La Pologne plaide pour un commerce plus équilibré avec la Chine alors que Bruxelles discute des droits de douane

Le président polonais Andrzej Duda a exprimé son espoir lors de sa visite à Pékin lundi (24 juin) que son pays puisse accroître ses exportations vers la Chine.

/ EURACTIV Pologne
Chinese President Xi Jinping meets Poland’s President Andrzej Duda in Beijing
Le président chinois Xi Jinping (à droite) et le président polonais Andrzej Duda assistent à la cérémonie de bienvenue au Grand Hall du Peuple à Pékin, Chine, le 24 juin 2024. [ EPA-EFE/PEDRO PARDO / POOL]

Le président polonais Andrzej Duda a exprimé son espoir lors de sa visite à Pékin lundi (24 juin) que son pays puisse accroître ses exportations vers la Chine. Cette déclaration intervient alors que l’UE s’apprête à discuter avec Pékin des droits de douane qu’elle a menacé d’imposer sur les véhicules électriques (VE) chinois.

« Les relations entre la Pologne et Pékin durent depuis 75 ans et, malgré les événements, ont toujours été basées sur le respect et la reconnaissance mutuels », a déclaré M. Duda lundi, ajoutant qu’il espérait que ces relations seraient encore renforcées.

Il a également souhaité que les échanges commerciaux avec la Chine soient plus équilibrés en stimulant les exportations polonaises. Le volume des échanges bilatéraux a augmenté régulièrement au cours des 20 dernières années, mais les importations de produits chinois ont connu une croissance beaucoup plus dynamique que les exportations.

En 2023, la Chine était la deuxième source d’importation de la Pologne, la valeur totale des importations ayant dépassé 47 milliards d’euros en 2023, selon les dernières données du Fonds polonais de développement (PFR).

Compte tenu du rôle de la Chine dans l’économie polonaise, le maintien d’une relation positive avec Pékin est d’une importance cruciale pour M. Duda, surtout dans le contexte des tensions commerciales actuelles entre l’UE et la Chine.

Le président polonais a rencontré son homologue chinois Xi Jinping à plusieurs reprises depuis son entrée en fonction en 2015, notamment lors des Jeux olympiques de février 2022, boycottés par plusieurs dirigeants mondiaux, qui accusaient Pékin de violations des droits humains à l’encontre de la minorité ouïghoure.

La Commission européenne a annoncé plus tôt en juin qu’elle imposerait des droits de douane sur les VE fabriqués en Chine et importés sur le marché européen, invoquant la nécessité de lutter contre les subventions publiques excessives accordées par la Chine.

Les droits de douanes provisoires de l’UE, pouvant atteindre 38,1 % sur les VE chinois importés, devraient s’appliquer à partir du 4 juillet, l’enquête devant se poursuivre jusqu’au 2 novembre, date à laquelle des droits définitifs, d’une durée habituelle de cinq ans, pourraient être imposés.

Entre-temps, le ministère chinois du Commerce a annoncé que son chef, Wang Wentao, et Valdis Dombrovskis, le vice-président exécutif de l’UE, avaient convenu d’entamer des consultations sur la question, ce que des fonctionnaires des deux parties ont confirmé à Reuters samedi (22 juin).

Au cours du week-end, le vice-chancelier et ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck, s’est également rendu en Chine. L’Allemagne, l’un des principaux producteurs mondiaux de voitures, est la principale source d’importation de voitures à combustion de la Chine et toute mesure de rétorsion de la part de Pékin affecterait gravement le secteur automobile allemand.

M. Habeck a précisé aux responsables chinois présents à Pékin au cours du week-end qu’il était important de comprendre « qu’il ne s’agit pas de droits de douane prohibitifs ».

Le ministre a déclaré que si des pays tels que les États-Unis, le Brésil et la Turquie avaient eu recours à des droits de douane prohibitifs, l’UE « fait les choses différemment », en rappelant l’enquête de neuf mois menée par la Commission pour examiner en détail si les entreprises chinoises avaient bénéficié injustement de subventions.

Soutien de Pékin à la Russie

Lors de sa rencontre avec des responsables chinois, M. Duda a également évoqué la guerre en cours en Ukraine, qui, selon lui, « interfère avec les relations commerciales mutuelles […] et la mise en œuvre de la Nouvelle route de la soie ».

« Nous espérons que cette guerre se terminera dès que possible par une paix juste », a-t-il expliqué aux médias.

Le bureau de M. Duda a toutefois gardé le silence sur la question de savoir si le président avait abordé les accusations selon lesquelles Pékin soutiendrait le Kremlin dans ses activités de guerre.

Comme le rapporte le journal d’investigation Oko, les analystes soulignent que, si le président polonais a parlé positivement des autorités chinoises, l’OTAN estime qu’elles représentent une menace croissante pour l’Alliance, comme l’a répété à plusieurs reprises le secrétaire général Jens Stoltenberg.

Interviewé par la BBC lors de sa visite à Washington la semaine dernière, M. Stoltenberg a déclaré que Pékin « essayait de jouer sur les deux tableaux », en soutenant l’effort de guerre de la Russie tout en essayant de maintenir ses relations avec les alliés européens.

« Cela ne peut pas fonctionner à long terme », a-t-il poursuivi.