La France signe un accord de réadmission inédit avec le Kazakhstan
Le président français Emmanuel Macron et son homologue kazakh Kassym-Jomart Tokaïev ont signé mardi 5 novembre à Paris un accord de réadmission, le tout premier entre la France et un pays d'Asie centrale.
Le président français Emmanuel Macron et son homologue kazakh Kassym-Jomart Tokaïev ont signé mardi 5 novembre à Paris un accord de réadmission, le tout premier entre la France et un pays d’Asie centrale.
« Cet accord permet la réadmission de ressortissants kazakhstanais, ainsi que de ressortissants de pays tiers ou apatrides disposant d’un titre de séjour kazakhstanais ou ayant transité par le Kazakhstan, avec des dispositions et délais procéduraux très favorables pour la réadmission » si ceux-ci n’ont pas obtenu l’asile en France, a indiqué l’Élysée.
Le Kazakhstan est un important hub de transit pour les Afghans qui fuient leur pays depuis la prise de pouvoir des talibans, en août 2021. Les données sur le nombre d’Afghans en migration en Asie centrale sont rares, mais le Portail de données sur les migrations estime que plus de 20 000 auraient obtenu le statut de réfugié dans l’un des pays de la région, et que leur nombre aurait augmenté de 240% par rapport à l’année 2000.
L’accord conclu à Paris viserait donc à renvoyer au Kazakhstan les migrants clandestins afghans qui n’ont pas obtenu l’asile en France, à condition qu’ils aient transité par le Kazakhstan ou qu’ils aient obtenu l’autorisation d’y séjourner par le passé.
Selon l’ONG France Terre d’Asile, 17 000 demandes d’asile par an en moyenne ont été déposées en France par des Afghans depuis 2021.
Paris milite pour la négociation d’accords avec des pays tiers afin de faciliter les retours. Une démarche qui s’inscrit dans le cadre d’une initiative européenne visant à explorer les options permettant de renvoyer plus efficacement les migrants en situation irrégulière hors de l’UE, en construisant notamment des centres de détention dans des pays tiers.
Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a annoncé le mois dernier qu’il allait nommer un envoyé spécial chargé de négocier des accords sur l’immigration dans les pays tiers et d’assurer une coordination avec l’UE sur ce dossier.
Un partenariat stratégique renforcé
Cet accord intervient dans un contexte de renforcement des liens bilatéraux entre Paris et Astana, les deux capitales ayant jeté les bases d’un « partenariat stratégique renforcé », a indiqué Emmanuel Macron à la presse mardi 5 novembre, aux côtés du président kazakh.
Les flux commerciaux entre les deux pays n’ont cessé de croître ces dernières années. D’un côté, la France cherche à sécuriser son accès à l’uranium du Kazakhstan — une ressource indispensable alors que l’Hexagone dépend à 60 % du nucléaire pour sa consommation d’électricité.
Le Kazakhstan souhaite de son côté développer l’énergie nucléaire civile grâce à l’expertise du géant français de l’électricité EDF.
Le 6 octobre dernier, 70 % des électeurs kazakhs ont approuvé par référendum la construction de la toute première centrale nucléaire dans le pays.
« Vous pouvez donc compter sur notre disponibilité, celle du Gouvernement français, comme celle de nos entreprises et de leur savoir-faire, pour avancer sur ce chemin [nucléaire] », a confirmé Emmanuel Macron en direction de Kassym-Jomart Tokaïev, saluant ce référendum comme un « choix courageux ».
Les résultats « jettent des bases solides pour une coopération mutuellement bénéfique à l’avenir », a écrit Kassym-Jomart Tokaïev dans une tribune du quotidien français Le Figaro lundi matin.
EDF a déjà été désignée comme partenaire potentiel d’un consortium plus large, aux côtés de trois autres concurrents internationaux : Rosatom (Russie), National Nuclear Corporation (Chine) et Hydro & Nuclear Power (Corée du Sud).
Des discussions semblent déjà être en cours entre EDF et les autorités kazakhes, et des réunions bilatérales auraient eu lieu. EDF n’a pas précisé l’avancée des négociations.
La relation bilatérale entre la France et le Kazakhstan, qualifiée de « spectaculaire » par l’Elysée, s’appuie sur le partenariat stratégique de 2008, que les deux dirigeants souhaitent désormais développer.
Au-delà de l’immigration, les deux parties ont signé un certain nombre d’accords sur les infrastructures, les services financiers, les matières premières critiques et les partenariats universitaires.
[Édité par Laurent Geslin]