Von der Leyen tente de désamorcer la crise de Ceuta dans une lettre adressée à Sánchez
Les tensions se sont exacerbées lorsque la majorité des dirigeants ont pris à partie l'Espagne au sujet de sa position sur l'immigration
Ursula von der Leyen a salué la manière dont Pedro Sánchez a géré l’arrivée de 60 000 migrants à Ceuta, tout en soulignant que cet épisode mettait en évidence la nécessité de renforcer la politique migratoire de l’UE.
« Les autorités espagnoles et marocaines ont géré cette situation avec efficacité et efficience, empêchant ainsi avec succès tout déplacement illégal vers l’Espagne continentale et l’Europe », a écrit von der Leyen dans une lettre datée du 3 août et consultée par Euractiv.
Cette lettre fait suite à celle qu’elle a reçue samedi du Premier ministre espagnol, dans laquelle celui-ci dénonçait les « préjugés » et l’égoïsme dont font preuve ses homologues européens.
Elle a ajouté que les mesures prises par l’Espagne ont été cruciales pour empêcher la situation de se détériorer davantage et pour éviter « la perte tragique et inutile d’encore plus de vies humaines ».
Von der Leyen a également su trouver un équilibre délicat dans sa missive, alors que les tensions s’étaient exacerbées entre les dirigeants de l’UE et que la réponse de la Commission à cette crise migratoire de courte durée était passée au crible.
Dans une autre lettre adressée à von der Leyen ce week-end, 22 dirigeants ont appelé l’Espagne à mieux gérer la frontière extérieure de l’UE et ont explicitement critiqué la politique pro-migration de Sánchez.
L’Italienne Giorgia Meloni et la Danoise Mette Frederiksen, qui ont coordonné cette lettre et figuraient parmi les détractrices les plus virulentes de Sánchez, ont toutes deux déclaré que cela devrait avoir des conséquences sur la coopération de Madrid au sein de l’espace Schengen.
Ceuta, territoire espagnol situé sur le continent africain, est soumis à un régime spécifique au sein de l’espace Schengen, et tout migrant doit se soumettre à des contrôles aux frontières avant de pouvoir rejoindre le continent européen. Les autorités espagnoles ont souligné qu’aucune personne entrée à Ceuta n’a réussi à pénétrer dans le reste de l’Union.
Appel à des contrôles plus stricts
Dans sa lettre de lundi, Ursula von der Leyen a fait écho aux préoccupations soulevées par les dirigeants nationaux, affirmant que cette crise doit servir de catalyseur pour un renforcement des contrôles migratoires au sein de l’UE.
« Cet incident montre clairement que nous devons redoubler d’efforts pour renforcer davantage nos frontières aux points critiques, tant par une surveillance vigilante que par la mise en place de barrières physiques lorsque cela s’avère nécessaire », a-t-elle écrit.
« À l’avenir, je pense que nous devons redoubler d’efforts et concentrer nos actions », a-t-elle ajouté, en mettant en avant cinq domaines spécifiques à améliorer. Il s’agit notamment d’une coopération plus étroite avec les autorités locales, du renforcement des frontières extérieures de l’UE, de la mise en place de systèmes d’alerte précoce, du démantèlement des réseaux de passeurs et d’une expulsion plus rapide des migrants.
Elle a néanmoins fait valoir que la politique migratoire de l’Union fonctionne déjà.
« La preuve que ce système fonctionne réside dans la baisse du nombre d’arrivées illégales en Europe, en recul de 55 % au cours des deux dernières années, et de 37 % depuis le début de cette année. »
Équilibre avec Rabat
Von der Leyen a décrit le Maroc comme « un partenaire stratégique important, en particulier dans nos efforts de lutte contre le trafic de migrants et l’immigration clandestine ».
Elle a déclaré que Bruxelles cherche à renforcer ses relations avec Rabat et pourrait envisager d’accroître son « soutien financier » au royaume.
Toutefois, sans citer directement le Maroc, elle a également averti que l’UE n’accepterait pas que l’on tente d’utiliser la migration comme moyen de faire pression sur un État membre.
Von der Leyen a lancé l’idée d’une « discussion stratégique » entre les dirigeants lors de la prochaine réunion du Conseil européen en octobre.
Les ministres de l’Intérieur de l’UE doivent se réunir en ligne mardi pour discuter de la situation.
(mm, aw)