L'UE s'inquiète de la montée de l'extrême-droite en France
Les ministres de l'Union européenne réunis hier à Luxembourg (23 avril) ont fait part de leurs inquiétudes quant à la montée du parti nationaliste français lors des élections présidentielles.
Les ministres de l'Union européenne réunis hier à Luxembourg (23 avril) ont fait part de leurs inquiétudes quant à la montée du parti nationaliste français lors des élections présidentielles.
Le ministre luxembourgeois des affaires étrangères, Jean Asselborn, a accusé le président français, Nicolas Sarkozy, d'être responsable du succès de la candidate d'extrême droite, Marine Le Pen, lors du premier tour des élections présidentielles.
« Si j'étais le président de la République [française], je me demanderais pourquoi un électeur sur cinq en France vote pour le Front National », a-t-il déclaré avant le début de la réunion des ministres européens des affaires étrangères à Luxembourg.
Le candidat socialiste, François Hollande, a soufflé la victoire à M. Sarkozy lors du premier tour avec 28,6 % des voix contre 27,2 %, mais c'est bel et bien la dirigeante du Front National qui leur a volé la vedette en récoltant 17,9 % des suffrages, le meilleur score jamais réalisé par un candidat d'extrême droite.
Sa performance reflète la montée des populistes eurosceptiques contestataires sur le continent, d'Amsterdam à Vienne, en passant par Helsinki. La crise de la dette perdure au sein de la zone euro et la population exprime à sa manière son mécontentement face aux réductions des dépenses et à l'augmentation du chômage.
« Si on répète tous les jours qu’on doit changer Schengen, qu’on doit avoir une politique d’immigration forte, qu’on doit parler de l’exception française, tout cela c’est de l’eau au moulin du FN », a déclaré M. Asselborn. « Le Front national cela veut dire pas d'euro, pas d'Europe, pour la France comme pour l'Europe et c'est le mauvais chemin, il faut briser cette logique », a martelé le socialiste.
Nicolas Sarkozy, en mal de popularité, est aujourd'hui confronté à une tâche difficile : attirer dans son camp les électeurs centristes et d'extrême droite pour rester au pouvoir.
Replongeant à pieds joints dans la campagne hier (23 avril), le président sortant a promis de renforcer les contrôles frontaliers, de durcir la sécurité dans les rues et de conserver les emplois industriels en France, des thèmes chers à Mme Le Pen en ces temps de mécontentement contre l'immigration, la violence et le chômage qui a atteint son plus haut niveau en 12 ans.
« Les électeurs du Front National doivent être respectés », a déclaré M. Sarkozy à la presse en quittant son QG de campagne à Paris. « Ils ont exprimé un choix. C'est un vote de souffrance, un vote de crise. Pourquoi les insulter ? J’ai entendu François Hollande leur faire des reproches. »
Au bout de cinq années tumultueuses à la tête de la cinquième économie mondiale, M. Sarkozy pourrait bien suivre la voie des dix autres dirigeants de la zone euro qui ont perdu leurs fonctions depuis le début de la crise financière en 2009.
M. Hollande a promis de faire emprunter un autre chemin à l'Europe en combinant les mesures d'austérité avec une augmentation des impôts pour les riches et des dépenses sociales. Les sondages publiés dimanche ont crédité le candidat socialiste de 53 à 56 % des voix au deuxième tour.
Toutefois, la performance de Mme Le Pen, la fille à la voix rocailleuse du fondateur du Front National, Jean-Marie Le Pen, a offert à M. Sarkozy un nouvel espoir. Il pourrait en effet y avoir plus de voix à récupérer à droite qu'il ne le pensait.
« La percée de Marine Le Pen relance le second tour » pouvait-on lire en première page du Figaro, un journal de droite. « Hollande en tête, Le Pen trouble-fête », a titré le journal de gauche Libération.