Herman Van Rompuy met en garde David Cameron
Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a lancé son avertissement le plus ferme à la Grande-Bretagne. Lors d’un discours à Londres hier (28 février), il a déclaré que les portes de l’UE étaient ouvertes à ceux qui voulaient quitter l’Union.
Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a lancé son avertissement le plus ferme à la Grande-Bretagne. Lors d’un discours à Londres hier (28 février), il a déclaré que les portes de l’UE étaient ouvertes à ceux qui voulaient quitter l’Union.
Herman Van Rompuy, qui préside les réunions régulières des dirigeants nationaux de l'UE, a déclaré que la Grande-Bretagne avait l'occasion de jouer un rôle prépondérant dans la création d'une économie européenne étant donné que la zone euro disposait maintenant de « l'artillerie » d'outils économiques pour sortir de la pire crise de son histoire.
M. Van Rompuy a toutefois ponctué son discours dans le quartier financier de Londres d'une mise en garde claire lancée à David Cameron : l'Europe n'acceptera aucune tentative de la Grande-Bretagne d'obtenir une adhésion « à la carte », à savoir sélectionner les règles de l'Union européenne qu'elle veut suivre ou non.
Il a prévenu le premier ministre David Cameron que les autres dirigeants de l'Union ne voulaient pas renégocier les traités fondateurs de l'Europe. Il a ajouté que des moyens plus simples étaient disponibles pour que la Grande-Bretagne redéfinisse ses relations avec le vieux continent.
« Quitter le club, une idée soutenue par quelques partisans, est légalement possible », a déclaré M. Van Rompuy. « Nous disposons d'une “clause de sortie” ».
« Mais il ne s'agit pas seulement de partir. Ce serait un problème bien plus compliqué et une décision difficilement applicable, sur le plan légal et politique. Pensez à un divorce au bout de quarante ans de mariage. »
« Partir est une décision prise volontairement, librement, et elle est parfaitement légitime, mais elle a un prix », a-t-il ajouté dans un discours adressé aux banquiers et responsables politiques au Guildhall, une institution de 800 ans, symbole du pouvoir mercantile britannique dans la City de Londres.
David Cameron a promis d’essayer de rapatrier des pouvoirs de l'UE et de soumettre tout nouveau règlement aux électeurs lors d'un référendum sur une sortie ou non de l'UE d'ici la fin de 2017. Cette promesse a intensifié les craintes que la Grande-Bretagne quitte le club qu'elle a rejoint il y a 40 ans, en 1973.
« Le souhait de redéfinir les relations de votre pays avec l'Union n'est pas passé inaperçu », a indiqué le président du Conseil, ancien premier ministre de la Belgique, l'un des membres fondateurs de l'UE. « Je ne peux m'exprimer au nom d'autres présidents et premiers ministres, mais je suppose qu'ils n'aiment pas particulièrement cette idée, mais qu'ils ne la craignent pas non. »
Modification des traités ?
David Cameron est un conservateur qui souhaite que la Grande-Bretagne reste dans le plus grand bloc économique du monde. Il a prévenu dans un discours le 23 janvier que l'opinion publique européenne était désabusée par l'UE et que la Grande-Bretagne avait besoin d'un nouveau règlement.
Selon des eurosceptiques britanniques, ce projet est voué à l'échec et a été imposé aux populations européennes par une élite arrogante. Ils ajoutent que la Grande-Bretagne devrait faire cavalier seul.
Herman Van Rompuy a déclaré que les dirigeants de l'Europe ne pouvaient relâcher leur vigilance et que des réformes audacieuses étaient nécessaires afin de renforcer la zone euro. Il a cependant précisé qu'une intégration renforcée ne nécessitait pas de modifications du traité.
« Je ne vois aucun besoin imminent de discuter des traités de l'UE », a-t-il indiqué, ajoutant que les relations ambivalentes de la Grande-Bretagne avec l'Europe discréditaient sa position de négociations.
« Comment convaincre une pièce pleine de gens si votre main reste accrochée à la poignée de la porte ? »
M. Van Rompuy insiste sur l'inutilité de modifications du traité, ce qui a miné la stratégie de M. Cameron. Ce dernier vise à obtenir un nouveau type d'adhésion à l'UE pour son pays, a déclaré l'ancien commissaire européen Peter Mandelson.
« Le premier ministre s'est efforcé de prôner une modification radicale du traité, qu'il estime nécessaire, qui servira […] à la rapatriation des pouvoirs qu'il souhaite. Le président Van Rompuy semble avoir anéanti cette idée », a-t-il expliqué à Reuters.
« S'il n'y a pas de nouveau traité, je ne sais pas quelle autre solution se présentera pour obtenir ce que veut le premier ministre : vous ne pouvez pas avoir de négociations unilatérales. »
Selon M. Van Rompuy, un club qui produit un cinquième du produit intérieur brut mondial offre à ses membres une influence dont ceux-ci ne disposeraient pas seuls. Il a cependant évité une question directe sur les dommages éventuels d'un accord européen provisoire sur la limitation des primes à la City de Londres, qui contribue principalement à l'économie britannique.
Il a indiqué que la crise financière mondiale de 2008 avait exposé les faiblesses du projet européen de monnaie commune et laissé la porte ouverte à des « répliques ».
« Le débat sur une séparation imminente s'est éteint. Il se concentre maintenant sur le fait que l'euro persistera, et c'est dû à une détermination politique profonde », a-t-il déclaré. « Même si d'autres turbulences sont prévues, nous disposons de l'artillerie nécessaire ».