L’Allemagne n'a jamais autant fait pour soutenir l'Ukraine, mais pourrait encore faire plus, affirme la Pologne
Le ministre polonais des Affaires étrangères Radosław Sikorski a salué les avancées de l’Allemagne dans son soutien à l’Ukraine lors d'un déplacement à Berlin mardi.
Le ministre polonais des Affaires étrangères Radosław Sikorski a salué les avancées de l’Allemagne dans son soutien à l’Ukraine lors d’un déplacement à Berlin mardi (30 janvier).
M. Sikorski, qui a été ministre des Affaires étrangères au sein des précédents gouvernements de Donald Tusk, avait déclaré en 2011 qu’il était plus inquiet de l’inaction allemande sur les sujets géopolitiques que d’un éventuel abus de pouvoir de la part de l’Allemagne.
Ces mots restent vrais aujourd’hui, a déclaré M. Sikorski au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. « Tous les pays occidentaux se sont non seulement désarmés après 1989, mais ils se sont également désindustrialisés en termes de défense », a-t-il déclaré.
Commentant le concept de « Zeitenwende » du chancelier allemand Olaf Scholz, dévoilé à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, il a appelé à redoubler d’efforts non seulement pour reconstruire les capacités de défense de l’Europe, mais aussi pour aider l’Ukraine, « sous pression ».
Interrogé par les journalistes sur sa demande d’un plus grand leadership allemand, lors d’une conférence de presse avec son homologue allemande Annalena Baerbock à Berlin mardi, M. Sikorski a souligné les progrès réalisés par le gouvernement allemand en matière d’aide à l’Ukraine, même s’il a été critiqué par le passé pour sa réticence à livrer des armes à l’Ukraine, notamment des chars Leopard.
« Aujourd’hui, l’Allemagne fournit beaucoup d’aide à l’Ukraine, ce qui nous réjouit beaucoup », a déclaré M. Sikorski.
En termes absolus, par exemple, l’Allemagne arrive toujours en deuxième position lorsqu’il s’agit de fournir l’aide militaire la plus importante à l’Ukraine, selon les derniers chiffres de l’Institut Kiel.
Toutefois, en termes de PIB, la contribution de l’Allemagne se classerait derrière celle de la Pologne, avec respectivement 0,5 % et 0,7 % du PIB, la Norvège, la Lituanie, l’Estonie ou encore la Pologne.
« Si l’on rapporte ces chiffres au PIB, nous pensons que c’est nous qui fournissons l’aide la plus importante à l’Ukraine », aa expliqué le Polonais.
Les chiffres n’incluent pas encore le récent complément d’aide de 7,5 milliards d’euros pour 2024, qui devrait être adopté par le Parlement cette semaine.
Avec ses commentaires, M. Sikorski a inversé la position de la Pologne à l’égard de l’Allemagne, qui avait fait pression sur les autres partenaires européens pour qu’ils augmentent leur aide militaire à l’Ukraine au cours des dernières semaines.
L’année dernière, sous le précédent gouvernement PiS, la Pologne avait été surprise d’entendre le président ukrainien Volodymyr Zelensky remercier Berlin pour ses livraisons d’armes tout en accusant Varsovie de favoriser la Russie en bloquant les importations de produits alimentaires ukrainiens, et ce malgré le fait que Varsovie a accueilli de nombreux réfugiés.
Début janvier, le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré que « les livraisons d’armes à l’Ukraine prévues jusqu’à présent par la majorité des États membres sont de toute façon trop faibles » et a appelé les alliés à « intensifier leurs efforts ».
Cependant, alors que M. Scholz a réitéré ses demandes ce week-end, le ministre allemand des Finances, Christian Lindner (FDP, Renew), a adopté une ligne plus agressive lors de la conférence européenne de son parti dimanche (28 janvier).
« Ce qui ne doit pas arriver et n’arrivera pas, c’est que l’Allemagne (…) en fasse encore plus pour que les autres puissent continuer à en faire trop peu », a déclaré M. Lindner aux représentants de son parti dimanche.