Pologne : le commissaire Wojciechowski « inquiet » des réformes de Donald Tusk

Les réformes introduites en Pologne par le gouvernement du Premier ministre Donald Tusk sont «préoccupantes », a confié le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski à Euractiv Pologne.

EURACTIV Pologne
Informal meeting of EU agriculture ministers in Stockholm
« En tant qu’ancien juge, ancien membre du Conseil national de la magistrature et ancien chef de la Cour suprême des comptes, j’observe la politique polonaise et beaucoup de choses me préoccupent », a déclaré M. Wojciechowski à Euractiv Pologne lors d’un entretien. [[EPA-EFE/Henrik Montgomery]]

Les réformes introduites en Pologne par le gouvernement du Premier ministre Donald Tusk sont « préoccupantes », a confié le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, à Euractiv Pologne.

Après avoir remplacé le gouvernement nationaliste Droit et Justice (PiS, Conservateurs et Réformistes européens) en décembre dernier, la coalition dirigée par M. Tusk a promis de « ramener la Pologne vers l’Europe », en partie en abrogeant les réformes judiciaires du PiS et celles concernant les médias, que la Commission avait jugées contraires à l’État de droit.

Peu après son arrivée au pouvoir, le nouveau gouvernement a remplacé la direction des médias publics, qui, sous le PiS, avait été accusée de servir d’outil de propagande pour le parti au pouvoir. Il a ensuite dissous les sociétés de médias publics pour les restructurer.

Les modifications ont été basées sur le code du commerce et introduites sans projet de loi, ce qui a suscité les critiques du PiS et du président Andrzej Duda. Les députés du PiS ont déclaré que le gouvernement de M. Tusk avait enfreint l’État de droit, accusation que le parti avait l’habitude d’entendre de la part du camp de M. Tusk lorsqu’il était au pouvoir.

« En tant qu’ancien juge, ancien membre du Conseil national de la magistrature et ancien chef de la Cour suprême des comptes, j’observe la politique polonaise et beaucoup de choses me préoccupent », a affirmé M. Wojciechowski à Euractiv Pologne lors d’un entretien.

Il a cité une tentative d’utiliser « d’autres substituts légaux ou extralégaux » au lieu de projets de loi ordinaires pour introduire des réformes en Pologne. « Ce n’est pas une bonne chose et cela m’inquiète », a-t-il admis.

Il a ajouté que la Pologne devrait être un « pays fondé sur l’État de droit » et que toutes les décisions devraient être prises conformément à la loi. Il a répété à plusieurs reprises qu’il était « sérieusement préoccupé » par les méthodes du gouvernement actuel.

M. Wojciechowski est un ancien dirigeant du Parti paysan polonais (PSL, Parti populaire européen), parti agraire qui fait désormais partie de la coalition au pouvoir de Donald Tusk. Il a rejoint le PiS en 2010 et a été nommé par le gouvernement du PiS de l’époque pour être membre de la Commission d’Ursula von der Leyen en 2019.

« Les changements au sein des médias publics, en particulier au sein du diffuseur public TVP, sont nécessaires », a expliqué à Euractiv Pologne l’eurodéputée Róża Thun du parti au pouvoir Pologne 2050 (Renew), en réaction à la déclaration de M. Wojciechowski.

« La légalité des changements apportés sera évaluée par le pouvoir judiciaire. Ce que je peux dire avec certitude, c’est que ces réformes étaient absolument nécessaires. La haine permanente, les mensonges et la domination des médias publics par un seul parti [sous le gouvernement PiS] étaient définitivement contraires à la loi », a-t-elle poursuivi.

« S’en écarter était une nécessité pour regagner la confiance du public dans les médias publics », a-t-elle ajouté.

Les réformes de M. Tusk ont permis à la Pologne de gagner 10 places dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) par rapport à 2023, le pays étant classé 47e dans la dernière édition.

Tout en reconnaissant que la sensibilisation du public à la liberté de la presse en Pologne «demeure encore faible», RSF estime que la victoire de la coalition dirigée par M. Tusk en 2023 «représente une opportunité d’améliorer le droit à l’information ».