Face à la crise politique au Venezuela, les Occidentaux jouent la carte de la prudence

Plus de deux semaines se sont écoulées depuis la réélection contestée de Nicolás Maduro lors de la présidentielle au Venezuela. Si l'opposition crie à la fraude électorale, les pays occidentaux, les États-Unis en tête, jouent la carte de la prudence.

Euractiv.com
Venezuelan opposition protests against presidential election results
Un manifestant tient une pancarte sur laquelle on peut lire "Pas de dictature" lors d'une manifestation contre les résultats officiels des élections présidentielles du 28 juillet à Caracas, au Venezuela, le 3 août 2024. Le Conseil national électoral vénézuélien (CNE) a proclamé Nicolas Maduro président réélu du Venezuela le 2 août 2024. [EPA-EFE/RONALD PENA R.]

Plus de deux semaines se sont écoulées depuis la réélection contestée de Nicolás Maduro lors de la présidentielle au Venezuela. Si l’opposition crie à la fraude électorale, les pays occidentaux, les États-Unis en tête, jouent la carte de la prudence.

L’issue des élections présidentielles au Venezuela pourrait être qualifiée de rocambolesque. Nicolás Maduro, le président sortant, et Edmundo González Urrutia, le candidat de l’opposition, se sont tous les deux déclarés vainqueurs du scrutin présidentiel le 28 juillet. Face à ce scénario, la plupart des gouvernements étrangers ont exigé que le Conseil national électoral du Venezuela publie l’ensemble des bulletins de vote.

Il faut dire que les tensions politiques au Venezuela restent vivaces depuis des décennies, et ce malgré l’intervention de pays comme le Brésil pour tenter d’obtenir des pourparlers entre les principales forces en présence. À savoir la Plateforme unitaire (Mesa de la Unidad Democrática, MUD) et le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) de Nicolás Maduro.

Après le vote, les manifestations contre Nicolás Maduro ont fait l’objet d’une forte répression qui a entraîné la mort de 23 personnes et l’arrestation d’environ 2 400 autres, selon les derniers chiffres de l’ONU.

Dans ce contexte très tendu, les gouvernements occidentaux « prennent leur temps », aucun ne souhaitant agir en premier, a expliqué un fonctionnaire employé dans une ambassade, sous le sceau de l’anonymat.

« Il ne s’agit pas d’une course pour voir qui peut aller le plus loin dans ses requêtes sans obtenir de résultat. Il s’agit d’être efficace dans notre soutien à la démocratie au Venezuela », s’est exprimé le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, lors d’une audition au Sénat mardi 13 août.

La veille, le Haut représentant de l’UE pour la Politique étrangère et de sécurité de l’UE, Josep Borrell, a demandé à ce que les registres de votes soient rendus publics, que les persécutions politiques cessent et qu’un dialogue s’instaure entre les opposants. Bruxelles n’a cependant prévu aucune action concrète à ce jour.

Trois fonctionnaires issus de différents pays ont analysé cette posture par le souvenir de la réélection de Nicolás Maduro en 2018.

2018 versus 2024

À l’époque, le scrutin avait été rapidement condamné. Cette fermeté s’était accompagnée d’une série de sanctions les plus sévères jamais imposées à un pays membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Depuis Washington, le président républicain Donald Trump avait bloqué les exportations cruciales de pétrole du Venezuela.

Un gouvernement intérimaire dirigé par l’opposition avait été largement reconnu au niveau international, mais ce dernier avait finalement échoué à prendre le pouvoir de manière effective.

En 2024, il semble donc y avoir peu de volonté d’imposer à nouveau des sanctions aussi sévères à l’encontre du Venezuela. Les démocrates américains ont menacé de prendre de nouvelles mesures punitives, mais ils se sont jusqu’à présent abstenus de le faire.

L’administration de Joe Biden a tenu à ne pas compliquer la tâche de l’opposition, dirigée par María Corina Machado et le candidat Edmundo González. Les Vénézuéliens cherchent à obtenir « même de petites concessions » de la part de du président réélu, a précisé une source au fait de la position de Washington.

La posture des États-Unis

Certaines de ces concessions concernent l’ouverture de canaux de communication entre les deux forces politiques. L’opposition espère qu’ils conduiront à un verdict impartial sur les résultats de l’élection et à une éventuelle transition politique.

Un examen par la Cour suprême du Venezuela risque toutefois de prendre du temps et pourrait manquer de partialité, étant donné que celle-ci est constituée d’alliés de Nicolás Maduro. L’autre option serait la tenue d’un nouveau scrutin, mais celle-ci a été rejetée par María Corina Machado et déconseillée par différents observateurs, ont confirmé deux des sources, en raison du manque de garanties quant à la sécurité et la fiabilité de l’opération.

 

Les trois sources ont révélé que les responsables américains ont pris contact avec leurs partenaires régionaux et internationaux afin de coordoner leur réponse. Avec prudence, les mots ayant un sens, les États-Unis ont reconnu qu’Edmundo González était le vainqueur, mais ne l’ont pas qualifié de président élu.

« Le moment est venu pour les parties vénézuéliennes d’entamer des discussions sur une transition respectueuse et pacifique », a encouragé lundi 12 août le porte-parole adjoint du Département d’État américain, Vedant Patel.

Un porte-parole du Conseil national de sécurité des États-Unis a déclaré à Reuters mardi que Washington évaluait les prochains développements et « réagirait en conséquence ».

Toutefois, les options restantes du gouvernement Biden semblent limitées. En avril, les États-Unis ont à nouveau imposé des sanctions pétrolières contre le Venezuela, accusant Nicolás Maduro de revenir sur ses engagements électoraux.

À noter, au cours des cinq dernières années, les États-Unis ont appliqué des sanctions individuelles à l’encontre d’Elvis Amoroso, le chef du Conseil national électoral vénézuélien.

Selon la source basée à Washington, des fonctionnaires américains ont fait part de leur inquiétude quant au fait que les bouleversements post-électoraux pourraient inciter davantage de Vénézuéliens à quitter le pays et à se diriger vers la frontière américano-mexicaine. L’immigration est en effet un sujet brûlant au coeur de la campagne pour la présidentielle américaine.

Le ministère vénézuélien des Relations extérieures n’a pas donné suite à la demande de commentaire d’Euractiv. « Nous ne discuterons pas du contenu de nos discussions diplomatiques privées », a simplement répondu un porte-parole du département d’État.

Les réactions ailleurs en Amérique

Les présidents du Brésil, du Mexique et de la Colombie coordonnent leur action tout en réclamant un accès total aux procès-verbaux des votes. Dans le même temps, une coalition comprenant les États-Unis, le Canada, le Panama et d’autres pays mènent des discussions séparées entre eux et avec l’opposition vénézuélienne, selon des personnes proches du dossier.

Le Panama a offert l’asile politique à Nicolás Maduro — une décision controversée puisqu’il fait l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale pour des allégations de violations des droits humains — et a appelé à la tenue d’un sommet régional.

Selon une source gouvernementale brésilienne, le pays ne reconnaîtra pas la victoire de Nicolás Maduro sans la divulgation complète et la validation des résultats.

« Des messages ont été envoyés à Nicolás Maduro pour lui faire comprendre que l’arrestation d’Edmundo González et de Maria Corina Machado n’était pas envisageable », a précisé la source, ajoutant que le Brésil s’efforçait de traiter avec les deux parties.

Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Mauro Vieira, prévoit de s’arrêter à Bogota jeudi pour s’entretenir avec son homologue colombien sur la question du Venezuela, a annoncé le gouvernement brésilien.

Certains pays, comme la Chine, la Russie, le Nicaragua et Cuba, ont reconnu la victoire de Nicolás Maduro, et lui ont offert leur soutien.

La cheffe de l’opposition María Corina Machado est convaincue qu’Edmundo González sera investi président du Venezuela le 10 janvier 2025. Affaire à suivre.

[Édité par Sarah N’tsia]