La Commission européenne prévoit un contrôle des migrations et une aide financière à la Tunisie

La Commission européenne prévoit de s’attaquer à l’instabilité politique et économique en Tunisie, qui conduit à un afflux de migrants causé par l’instabilité économique, selon une note interne envoyée aux États membres, vue par EURACTIV.

Euractiv.com
Sub-Saharan African migrants protest in Tunisia
Les arrivées irrégulières dans l’UE en provenance de Tunisie ont été multipliées par dix au premier trimestre 2023 par rapport à la même période en 2022, indique la Commission. [EPA-EFE/MOHAMED MESSARA]

La Commission européenne prévoit de s’attaquer à l’instabilité politique et économique en Tunisie, qui conduit à un afflux de migrants causé par l’instabilité économique, selon une note interne envoyée aux États membres, vue par EURACTIV.

« La détérioration de la situation politique et économique dans le pays, marquée par la hausse des prix des denrées alimentaires et un taux de chômage élevé, est de plus en plus préoccupante », indique la note de la Commission à propos de la situation dans le pays, qui était autrefois la tête d’affiche du soulèvement démocratique du printemps arabe.

Depuis mars, « la situation s’est détériorée sur les trois fronts : la question de la viabilité financière de la Tunisie, la question de l’environnement politique, et enfin la question de la migration — nous avons des migrants transférés, essentiellement, vers l’Italie », a fait écho un haut fonctionnaire de l’UE.

La situation est donc « très préoccupante », ont déclaré plusieurs diplomates de l’UE alors que les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont réunis lundi (24 mars) avec la Tunisie à l’ordre du jour pour le deuxième mois consécutif.

« Nous nous concentrons particulièrement sur le front de la migration et sur le soutien au peuple tunisien », a déclaré un diplomate de l’UE.

Gestion des frontières

Selon la note, la Commission européenne propose de s’attaquer à l’afflux migratoire actuel du pays vers l’UE, qui a vu une multiplication par dix des arrivées irrégulières en provenance de Tunisie au premier trimestre 2023 par rapport à la même période en 2022.

Cet afflux est dû à des problèmes internes, notamment au fait que le président Kais Saied a laissé entendre que l’arrivée de migrants subsahariens faisait partie d’un complot visant à prendre le contrôle du pays.

Les États membres du sud s’inquiètent du fait que le conflit actuel au Soudan pourrait déclencher un flux migratoire vers l’Afrique du Nord, y compris la Tunisie, ce qui augmenterait la pression sur les systèmes et la route migratoire illégale à travers la mer Méditerranée.

Dans le même temps, la Commission européenne est optimiste quant à la finalisation du pacte sur la migration et l’asile avant les élections européennes de l’année prochaine. Cette « augmentation considérable récente justifie des efforts accrus de coopération dans ce domaine afin d’alléger la pression migratoire et de sauver des vies en mer », explique la Commission dans le mémo.

L’un des « domaines clés » de travail comprend la « réduction des départs irréguliers en soutenant la gestion tunisienne des frontières et des migrations ainsi que les capacités de recherche et de sauvetage ».

La Commission européenne prévoit d’utiliser « une partie » des 110 millions d’euros supplémentaires que la présidente de la Commission européenne, Mme Von der Leyen, a indiqué « mettre à disposition » pour des projets en Afrique du Nord « en plus des 208 millions d’euros prévus pour relever les défis liés aux migrations ».

L’argent sera utilisé pour financer des équipements, précise la note, « par exemple des navires ». L’exécutif de l’UE affirme qu’il y a déjà un appel d’offre « en cours pour de l’équipement radar afin de renforcer la surveillance côtière de la Tunisie et le centre de coordination de sauvetage maritime », le point de contact pour les incidents en mer.

« Des efforts visant à renforcer la coopération avec Frontex », l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, entre autres, sont également prévus, écrit la Commission, afin d’« accroître la coopération dans la lutte contre le trafic de migrants et la traite d’êtres humains ». Tout en « assurant le plein respect des droits fondamentaux ».

L’exécutif européen propose de « chercher à augmenter les patrouilles et les opérations de recherche et de sauvetage tout en garantissant le respect des droits fondamentaux des migrants ». D’autres domaines de travail incluent « l’exploration de la coopération » entre les centres de coordination de sauvetage maritime européens et tunisiens, l’échange d’informations et la planification du rapatriement de ceux qui n’ont pas le droit de rester dans l’UE, que ce soit en Tunisie ou dans d’autres États.

L’exécutif européen évoque également la nécessité de procéder à « une évaluation des besoins spécifiques » avec les autorités tunisiennes.

L’assistance macro-financière en question

La Commission européenne « prépare un paquet d’assistance macro-financière substantiel » et « explore les possibilités d’un soutien budgétaire supplémentaire à la Tunisie », indique la note interne.

Mais le paquet d’assistance macro-financière que l’Union européenne pourrait envoyer à la Tunisie est « en attente d’un accord tunisien avec le Fonds monétaire international (FMI) » sur le paquet de 1,9 milliard d’euros conditionné par le respect de la démocratie, indique la note.

« Nous ne voulons pas que la Tunisie s’effondre financièrement. Ce serait une mauvaise nouvelle pour tout le monde. Mais nous avons besoin de conditions politiques préalables », a déclaré le fonctionnaire européen.

Les États membres sont divisés sur la question de savoir si l’UE doit soutenir financièrement la Tunisie sans l’aide du FMI. « Les autorités tunisiennes doivent progresser vers un accord avec le FMI », a confié un diplomate de l’UE à EURACTIV. « C’est un point essentiel pour permettre à l’UE d’aller de l’avant avec le soutien économique », a-t-il ajouté.

D’un autre côté, des États membres comme l’Italie ont fait pression pour que l’UE fasse un pas en avant et que l’argent soit déboursé même sans l’engagement du président Saied, ce qui permettrait au pays de bénéficier d’un certain soutien et d’éviter la faillite.