La nouvelle stratégie européenne sur l’Energie déjà critiquée
Le commissaire à l’Energie Günther Oettinger, a présenté, mercredi 10 novembre, la nouvelle stratégie énergétique de l’UE pour 2020. Elle est déjà contestée par les professionnels du secteur.
Le commissaire à l’Energie Günther Oettinger, a présenté, mercredi 10 novembre, la nouvelle stratégie énergétique de l’UE pour 2020. Elle est déjà contestée par les professionnels du secteur.
La stratégie de la Commission sur l’énergie était attendue mais sa version finale déçoit. Les spécialistes et les politiques lui reprochent déjà d’en rester aux « belles paroles » sans s’attaquer aux vrais problemes (voir positions).
La communication, qui fixe les priorités de l’UE dans le domaine de l’énergie d’ici 2020 donne les grandes lignes des prochaines propositions législatives qui seront présentées dans les 18 prochains mois. Le document sera discuté lors des Conseil européen des 16 et 17 décembre et du 4 février 2011.
Cette stratégie doit aider l’UE à atteindre les objectifs du paquet énergie climat, et en particulier l’accroissement de 20% de son efficacité énergétique d’ici 2020. Elle souligne également la nécessité de réaliser, dans des délais très courts, c’est-à-dire d’ici 2015, le marché intérieur de l’énergie.
1000 milliards d’euros d’investissements
« Si aucune mesure n’est prise pour accélérer le rythme des investissements pour l’efficacité énergétique, nous serons plus proches de 9% que de 20% en 2020 », a averti le Commissaire à l’Energie, Gunther Oettinger. La Commission souhaite que 1000 milliards d’euros soient utilisés pour développer les infrastructures énergétiques de l’UE au cours des dix prochaines années. Il s’agit de remplacer les capacités obsolètes, de moderniser et adapter les infrastructures et de répondre aux besoins de raccordement au réseau liés aux énergies renouvelables.
Cet investissement sera au coeur des discussions de la rencontre des chefs d’État et de gouvernement dédiée à l’énergie du 4 février 2011. Le débat s’annonce difficile, car la crise a « mis au frigo les investissements prévus pour l’efficacité énergétique et les sources d’énergie renouvelable », a précisé M. Oettinger.
Économies quantifiées
La Commission met l’accent sur les économies d’énergie. Deux secteurs sont particulièrement visés : les transports et les bâtiments. Pour le commissaire, le secteur public doit donner l’exemple. La Commission proposera d’ici mi-2011 des incitations pour les propriétaires et les collectivités locales. Dans l’industrie, les certificats d’efficacité énergétique pourraient encourager les entreprises à investir dans des technologies plus sobres. L’évaluation des progrès dans ce domaine exige l’établissement d’une « série d’objectifs clairs et mesurables ». M. Oettinger souhaite aussi que les plans d’actions nationaux pour l’efficacité énergétique deviennent « contraignants et contrôlables ». Chaque État devra s’engager de manière quantitative.
L’exécutif européen veut aussi aller plus loin en développant l’innovation et les technologies dans le domaine de l’énergie. Quatre grands projets vont être lancés : les technologies pour les réseaux intelligents (smartgrids) et le stockage de l’électricité, la recherche sur les biocarburants de seconde génération et le partenariat «villes intelligentes» pour promouvoir les économies d’énergie dans les zones urbaines.
La Commission propose de nouvelles mesures relatives à la comparaison des prix, aux changements de fournisseur ainsi qu’à la clarté et à la transparence des factures.
Enfin, la stratégie vise à créer une politique énergétique européenne extérieure commune. L’objectif est de poursuivre la diversification des sources d’importations et les itinéraires. Mais le texte souligne aussi la nécessité de renforcer les partenariats de l’UE avec ses principaux fournisseurs et pays de transit.
POSITIONS
L’eurodéputé Vert/ALE Yannick Jadot est déçu par la stratégie. « Elle met officiellement l’accent sur l’efficacité énergétique mais il ne s’agit que de belles paroles. Les pistes données ne permettront pas d’atteindre l’objectif d’économie d’énergie de 20% en 2020. Espérons que le plan d’action [sur l’efficacité énergétique, ndlr] attendu dans les mois qui viennent redressera la barre», a-t-il expliqué en précisant que la commission énergie du Parlement avait voté, mardi 9 novembre, en faveur d’un objectif contraignant d’économie d’énergie. « Plutôt que de mettre en œuvre la nécessaire révolution énergétique de l’Europe, la Commission européenne préfère servir les intérêts de certains grands oligopoles énergétiques », a-t-il ajouté.
Son avis est partagé par l’eurodéputée socialiste suédoise Marita Ulvskog, en charge de la stratégie énergétique du S&D. « Se concentrer sur l’efficacité énergétique est un intérêt européen majeur. La réalisation de l’objectif de 20 % d’efficacité énergétique pourrait économiser jusqu’à 78 milliards d’euros par an d’ici 2020, créer un million de nouveaux emplois, et améliorer la sécurité d’approvisionnement et la compétitivité économique », explique-t-elle. « Nous avons besoin d’une stratégie forte de 10 ans pour une politique énergétique véritablement européenne, fondée sur la solidarité entre les États membres, qui adopte une perspective à long terme jusqu’en 2050 », a-t-elle précisé
« La communication ne parvient pas à faire de réels progrès sur les principaux défis. Il n’y a pas de véritable engagement sur les questions fondamentales de réduction de la consommation d’énergie, d’accroissement de l’offre d’énergie renouvelable et de mise à niveau des réseaux énergétiques», indique le président du Parti socialiste européen, le Danois Poul Nyrup Rasmussen. « Au lieu de répondre aux besoins des consommateurs d’énergie, tels que la hausse des prix, la Commission privilégie surtout les intérêts des compagnies d’énergie. Il s’agit d’une charte d’utilisation d’énergie traditionnelles », ajoute-t-il.
De son coté, la présidente du réseau sur l’environnement et le changement climatique du PSE, la Britannique Linda McAvan, regrette « l’absence de tout gage dans la communication pour renforcer la part des énergies renouvelables. »
Pour le directeur du centre de politique de l’énergie et des matières premières de l’Université Dauphine Jean-Marie Chevalier, «cette stratégie est un durcissement de la position de Bruxelles que l’on connaissait déjà. Ce qui est nouveau, c’est de demander aux États de présenter des plans d’efficacité énergétique avec des objectifs précis. » M. Chevalier s’est montré plus sceptique sur la politique extérieure commune. « Pour l’instant, il y a beaucoup de négociations bilatérales. L’Europe n’en est pas encore au point de parler d’une seule voix. Mais nous avons une vision commune, par exemple les 27 États membres ont trouvé un accord sur les 3×20, tout comme sur le marché des émissions de carbone. Il faut la montrer aux autres pays. »
La coordinatrice du programme énergie de l’Institut français des relations internationales (Ifri), Maité Jaureguy-Naudin, émet des réserves sur la réalisation d’un marché intérieur de l’énergie en 2015. Il faut en moyenne dix ans pour construire une ligne à haute tension, auquel s’oppose souvent l’opinion publique, rappelle-t-elle. Elle est aussi sceptique sur la possibilité d’investir 1000 milliards d’euros. « C’est une somme énorme. Même si toutes les conditions étaient réunies, c’est difficile de croire que nous avons les moyens d’investir autant. Les États vont s’appuyer sur le secteur privé donc la situation risque de stagner un moment », prévient-elle.
La stratégie précise qu’« il faut faire un effort pour qu’on ne parle plus de prix de l’énergie mais du coût de l’énergie pour développer les services de l’énergie », s’inquiète la spécialiste de l’Energie à l’UFC-Que choisir, Caroline Keller. « Ces services sont là pour donner aux consommateurs des informations pour mieux maitriser leur consommation, ils doivent être gratuits et ne doivent pas être là pour développer un nouveau marché », souligne-t-elle. En encourageant la concurrence européenne, la Commission pourrait faire augmenter les prix pour les consommateurs français, favorisés par rapport à leurs voisins, ajoute-t-elle.
CALENDRIER
- Décembre 2010 : La Commission présente son Parquet sur les infrastructures
- 16 et 17 décembre 2011 : Conseil européen
- Début 2011 : La Commission présente sa feuille de route sur l’énergie d’ici 2050
- 4 février 2011 : Conseil énergie
- Printemps 2011 : Présentation d’un plan sur l’efficacité énergétique
- Mi-2011 : Présentation d’un projet sur les réseaux d’électricité et de gaz entre 2020 et 2050
- 2011 : Rendu des travaux du groupe de travail sur les réseaux intelligents (smart grids)