« Gardez votre calme et continuez »
Également dans l'édition de mardi : l'Eurogroupe, 42.7, Puzder, les Balkans occidentaux, la Hongrie
Vous lisez Rapporteur ce mardi 5 mai. Ici Nicoletta Ionta, à Bruxelles.
À savoir :
🟢 Bruxelles fait profil bas face aux nouvelles menaces commerciales américaines
🟢 L’ambassadeur américain fustige les projets de souveraineté technologique européens
🟢 Deux entretiens avec le même Hongrois, à 38 ans d’intervalle
Sur le rond-point : qui a fait l’impasse sur l’Arménie ?
L’Europe, vue de Bruxelles
Même si Donald Trump renonce à sa menace d’augmenter encore davantage les droits de douane sur les voitures européennes, le résultat sera le même : davantage d’incertitude.
Lundi, la Commission a timidement réaffirmé son « engagement total en faveur de relations transatlantiques prévisibles et mutuellement bénéfiques », alors même que Trump avait menacé vendredi dernier d’imposer des droits de douane de 25 % sur les voitures européennes.
La Commission semble incapable d’admettre qu’il y a eu une escalade. Interrogé sur la possibilité d’une riposte de l’UE, un porte-parole de la Commission a éludé la question, refusant de préciser quelles armes commerciales – si tant est qu’il y en ait – elle pourrait déployer.
Les ministres des Finances de l’UE se sont en tenus à un discours prudent. « Nous ne voulons pas d’escalade », a déclaré lundi à Bruxelles l’Allemand Lars Klingbeil. « Le message adressé aux Américains est clair : les droits de douane nuisent aux deux parties », a-t-il ajouté. « C’est pourquoi nous voulons parvenir à une solution commune. » D’autres ministres des Finances de la zone euro ont également appelé au calme, a rapporté Thomas Møller-Nielsen.
« Gardez votre calme et continuez » (Keep calm and carry on), m’a dit un diplomate de l’UE, ce qui est peut-être moins rassurant qu’il n’y paraît, étant donné qu’il s’agissait d’un slogan destiné à remonter le moral des Britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale, et non d’une querelle commerciale du XXIe siècle avec le meilleur allié de l’UE.
La position dominante à Bruxelles est qu’il ne sert à rien de réagir à des menaces spéculatives qui ne se sont pas encore concrétisées. Trump a annoncé de nouveaux droits de douane contre l’UE pour ensuite faire marche arrière.
Mercredi, les députés européens et les diplomates nationaux se réuniront pour poursuivre les négociations sur la forme finale de l’accord UE-États-Unis. Cet accord supprimerait les droits de douane sur des centaines de produits industriels et agricoles américains.
Alors que les gouvernements nationaux ne souhaitent que des changements minimes – afin de ne pas irriter Washington –, les députés européens réclament des garanties pour protéger l’UE de l’imprévisibilité de Trump. Leurs demandes incluent une clause d’expiration de deux ans et des conditions liées aux engagements tarifaires américains, notamment sur l’acier et l’aluminium, m’a expliqué ma collègue Sofia Sanchez Manzanaro.
Les constructeurs automobiles et les entreprises ont besoin de prévisibilité pour investir – et il y a eu peu de signes de cela depuis l’accord de Turnberry l’été dernier. Les menaces font partie intégrante de la stratégie de négociation de Trump. Même si les droits de douane ne se concrétisent jamais, l’incertitude, elle, est bien réelle.
L’UE dit « nein » à l’impôt sur les bénéfices exceptionnels
La Commission a rejeté la demande de l’Allemagne visant à instaurer un impôt européen sur les bénéfices des entreprises énergétiques.
« Nous n’envisageons pas pour l’instant de recommander une initiative européenne », a indiqué Valdis Dombrovskis, commissaire européen chargé des affaires économiques. « Mais si les États membres souhaitent mettre en place de telles mesures au niveau national, cela reste bien sûr possible. »
Kyriakos Pierrakakis, président de l’Eurogroupe, a fait savoir qu’il approuvait « pleinement » la position de l’exécutif européen. « La décision de taxer les bénéfices exceptionnels relève d’un processus décisionnel national », a-t-il ajouté.
Ces commentaires font suite à la consternation exprimée par Lars Klingbeil face au caractère « injuste » des revenus supplémentaires des compagnies pétrolières depuis le début de la guerre en Iran. « Elles doivent contribuer aux coûts de la crise », a-t-il déclaré.
L’ambassadeur américain fustige la « souveraineté technologique » de l’UE
Andrew Puzder, ambassadeur américain auprès de l’UE, a mis en garde l’Union contre l’introduction de règles technologiques « protectionnistes », suggérant qu’un projet de paquet sur la souveraineté technologique pourrait menacer l’accord commercial UE-États-Unis.
La Commission devrait dévoiler un ensemble de mesures législatives plus tard ce mois-ci afin de réserver les subventions et les marchés publics aux entreprises de l’UE. Il s’agit d’une initiative de Bruxelles visant à favoriser les infrastructures locales et à réduire la dépendance vis-à-vis des technologies étrangères.
S’adressant à mon collègue Théophane Hartmann, Puzder a expliqué que l’approche envisagée ne semblait pas très compatible avec l’accord-cadre commercial UE-États-Unis. Lisez l’interview complète.
Les Balkans veulent une exemption carbone
Les pays des Balkans occidentaux font pression pour être exemptés d’une taxe carbone d’un milliard d’euros sur leurs exportations d’électricité vers l’UE au-delà de 2030, rapporte mon collègue Nikolaus J. Kurmayer.
Le 1er janvier de cette année, la taxe carbone de l’UE sur des produits de base tels que le ciment et l’électricité, connue sous le nom de mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), est entrée en vigueur. Les pays des Balkans occidentaux, notamment la Serbie et la Bosnie-Herzégovine, ont vu cette taxe éroder leur modèle économique lucratif d’exportation d’électricité vers l’Union.
Ils ripostent désormais, espérant tirer parti d’une révision en cours du CBAM par l’UE. Lisez l’article complet de Nikolaus.
Trump reste de marbre face aux discussions de l’UE sur la défense
Les craintes que le renforcement de la clause d’assistance mutuelle de l’UE ne déstabilise Donald Trump sont infondées, a déclaré à Euractiv l’ambassadeur américain auprès de l’UE sous Joe Biden. Washington ne prend pas au sérieux le battage médiatique autour du renforcement de l’article 42.7, a affirmé Anthony Gardner.
Alors que Trump retire 5 000 soldats d’Allemagne, Gardner a estimé que l’Europe devrait se concentrer sur des mesures concrètes telles que les achats et les dépenses conjoints. Lundi, l’UE a commencé à tester sa clause d’assistance mutuelle dans le cadre d’une simulation bureaucratique, un jeu de guerre qui a écarté l’OTAN. Kaja Kallas discutera de cette simulation avec Mark Rutte mercredi.
Gardner a averti que la tentative de Bruxelles de faire de grandes déclarations « devance la réalité ». « Prenez les menaces répétées concernant le bazooka commercial », a-t-il souligné. « Eh bien, cela n’a abouti à absolument rien. » Lisez l’interview complète de Magnus Lund Nielsen ici.
La mère d’Eddy, la Hongrie et les échos de l’histoire
La mère d’Eddy, Hester, était journaliste pour Reuters à la fin des années 1980 et couvrait l’effondrement du communisme depuis Vienne. À l’été 1989, elle a effectué une mission à Budapest, où régnait une atmosphère fiévreuse.
Gábor Roszík, un pasteur d’une trentaine d’années, avait choqué le monde en remportant une élection partielle sous la bannière de la démocratie. Il est devenu le premier député de l’opposition à être élu dans la Hongrie communiste. Fidel Castro s’était même emporté contre les communistes hongrois pour avoir laissé cela se produire.
Près de 38 ans plus tard, Eddy a appelé Roszík, qui a évoqué les parallèles entre 1989 et la défaite de Viktor Orbán le mois dernier. Il soutient que la victoire de Péter Magyar a été bien plus difficile à remporter. Lisez l’interview complète ici.
Rond-point Schuman
À DISTANCE DE L’ARMÉNIE : Friedrich Merz n’a pas assisté à la réunion du Comité politique européen (EPC) à Erevan lundi, pas plus que le Premier ministre néerlandais Rob Jetten. Merz a préféré se rendre à une réunion de son parti dans une synagogue ultra-orthodoxe de Berlin, une initiative visant à marquer son opposition à la montée de l’antisémitisme en Allemagne – et peut-être à nuancer son image de personnalité trop axée sur la politique étrangère. Jetten a assisté à la Journée nationale du souvenir de son pays.
SOUVERAINETÉ TECHNOLOGIQUE ? Stefano Cavedagna, député du parti Frères d’Italie, a envoyé lundi un e-mail à l’ensemble du Parlement européen pour signaler la perte de son ordinateur portable. Il a demandé de l’aide pour le retrouver.
Les capitales
🇩🇪 BERLIN
Johann Wadephul, le ministre des Affaires étrangères, s’est rendu lundi à Athènes afin d’améliorer les relations tendues entre l’Allemagne et la Grèce. Il a souligné que les armes vendues à la Turquie ne devaient être utilisées que contre des « ennemis extérieurs », et non contre des alliés. L’Allemagne s’est efforcée de maintenir un équilibre délicat entre la Grèce et la Turquie, en plaidant pour l’inclusion de la Turquie dans les prêts SAFE de l’UE tout en soulignant que les alliés de l’UE restaient sa « famille la plus proche ». En savoir plus.
– Björn Stritzel & Sarantis Michalopoulos
🇮🇹 ROME
Giorgia Meloni a déclaré qu’elle n’était « pas d’accord » avec le retrait des troupes américaines en Europe évoqué par Donald Trump, soulignant que l’Italie avait toujours respecté ses engagements envers l’OTAN. Elle rencontrera le secrétaire d’État américain Marco Rubio vendredi matin à Rome, dans le cadre d’une visite qui comprendra également des entretiens avec le pape Léon XIV afin d’apaiser les tensions après les récentes critiques de Trump à l’égard du souverain pontife.
– Alessia Peretti
🇸🇰 BRATISLAVA
Robert Fico a annoncé qu’il rencontrerait Vladimir Poutine lors d’une visite à Moscou pour les commémorations du Jour de la Victoire. S’exprimant à Erevan, Fico a précisé qu’il déposerait des fleurs sur la Tombe du Soldat inconnu de l’Armée rouge, mais qu’il n’assisterait pas au défilé militaire. Il a qualifié les entretiens prévus avec Poutine de brefs et conformes aux visites précédentes.
– Natália Silenská
🇪🇸 MADRID
L’ancien ministre des Transports José Luis Ábalos a nié lundi avoir reçu des paiements en espèces en échange de la manipulation d’appels d’offres publics. La Cour suprême l’a accusé, ainsi que son assistant Koldo García et l’homme d’affaires Víctor de Aldama, d’avoir orchestré un système de pots-de-vin pour l’achat de matériel médical pendant la pandémie de Covid. « Vous ne trouverez rien contre moi », a-t-il affirmé, niant avoir reçu des milliers d’euros de commissions au fil des ans.
– Inés Fernández-Pontes
🇬🇷 ATHÈNES
Les autorités de Thessalonique sont en alerte face aux rumeurs selon lesquelles Ryanair pourrait cesser ses activités dans la deuxième plus grande ville de Grèce. Une réunion avec la compagnie aérienne irlandaise est prévue dans la journée, tandis que le gouvernement a été invité à intervenir, car l’impact potentiel sur la connectivité et le tourisme de la ville est jugé grave.
– Sarantis Michalopoulos
🇵🇱 VARSOVIE
Donald Tusk signera un traité de coopération en matière de défense avec le Royaume-Uni le 27 mai, a-t-il déclaré à l’issue de ses entretiens avec Keir Starmer. S’exprimant après le sommet de la Communauté politique européenne, Tusk a indiqué que la Pologne agirait en tant que « défenseur équilibré » d’un resserrement des liens entre le Royaume-Uni et l’UE. Il a également annoncé une visite au Canada afin d’approfondir la coopération en matière de sécurité, d’énergie et de renseignement.
– Charles Szumski
🇫🇷 PARIS
La France maintiendra une « croissance ralentie mais positive » et évitera la récession jusqu’en 2028, a déclaré le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, dans sa lettre annuelle au président. Malgré les risques géopolitiques – notamment au Moyen-Orient –, les perspectives restent stables. L’inflation devrait augmenter après une flambée en 2026, avant de retomber sous la barre des 2 %. Il a appelé à accélérer les réformes structurelles pour stimuler la croissance.
– Clara Vassent
Également sur Euractiv
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Editrices.teurs : Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trice : Sofia Sanchez Manzanaro, Thomas Moller-Nielsen, Magnus Lund Nielsen, Charles Cohen, Théophane Hartmann, Nikolaus J. Kurmayer
Traductrice : Clara Vassent