Le représentant spécial de l'UE pour les droits humains en visite à Cuba

Le représentant spécial de l'Union européenne pour les droits humains, Eamon Gilmore, débute une visite de deux jours à La Havane pour évoquer le sort des manifestants emprisonnés du 11 juillet 2021.

Demonstration in Miami held to show support for Cuban protestors
Cette visite intervient six mois après une visite du chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, dans le cadre de ce dialogue, et plus de deux ans après les manifestations antigouvernementales qui ont secoué l'île le 11 juillet 2021. [EPA-EFE/CRISTOBAL HERRERA-ULASHKEVICH]

Le représentant spécial de l’Union européenne pour les droits humains, Eamon Gilmore, débute jeudi (23 novembre) une visite de deux jours à La Havane pour évoquer le sort des manifestants emprisonnés du 11 juillet 2021.

Le diplomate irlandais participera au IVe Dialogue sur les droits humains, une rencontre qui entre dans le cadre de l’Accord de dialogue politique et de coopération Cuba-UE, en vigueur depuis 2017.

Cette visite intervient six mois après une visite du chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, dans le cadre de ce dialogue, et plus de deux ans après les manifestations antigouvernementales qui ont secoué l’île le 11 juillet 2021. Des milliers de protestataires étaient alors descendus dans la rue pour réclamer plus de liberté et de meilleures conditions de vie.

Ces manifestations, sans précédent depuis la Révolution de 1959, et pointées du doigt par le gouvernement de La Havane – qui les jugeait orchestrées par les États-Unis -, avaient fait un mort et des dizaines de blessés. Un millier de personnes avaient été arrêtées.

Depuis lors, selon les derniers chiffres officiels, au moins 500 manifestants ont été condamnés, parfois jusqu’à 25 ans de prison. Des ONG évoquent 700 manifestants emprisonnés.

Selon plusieurs organisations de défense des droits humains et l’ambassade américaine à La Havane, un millier de prisonniers politiques sont détenus sur l’île.

L’UE, les États-Unis et ces ONG réclament régulièrement leur libération.

Liset Fonseca, mère de Roberto Perez Fonseca, âgé de 38 ans et condamné à 10 ans de prison, a indiqué à l’AFP que M. Gilmore devait « rencontrer des mères » de prisonniers. « On vient de me dire qu’ils avaient appelé une mère que je connais et qu’il allait » en rencontrer deux autres, a-t-elle déclaré, expliquant qu’elle n’était pas autorisée à donner leurs noms.

« Nous aimerions qu’il rencontre les familles et rende visite aux prisonniers » et « qu’il examine tous les cas, qu’il enquête réellement » sur ce qui s’est passé, a ajouté cette mère de famille, résidant à San José de las Lajas, une bourgade à 35 km de La Havane.

Prisonniers de conscience

« Je voudrais plaider la cause de mes trois fils et de tous les manifestants emprisonnés », a déclaré à l’AFP Emilio Roman. Deux de ses fils, âgés de 25 et 23 ans, purgent une peine de dix ans de prison, tandis que son troisième fils, âgé de 18 ans et mineur au moment de son arrestation, a été condamné à cinq ans de prison.

Cette visite intervient une semaine après que Cuba a été critiqué lors de l’Examen périodique universel du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, auquel les 193 pays des Nations unies doivent se soumettre régulièrement.

Plusieurs pays, en particulier européens et les États-Unis, ont exprimé leur préoccupation sur les « détentions arbitraires », les « peines de prison disproportionnées » des manifestants, ainsi que le harcèlement des défenseurs des droits humains et des journalistes indépendants.

En mai, Amnesty International avait demandé au président cubain Miguel Diaz-Canel la libération « immédiate et inconditionnelle » de deux artistes dissidents, Maykel « Osorbo » Castillo et Luis Manuel Otero Alcantara, condamnés à sept et cinq ans de prison en 2022, ainsi que du dissident José Daniel Ferrer.

Tous trois ont été déclarés « prisonniers de conscience » par l’organisation.

En février, l’envoyé du pape François, le cardinal Beniamino Stella, avait lui aussi demandé à La Havane la libération des manifestants emprisonnés.

Le gouvernement cubain nie l’existence de prisonniers politiques sur l’île. « Il n’y a pas de prisonniers politiques. Personne n’est condamné pour son opinion politique », a déclaré récemment sur X le ministère cubain des Affaires étrangères.

« Nous rejetons les tentatives de désigner comme tels ceux qui purgent une peine pour des délits normaux prévus dans notre législation », a-t-il ajouté.