L’ombre du traité de Lisbonne flotte sur les élections anglaises [FR]

En dépit du fait d’avoir déjà ratifié le traité de Lisbonne, la question de la ratification par le Royaume-Uni pourrait revenir hanter les élections européennes de juin, car le parti conservateur en a fait une pièce centrale de sa stratégie électorale. Le parti national britannique (BNP) d’extrême-droite pourrait se servir de la question du traité pour cueillir les fruits d’un vote généralement prévu comme majoritairement eurosceptique.

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En dépit du fait d’avoir déjà ratifié le traité de Lisbonne, la question de la ratification par le Royaume-Uni pourrait revenir hanter les élections européennes de juin, car le parti conservateur en a fait une pièce centrale de sa stratégie électorale. Le parti national britannique (BNP) d’extrême-droite pourrait se servir de la question du traité pour cueillir les fruits d’un vote généralement prévu comme majoritairement eurosceptique.

Depuis sa prise des rênes du parti conservateur, David Cameron a systématiquement vu la question du traité de Lisbonne comme le bâton avec lequel battre le Premier ministre anglais Gordon Brown. En effet, dans les dernières semaines, M. Cameron et d’autres meneurs Tories ont fait monter la mise.

Le porte-parole conservateur des Affaires étrangères, William Hague, a décrit la semaine dernière le refus de M. Brown de tenir un référendum comme un trahison de la confiance de l’électeur, ce qui dévalue la valeur même de la politique. Au cœur de la campagne électorale des Tories, M. Cameron a déploré les volte-faces du Premier ministre, et a promis que si la « constitution » (le traité de Lisbonne) n’étaient pas entrés en vigueur au moment de l’élection principale, un gouvernement conservateur organiserait un référendum sur la question, peser pour un vote « non » et annuler la ratification de l’Angleterre en cas de succès.

Pour mettre la question encore plus en avant, le traité de Lisbonne est mis au premier plan du site de la campagne électorale des Tories pour les élections de 2009. Ils ont aussi lancé une campagne en ligne pour un référendum à l’Irlandaise.

Selon les critiques, M. Cameron n’a rien d’autre à dire

Les critiques envers M. Cameron portent sur sa stratégie électorale, dont il est dit qu’elle est conçue pour attiser le sentiment nationaliste en Angleterre, ce qui masque le fait que les Tories n’auraient pas de plate-forme politique cohérente pour les élections européennes. 

Déterrer la question du traité de Lisbonne ne revient à rien de plus que se battre contre les moulins à vent, a confié un expert à EURACTIV.

L’eurodéputé anglais libéral Andrew Duff, très en vue, a affirmé que M. Cameron avait pris cette position parce qu’il n’a rien d’autre à dire.

M. Duff a déclaré à EURACTIV que la marge de manœuvre du leader conservateur est limitée par la puissante aile eurosceptique de son parti, qui l’empêche d’élaborer des projets politiques au niveau européen. « Ces élections montreront le vrai jour de M. Cameron, celui de quelqu’un dont le point de vue est borné aux frontières nationales », a-t-il conclu. 

Le ministre irlandais des Affaires européennes, Dick Roche, s’est fendu d’une évaluation tout aussi critique. S’entretenant avec EURACTIV, il a déclaré que ces « élections devraient porter sur des questions européennes d’aujourd’hui », et soutenu que « les critiques sur l’UE dans certains Etats membres, qui portent sur le déficit démocratique, contribuent en réalité à ce déficit en se servant des ces élections parlementaires européennes pour autre chose que leur vrai but. »

Un vote eurosceptique

Les élections européennes au Royaume-Uni sont plus souvent qu’à leur tour un exutoire pour la part importante de l’opinion publique du pays.

Aux élections de 2004, les conservateurs ont gagné 27 sièges contre 19 pour les travaillistes, tandis que le parti anglais le plus farouchement partisan de l’UE, les Libéraux-démocrates, a gagné autant de sièges que le parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), dont l’objectif est de faire la Grande-Bretagne se retirer de l’UE. 

On spécule largement sur les gains possibles du parti national britannique (BNP) d’extrême-droite aux élections de cette année. La présidente du parti travailliste Harriet Harman a mis an garde plus tôt dans l’année contre le véritable risque du gain de sièges par ce parti, en avertissant les partis traditionnels que la menace BNP ne pouvait être ignorée. 

L’UKIP devrait enregistrer des pertes, après leur immense succès de 2004.

Andrew Duff est persuadé que le Royaume-Uni fait aujourd’hui l’expérience d’une phase nationaliste dans son histoire, qui résulte de l’opposition à l’UE de la majorité des partis anglais.

Cependant, l’eurodéputé libéral croit que le vacarme de voix anti-UE pourrait, en définitive, étouffer le message. « Il y a foule sur le terrain anti-européen cette année, a-t-il déclaré, mais les électeurs pourraient rester perplexes face à cette prolifération. »