Pourquoi NextGenerationEU pourrait devenir le problème de la prochaine génération

Les appels se multiplient pour que l'UE reporte le remboursement de 650 milliards d'euros de dette liée à la relance post-Covid. Mais les pays « frugaux », dont l'Allemagne et les Pays-Bas, lèveront-ils leur veto ?

/ EURACTIV.com
La banderole NextGenerationEU sur le bâtiment Berlaymont de la Commission européenne en mai 2021 [Photo : Dursun Aydemir/Anadolu Agency via Getty Images]

En principe, une dette est censée être remboursée. Mais un nombre croissant de dirigeants européens estiment que, dans un cas particulier, ce n’est pas nécessaire – du moins pour l’instant.

Au cours des dernières semaines, plusieurs responsables politiques européens ont ouvertement évoqué l’idée de reporter le remboursement du fonds de relance Covid de 650 milliards d’euros, que l’UE doit commencer à rembourser lorsque son prochain budget septennal entrera en vigueur en 2028.

Convenu au plus fort de la pandémie en 2020, ce fonds ponctuel offre aux capitales de l’UE des prêts et des subventions en échange de réformes favorisant la croissance. Environ 24 milliards d’euros par an, soit un cinquième des dépenses annuelles de l’UE, sont actuellement affectés aux remboursements dans le prochain budget à long terme de l’Union, officiellement appelé Cadre financier pluriannuel (CFP).

Emmanuel Macron, le président français, entre autres, a récemment fait valoir que le refinancement de la dette NextGenerationEU contribuerait à libérer davantage de liquidités dans le plan de dépenses de 1 800 milliards d’euros de l’UE, alors que l’Union s’efforce d’accélérer ses investissements dans la défense et de renforcer sa compétitivité à une époque où les budgets nationaux sont mis à rude épreuve. 

En renforçant l’offre d’« actifs sûrs » libellés en euros, un refinancement de la dette renforcerait également le rôle international de la monnaie unique, alors que les inquiétudes grandissent quant à la fiabilité durable du système financier mondial dominé par le dollar américain, selon cet argument.

« On s’est endetté au moment du Covid. Aujourd’hui, on nous dit qu’il faut vite le rembourser. C’est idiot », a déclaré Macron aux journalistes fin avril, soulignant la nécessité d’accroître les investissements publics en Europe. Aux côtés du dirigeant français, Kyriakos Mitsotakis, le Premier ministre grec, a affirmé qu’un refinancement de la dette « nous rendrait plus forts en tant qu’Europe », compte tenu de la « forte demande d’obligations européennes ».

Leurs propos ont trouvé un écho la semaine dernière chez Paolo Gentiloni, l’ancien commissaire à l’Économie, qui a déclaré qu’il était « fou » que le refinancement de la dette ne soit pas actuellement un sujet majeur de discussion parmi les dirigeants de l’UE.

« Si vous demandez à une entreprise, si vous demandez à un économiste, si le refinancement de cette dette devrait être une décision sérieuse à prendre ? La réponse serait oui », a-t-il déclaré lors d’un événement à Bruxelles.

Ce n’est pas la solution ?

Gentiloni a toutefois reconnu que le refinancement de la dette serait « très difficile », étant donné qu’il nécessiterait le soutien unanime des 27 capitales de l’UE.

Les pays dits « frugaux», en particulier les Pays-Bas et l’Allemagne, n’ont par ailleurs montré aucun signe indiquant qu’ils étaient prêts à renoncer à leur opposition à un refinancement.

« Nos niveaux d’endettement sont trop élevés », a indiqué Eelco Heinen, le ministre néerlandais des Finances, aux journalistes à Bruxelles la semaine dernière. « S’endetter davantage n’est pas la solution. »

Friedrich Merz, le chancelier allemand, a également rejeté à plusieurs reprises l’idée d’une nouvelle dette de l’UE. « Toute nouvelle dette de l’UE – qu’elle résulte d’emprunts supplémentaires ou de l’émission d’obligations de l’Union européenne – est inconcevable », a-t-il martelé fin avril, ajoutant que le budget proposé par la Commission devrait également faire l’objet de coupes budgétaires généralisées.

Un diplomate européen issu d’un pays contributeur net a estimé que le report du remboursement des fonds NextGenerationEU ne ferait que déplacer la charge ailleurs. « Le report ne crée pas de marge de manœuvre – il ne fait que refiler la facture aux générations futures. »

Toutefois, trois responsables au fait du dossier estiment qu’il est possible que Berlin et La Haye finissent par être persuadés de lever leur veto. Selon eux, la difficulté des capitales de l’UE à s’entendre sur les « nouvelles ressources propres », c’est-à-dire des taxes spéciales à l’échelle de l’UE destinées au remboursement de la dette, rend également un report plus probable.

S’adressant aux journalistes la semaine dernière, Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l’économie, a également laissé entendre que les remboursements au titre de NextGenerationEU pourraient être reportés.

« La proposition de la Commission européenne est sur la table… mais, de toute évidence, il y aura des négociations entre les législateurs au cours desquelles ce [report] sera probablement l’un des éléments à discuter », a-t-il indiqué.

Le directeur adjoint du FMI pour l’Europe a quant à lui qualifié le report de la dette NextGenerationEU de « bonne option », car cela permettrait de consacrer davantage de fonds aux besoins de l’Union en matière de défense et d’infrastructures.

Zsolt Darvas, chercheur senior à Bruegel, un groupe de réflexion sur les politiques de l’UE basé à Bruxelles, a expliqué qu’un report pourrait faire partie d’un « grand compromis » entre les capitales de l’UE lors des dernières étapes des négociations sur le CFP, que Bruxelles espère finaliser d’ici la fin de l’année. 

« Si les autres priorités de ces pays frugaux étaient satisfaites » – telles que des fonds européens supplémentaires pour la recherche et l’innovation – « alors ils pourraient accepter », a déclaré Darvas.

(ow, bw)