La sortie du nucléaire de l’Allemagne toujours source de discussions
La France veut limiter les conséquences de la décision allemande sur son territoire. Des chercheurs estiment néanmoins que la position de Berlin devrait être "méditée".
La France veut limiter les conséquences de la décision allemande sur son territoire. Des chercheurs estiment néanmoins que la position de Berlin devrait être « méditée ».
La décision prise par l’Allemagne, après la catastrophe de Fukushima, de sortir du nucléaire n’en finit pas de faire parler d’elle. Ce choix pose la question de l’avenir du nucléaire et s’invite dans la campagne électorale française. Mais ses conséquences au niveau régional en Europe suscitent également des inquiétudes.
Mardi 22 septembre, la France et l’Allemagne ont d’ailleurs proposé la création d’un groupe de coordination sur les politiques énergétiques en Europe.
« Les Allemands ont le droit de décider de la sortie du nucléaire, mais les conséquences sont européennes », a expliqué le ministre français de l’Energie, Eric Besson lors de la réunion informelle des ministres de l’Energie à Wroclaw en Pologne. Selon le Français, il est inacceptable que ce choix soudain, mais surtout unilatéral de Berlin, entraîne des conséquences financières sur les pays européens.
Ce groupe informel, composé d’experts, serait « systématiquement saisi de tout projet national susceptible d’avoir un impact sur les autres pays », propose Eric Besson. En 2009, la France a importé 19,2 térawatheures d’Allemagne, ce qui fait de ce pays son principal fournisseur.
Des inquiétudes à court terme
La décision allemande pose la question de l’augmentation de la part du charbon et de ses émissions de Co2 à court terme. Mais elle lance également le débat sur la capacité du pays à compenser les 22,6% d’électricité d’origine le nucléaire et l’importation d’électricité produite dans d’autres centrales européennes.
L’Allemagne dispose d’un programme pour assurer sa transition énergétique, détaillé dans sa feuille de route sur l’énergie du futur. Outre le développement des énergies renouvelables (EnR), en particulier l’éolien, le pays mise sur le potentiel encore existant de réduction d’énergie (équipements et rénovation énergétique des bâtiments).
Berlin prévoit également la mise en marche des centrales électriques classique en construction avant fin 2013, et le développement de la cogénération. Le pays se réserve également la possibilité d’utiliser des centrales nucléaires en cas de pics de consommations jusqu’en 2013. « La sortie du nucléaire a un coût qui peut s’intégrer dans les scénarios d’économie d’électricité », estiment des chercheurs de l’Iddri et de l’association Global Chance auteurs d’un rapport conjoint sur les politiques énergétiques française et allemande.
Prendre exemple sur l’Allemagne ?
« L’exemple allemand mérite d’être sérieusement médité », souligne d’ailleurs ce rapport. Selon ces experts, les EnR sont une alternative sérieuse au « tout fossile, tout nucléaire actuel ». Ils regrettent d’ailleurs le manque d’ambition et de perspective à long terme de la France dans ce domaine.
« Le Grenelle se termine en 2020. On ne sait déjà pas trop comment on pourra tenir ses objectifs. Que se passera-t-il après ? Plus de politique carbone, et les émissions repartent à la hausse ? », s’interroge Bernard Laponche de l’association Global Chance.
L’Allemagne, elle, s’est fixée trois grands objectifs pour 2050, qui incluent la diminution de 50% de la consommation d’énergie primaire, l’augmentation de la part des énergies renouvelables à 80% (contre 18% en 2009) et la réduction de 80 à 95% des émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990. Un programme que le pays entend bien tenir, malgré sa sortie du nucléaire. «L’Allemagne est crédible, estiment les chercheurs de l’Iddri, elle a réussi à assimiler 20 millions de personne en plus, tout respectant ses engagements au-delà du protocole de Kyoto ».
Investissements à prévoir
Adopter un tel système en France ne serait « pas simple mais vraisemblable », selon les chercheurs. D’autant qu’ils jugent une hausse des tarifs de l’électricité inévitable, quelque soit la filière de production.
Pour les EnR, le prix est estimé à environ 70€ par mégawatheure, un coût qui ne devrait pas varier dans la prochaine décennie. « Nous n’avons pas la même conviction pour le nucléaire. De nombreux investissements vont devoir être réalisés, et il existe toujours des incertitudes, liées notamment au stockage et à la question des risques ».
En juillet dernier, le ministre de l’énergie français a lancé une commission d’experts, appelée « Energie 2050 ». Elle est chargée d’étudier plusieurs scénarios, et notamment celui d’une réduction ou d’une sortie progressive du nucléaire en France.
Dans la campagne électorale qui démarre, c’est un comité « créé pour montrer que la sortie du nucléaire n’est pas possible », estime Michel Colombier, directeur scientifique de l’Iddri.