Le Parlement européen fourbit ses armes pour une campagne difficile
Face à la montée de l’euroscepticisme et de l'extrême-droite, le Parlement européen tente de remobiliser les électeurs en vue de l’échéance européenne de mai 2014.
Face à la montée de l’euroscepticisme et de l'extrême-droite, le Parlement européen tente de remobiliser les électeurs en vue de l’échéance européenne de mai 2014.
Le clap de départ de la campagne des élections européennes est donné. A l’occasion la session de rentrée à Strasbourg, le Parlement a décidé de partir à la conquête de ses électeurs en mettant sur pied une campagne d’information d’un budget de 16 millions d’euros dans les 28 pays membres.
Objectif avoué : remobiliser des électeurs européens de plus en plus sceptiques et de moins en moins mobilisés par la politique européenne. «En Grèce mais aussi dans l’ensemble de l’UE, il y a une recrudescence certaine de l’euroscepticisme, conséquence de la crise économique et financière de ces dernières années » a reconnu la vice-présidente du Parlement européen, Anni Podimata à l’occasion d’une conférence de presse à Strasbourg.
De nouvelles prérogatives parlementaires
Pour ramener aux urnes les citoyens européens, les parlementaires misent sur la nouveauté de cette élection. « Pour la première fois, les ressortissants de l’UE auront une incidence décisive sur la nomination du président de la Commission » relève Anni Podimata. Jusqu’à présent, les chefs des États membres négociaient la désignation du président de la Commission à huis clos, avant d’obtenir l’aval du Parlement européen par un vote à majorité simple.
Mais l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en 2009 change la donne en faveur du Parlement. Selon l’article 17 du traité, les chefs d'État européens devront maintenant proposer un candidat « en tenant compte des élections au Parlement européen, et après avoir procédé aux consultations appropriées ». Le candidat sélectionné est alors « élu par le Parlement européen à la majorité des membres qui le composent ».
Pour les parlementaires européens, c’est une véritable occasion de donner un visage à une élection en mal de figure médiatique. Chaque groupe politique devra en effet désigner son propre candidat au poste de président, qui devra faire campagne dans les 28 pays de l’UE. Le parti des verts européens a d’ailleurs décidé d’innover en ouvrant une partie de sa primaire à tous les européens via une pétition en ligne.
Lire : Les Verts innovent avec des primaires en ligne pour les élections européennes
Autre argument de poids auprès des électeurs, la montée en puissance du parlement dans le processus décisionnel européen. Grâce au traité de Lisbonne, la seule institution européenne élue au suffrage universel possède des compétences plus importantes que lors des dernières élections en termes de pouvoir législatif ou encore de budget.
Une mobilisation des électeurs en chute libre
Pas sûr toutefois que ces nouvelles prérogatives suffisent à enrayer le déclin d’intérêt chronique dont l’UE fait l’objet. En France, la participation aux élections européennes n’a cessé de décroître depuis les premières élections en 1979. Durant ce suffrage, 60% des électeurs s’étaient déplacés pour élire le premier Parlement européen, soit 20 points de plus qu’en 2009 où, seuls 40% avaient pris part au vote.
Un recul qui va de pair avec un sentiment croissant de décalage entre les citoyens français et le projet européen. Ces derniers apparaissent d’ailleurs parmi les européens les plus pessimistes sur le poids de leur voix au sein de l’UE. Selon les résultats d’une étude Eurobaromètre menée en juin 2013, ils sont seulement 40% à estimer que leur voix compte au sein de l’UE, soit une chute vertigineuse de 17 points en un an. Les français restent cependant 80% à estimer que le poids de la France dans l’UE demeure important, malgré une chute de 10 points. Le niveau d’intérêt pour les politiques européennes est aussi en baisse dans la quasi-totalité des pays membre. En France, il a baissé de 13 points à 36%. Par ailleurs, l’agenda électoral de 2014, accaparé par les élections municipales du 23 et 30 mars 2014, pourrait ne laisser que peu de place à l’échéance européenne.
Les partis eurosceptiques en embuscade
Autre préoccupation dominant cette campagne, la montée des partis eurosceptiques et d’extrême droite en Europe. Aux élections de 2009, le Front National (FN) avait recueilli 6,5 % des voix, s’offrant ainsi 3 sièges sur les 74 réservés aux eurodéputés français. Mais cette année le parti dirigé par Marine Le Pen pourrait faire jeu égal avec les formations majoritaires. Selon un sondage réalisé par l’Ifop pour Valeurs Actuelles en juin dernier, le Parti socialiste, l'UMP et le Front national sont au coude à coude avec 21% des intentions de vote immédiates.