La Russie au cœur de tensions entre le parti de Robert Fico et les socialistes européens

Le parti Smer – social-démocratie de Robert Fico met la patience de la famille politique socialiste paneuropéenne à l’épreuve, alors que la polémique autour de sa position pro-russe continue de s’intensifier.

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Visegrad Group meeting
Lors des élections générales du week-end dernier, le Smer de Robert Fico est arrivé en tête avec sept points d’avance sur le deuxième parti, le parti libéral Slovaquie progressiste. [[EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]]

Le parti Smer – social-démocratie de Robert Fico met la patience de la famille politique socialiste paneuropéenne à l’épreuve, alors que la polémique autour de sa position pro-russe continue de prendre de l’ampleur.

Lors des élections générales du week-end dernier, le Smer (Socialistes et Démocrates européens, S&D) de Robert Fico est arrivé en tête avec sept points d’avance sur le deuxième parti, le parti libéral Slovaquie progressiste (PS, Renew), laissant M. Fico en pole position pour devenir Premier ministre pour la troisième fois.

M. Fico a suscité la controverse à plusieurs reprises en raison de ses relations étroites avec le président russe Vladimir Poutine, malgré la guerre que mène le Kremlin contre l’Ukraine et les sanctions imposées par l’Union européenne contre Moscou.

La victoire électorale du Smer pose un problème majeur au Parti socialiste européen (PSE) et au groupe S&D du Parlement européen, dont le SMER est membre.

Les législateurs slovaques socialistes ainsi que ceux provenant d’autres groupes politiques pro-européens ont exprimé leur soutien à l’Ukraine et se sont prononcés contre l’invasion lancée par la Russie en février 2022.

En général, les deux eurodéputées du Smer, Monika Beňová et Katarína Roth Neveďalová, ont voté en suivant la ligne du groupe S&D sur de nombreux dossiers les plus importants pour le groupe de centre gauche. Ce fut notamment le cas sur le Pacte vert (Green Deal), la question de l’État de droit et celle de l’intelligence artificielle (IA).

Cependant, en novembre 2022, Mme Beňová, ainsi que la délégation socialiste pro-russe bulgare, a voté contre une résolution du Parlement qui décrivait la Russie comme un État soutenant le terrorisme.

Contacté par Euractiv, un porte-parole du PSE a fait référence à une déclaration faite durant le week-end à la presse suédoise par le président du parti, Stefan Löfven. L’ancien Premier ministre suédois a averti que si la rhétorique de M. Fico se poursuivait et était mise en œuvre par son gouvernement, il lancerait un processus d’exclusion du Smer du PSE.

Cette menace ne semble toutefois pas faire changer M. Fico de cap.

Le Smer a déjà été suspendu du PSE pendant dix mois en 2006 après avoir formé un gouvernement de coalition avec le Parti national slovaque (SNS) d’extrême droite. Il a ensuite été menacé de suspension en 2015 en raison de la rhétorique anti-migrants de Robert Fico.

Lors d’une conférence de presse mardi (3 octobre), le vice-président du groupe S&D, Pedro Marques, a déclaré que le groupe parlementaire suivrait l’exemple du PSE sur la question de l’exclusion du parti slovaque.

« Nous sommes préoccupés par la rhétorique de Robert Fico. Nous avons abordé ce problème avec le PSE. Si cette rhétorique continue et qu’elle se transforme en actions, un processus de sanction pourrait commencer et l’expulsion est une possibilité », a ajouté M. Marques.

Katarina Barley, vice-présidente socialiste du Parlement européen, a confié à Euractiv qu’elle « suivait de très près les politiques concrètes que Robert Fico et son parti allaient mener ».

« Notre soutien déterminé à l’Ukraine et notre position sur la Russie sont inaltérables. Si M. Fico et le Smer contredisent les valeurs fondamentales du groupe S&D et du PSE, nous réagirons de manière unie et décisive. Les valeurs européennes et l’intégrité politique sont toujours prioritaires pour nous », a-t-elle ajouté.

Cette polémique s’avère quelque peu embarrassante pour le groupe de centre gauche, qui cherche à se positionner comme une force pro-européenne.

Le chef de file du Parti populaire européen (PPE), Manfred Weber, a déclaré à la presse mardi que le « parti socialiste doit clarifier sa position sur cette question » et que M. Fico « ressemble [au Premier ministre nationaliste hongrois Viktor] Orbán ».

Le Fidesz de M. Orbán a quitté son groupe au Parlement européen, le PPE de centre droit, en mars 2021. La décision a finalement été prise par le parti lui-même après des années de discussions et de différends internes concernant l’exclusion du Fidesz de ses rangs.

« Les partis du PPE défendent l’approche pro-européenne, l’approche basée sur l’État de droit, la lutte contre la corruption et le soutien fort à l’Ukraine », a rappelé M. Weber.

Le co-leader du groupe des Verts, Philippe Lamberts, a également réagi, déclarant aux journalistes à Strasbourg que « même au sein du groupe S&D, il y a des populistes et [les chefs du groupe] sont réticents à les expulser ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]