie Eric Besson, le président de la Région Bretagne Jean-Yves Le Drian, et le président du directoire du gestionnaire de réseau de transport d’électricité (RTE), Dominique Maillard ont inauguré ce poste, en fonction depuis le 24 novembre. C’est la première pierre du « Pacte électrique breton ».
Il s’agit d’une série de mesures sur l’électricité en Bretagne prises par l’État, la Région, RTE, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie et l’Agence nationale de l’habitat. Fruit d’une concertation de plus d’un an, le pacte vise à sécuriser l’approvisionnement de la région et à la rendre plus indépendante en énergie. Située à l’extrémité du réseau, la Bretagne est, avec la Provence-Alpes-Côte d’Azur, la région de France la plus menacée par des coupures d’électricité.
Ces mesures sont financées à hauteur de 24 millions d’euros par la Région et de 50 millions par l’État. L’Europe apportera 4 millions d’ici 2013, pour rénover l’isolation de logements sociaux. La Bretagne veut atteindre une autonomie dans sa production électrique de 34 % en 2020, contre 8 % actuellement.
Chauffage électrique
Le « Pacte » comporte trois piliers « indissociables les uns des autres », explique M. Le Drian. Le premier porte sur le « déploiement massif des énergies renouvelables ». Elles devraient atteindre une puissance de 3 600 MW en 2020, soit quatre fois plus qu’aujourd’hui. Mais les appels d’offre de l’État sur l’éolien offshore initialement prévus pour fin 2010 ont été repoussés, sans qu’aucune nouvelle date ne soit fixée.
Le deuxième objectif est une meilleure maîtrise de l’énergie. La Bretagne veut diviser par deux, d’ici 2015, puis par trois, à l’horizon 2020, la croissance de sa consommation d’électricité. D’une augmentation annuelle de 2,6 % (soit deux fois la moyenne nationale), elle doit passer à environ 1%, en 2015, alors que la région ne cesse de gagner des habitants.
Pourtant, les partis Union démocratique bretonne (UDB) et Europe Ecologie-les Verts (EELV) reprochent au projet de ne pas s’attaquer aux vrais problèmes. Pour eux, le chauffage électrique est responsable des risques de black out en hiver. Il représente 35% de la consommation électrique bretonne, contre 30% en France et 5% en Allemagne. Selon le président du groupe EELV au conseil régional, Guy Hascoët, 45.000 foyers sur les 500.000 équipés en chauffage électrique devraient changer de chauffage pour économiser 450 MW par an.
Pas de centrale
C’est-à-dire précisément la puissance du projet de centrale à gaz naturel inscrite dans le troisième pilier du pacte sur la sécurisation de l’approvisionnement électrique. Elle couvrirait 10% de la consommation régionale en cas de vague de froid. Cette installation, qui devrait voir le jour près de Brest, d’ici 2015, est très critiquée.
Les constructions énergétiques sont un sujet sensible en Bretagne. A Ploufragan (Côtes d’Armor), un projet identique a été annulé, à l’été 2010, face à l’opposition des populations et élus locaux. Déjà en 1981, les Bretons avaient fait reculer l’État sur l’implantation d’une centrale nucléaire à Plogoff (Finistère).
« A Ploufragan, tout le monde était contre et le projet est sorti au moment du lancement du Grenelle de l’environnement. Là, il y a davantage d’élus avec nous et l’État s’est fortement engagé dans le projet », explique le directeur de RTE Ouest, Didier Beny. De son coté, le ministre de l’Energie, Eric Besson, souligne que « le projet se fera car il est indispensable. L’État prendra ses responsabilités ».
Solution alternative
Les opposants à la centrale critiquent son coté polluant et la trop grande importance du projet par rapport aux besoins. Ils dénoncent aussi les incohérences avec le paquet énergie climat de l’UE et la dépendance créée. « Ce n’est pas en se rendant dépendant en gaz naturel qu’on va réduire notre dépendance. De qui se moque-t-on ? C’est une ressource importée », souligne le conseiller régional UDB Christian Guyonvarc’h.
Ils regrettent aussi que l’État n’ait pas pris en compte un projet de centrale hydroélectrique de 700 MW sur le Lac de Guerlédan dans le centre de la Bretagne, dans les cartons depuis les années 1980. Mais si pour RTE et la Région, cela pourrait être envisagé à plus long terme, pour une source proche du dossier, l’idée n’est pas viable.
L’autre grand projet est une ligne souterraine de 225 000 volts entre le transformateur de Calan et Saint-Brieuc. Prévue pour 2017, elle doit permettre de relier les réseaux nord et sud bretons. Enterrée, elle semble acceptée par tous.
CALENDRIER
- Dans les prochaines semaines : lancement de l’appel d’offre pour les éoliennes offshores, selon le ministre à l’Energie, Eric Besson
- Printemps 2011 : lancement par l’État de l’appel d’offre pour une centrale au gaz naturel dans l’ouest de la Bretagne, à proximité de Brest