L’Agence spatiale européenne présentera bientôt sa Charte Zéro débris
L’Agence spatiale européenne devrait présenter cette semaine une Charte Zéro débris pour aborder le problème des déchets spatiaux en orbite autour de la Terre, alors que les préoccupations concernant l’augmentation de ces déchets sont de plus en plus vives.
Lors d’une réunion des ministres de l’UE chargés des questions spatiales cette semaine, l’Agence spatiale européenne (ESA) devrait présenter une Charte Zéro débris pour aborder le problème des déchets spatiaux en orbite autour de la Terre, alors que les préoccupations concernant l’augmentation du nombre de déchets dans l’espace sont de plus en plus vives.
La nouvelle Charte sur les débris spatiaux sera soumise à la signature des ministres européens en charge de l’espace à Séville cette semaine, a déclaré Josef Aschbacher, directeur général de l’ESA aux journalistes.
Le feu vert pour la charte représentera un engagement à désorbiter les objets spatiaux en fin de vie pour nettoyer l’espace extra-atmosphérique, a expliqué M. Aschbacher.
À mesure que les acteurs mondiaux majeurs que sont la Chine, l’inde, la Russie, les États-Unis et les Européens progressent dans leur course pour l’accès à l’espace — dans le but notamment d’y héberger leurs satellites — les débris s’accumulent dans l’orbite de la Terre.
Les satellites sont devenus indispensables dans la vie quotidienne, car ils fournissent des services essentiels tels que la connexion Internet, des réseaux de communication sécurisés pour l’armée, des images de la Terre et, bientôt, la surveillance des émissions de carbone des usines.
L’initiative de la Charte Zéro débris « témoigne d’un engagement fort en faveur d’un leadership mondial en matière de réduction des débris spatiaux », avait déclaré M. Aschbacher lorsqu’il a dévoilé cette initiative pour la première fois en juin, lors du salon aéronautique du Bourget, appelant les acteurs étatiques et l’industrie spatiale à s’engager dans cette voie.
Concrètement, « il est prévu qu’ils s’engagent, lors du lancement des satellites, à désorbiter les actifs spatiaux à la fin de leur vie » à partir de 2030, avait expliqué M. Aschbacher à des journalistes le mois dernier.
Les Européens ont été les premiers à proposer un accord international pour limiter les débris spatiaux. En 2010, l’ONU a publié une série de lignes directrices sur la réduction des débris spatiaux, mais il n’existe pas d’accord contraignant en la matière.
Technologies nécessaires
Plus de 35 140 débris sont actuellement suivis, a indiqué l’ESA le mois dernier, et leur nombre ne cesse d’augmenter.
Dans une étude publiée le mois dernier, les Nations unies ont qualifié les « débris spatiaux causant la perte de plusieurs satellites » de « point de basculement climatique ».
Le point de basculement est atteint lorsque les systèmes sur lesquels la société s’appuie ne fonctionnent plus comme prévu à l’origine, ce qui peut avoir un impact catastrophique sur le mode de vie actuel. La chaleur insupportable ou encore la disparition accélérée des glaciers figurent également sur la liste.
Selon M. Aschbacher, il est donc « nécessaire de s’attaquer de manière proactive à la question des débris spatiaux, car si nous ne pouvons pas compter sur les satellites, il y aura des problèmes majeurs ».
La question de savoir comment désorbiter les satellites de leur position initiale dans l’espace une fois qu’ils ont atteint la fin de leur durée de vie reste en suspens à ce jour.
Les technologies futures doivent prendre en compte la manière de désorbiter les satellites qui n’ont peut-être pas assez de carburant pour se déplacer, ce qui peut provoquer de petits débris dangereux et causer des accidents de collision, tandis que des morceaux plus petits pourraient brûler dans l’atmosphère, a expliqué le chef de l’ESA à la presse.
À cet égard, M. Aschbacher a plaidé pour que la Commission européenne propose une législation visant à inciter l’industrie à rechercher et à développer des technologies permettant de désorbiter les satellites en toute sécurité.
Dans le même esprit, l’exécutif de l’UE a annoncé qu’il proposerait l’année prochaine une loi spatiale européenne établissant des règles pour la définition de la gestion du trafic spatial (STM) afin d’assurer un accès à l’espace et un retour depuis l’espace extra-atmosphérique sûrs, comme annoncé dans son programme de travail publié le mois dernier.
M. Aschbacher, qui a participé à la rédaction de la proposition, a déclaré qu’il espérait que les acteurs se joindraient au projet dans les mois à venir. Il n’y aura pas de date limite pour la signature du document par les États ou les industries.
« L’Europe peut être un champion dans ce domaine », a soutenu M. Achbacher.
Certaines grandes entreprises aérospatiales ont déjà manifesté leur intérêt en juin à s’engager à développer les technologies nécessaires à la désorbitation des engins spatiaux. C’est notamment le cas de la société allemande OHB et des sociétés françaises Thales Alenia Space et Airbus Defence and Space.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]