Le sommet européen devrait éviter les questions épineuses
Le sommet européen « sans heurts » qui commence aujourd’hui (1er mars) devrait éviter d’aborder plusieurs questions épineuses dans le contexte de la campagne présidentielle en France. Les dirigeants devraient au contraire parler de la « croissance », se féliciter de la réélection d’Herman Van Rompuy au poste de président du Conseil et signer le pacte budgétaire.
Le sommet européen « sans heurts » qui commence aujourd’hui (1er mars) devrait éviter d’aborder plusieurs questions épineuses dans le contexte de la campagne présidentielle en France. Les dirigeants devraient au contraire parler de la « croissance », se féliciter de la réélection d’Herman Van Rompuy au poste de président du Conseil et signer le pacte budgétaire.
Comme l'a dit un haut diplomate européen, les dirigeants assisteront au premier sommet « calme, normal » depuis le début de la crise économique mondiale en 2008.
Il a toutefois reconnu qu'il était difficile de déterminer s'il s'agissait là d'un « retour à la normale » ou si les dirigeants avaient décidé de passer sous silence les questions épineuses.
Ils devraient parler de la croissance qui, selon un autre diplomate européen, est sur toutes les lèvres depuis que les pays de l'UE ont épuisé leurs réserves de politiques budgétaires.
Le président de la Commission, José Manuel Barroso, devrait véhiculer le message que l'UE a besoin d'investir pour sortir de la crise.
Le premier ministre britannique, David Cameron, devrait lui aussi faire valoir le soutien que lui témoignent 11 autres dirigeants, dont l'Italie et l'Espagne, pour un programme libéral axé sur la croissance. La semaine dernière, les 12 chefs d'Etat et de gouvernement ont envoyé une lettre aux institutions européennes, réclamant une intégration économique plus audacieuse avec les Etats-Unis et le renforcement des relations commerciales et d'investissement avec la Russie, la Chine et d'autres partenaires stratégiques.
Champagne à trois reprises
Le sommet peut-être décomposé comme suit :
- la réélection de M. Van Rompuy au poste de président du Conseil pour un second mandat de 30 mois ;
- la nomination de M. Van Rompuy au poste de président de la zone euro ;
- la cérémonie de signature du traité sur le pacte budgétaire dont l'objectif sera de protéger la zone euro de nouveaux chocs financiers.
Selon un autre diplomate européen, l'élément le plus troublant est l'absence dans le programme de la transition du fonds de renflouement actuel (le Fonds européen de stabilité financière ou FESF) au Mécanisme européen de stabilité et de l'augmentation de la capacité de prêt du MES.
Ce nouveau fonds permanent entrera en vigueur une fois que les Etats membres représentant 90 % des engagements de capitaux l'auront ratifié, sans doute au mois de juillet.
« Nous réévaluerons l'adéquation du plafond du FESF/MES de 500 milliards d'euros en mars 2012 », peut-on lire dans l'article 14 des conclusions du sommet de décembre 2011. Dans la mesure où aucun autre sommet n'est prévu ce mois-ci, il est difficile de comprendre pourquoi cette question n'est pas au programme.
L'hostilité croissante de la population allemande vis-à-vis des renflouements opérés dans la zone euro rend difficile pour Angela Merkel de faire approuver un renforcement du pare-feu financier actuel de l'Union. Les grandes économies mondiales en font pourtant une condition à l'allocation de fonds supplémentaires au Fonds monétaire international pour pallier les retombées de la crise européenne.
La Grèce n'est pas non plus au programme malgré les craintes croissantes quant à des mesures d'austérité qui risquent d'intensifier la récession (déjà bien présente dans le pays depuis 5 ans) et de rendre impossible la réduction de sa dette qui représente aujourd'hui 160 % du produit intérieur brut.
Questions en suspens
Les dirigeants discuteront du souhait de la Bulgarie et de la Roumanie d'entrer dans l'espace Schengen de libre circulation.
Les Pays-Bas demeurent opposés à cette adhésion, dans la mesure où ils estiment que les deux pays ne sont pas prêts. Ils justifient leur position en citant des rapports intermédiaires de la Commission sur la réforme du système judiciaire et la lutte contre la corruption. Il est très probable que La Haye ne change pas d'avis de si tôt.
Cette question est au programme suite aux échecs successifs des présidences hongroise et polonaise du Conseil de l'UE qui ont en vain tenté de régler le problème.
Un diplomate a confié à EURACTIV qu'il ne s'attendait pas à de grandes avancées avant les élections françaises. Il a laissé entendre que Paris soutenait implicitement La Haye et il n'a pas caché que les élections françaises auraient un impact sur l'agenda européen.
Les dirigeants devraient accorder à la Serbie le statut de candidate à l'UE après que Belgrade a abouti à un compromis avec le Kosovo sur deux sujets épineux : la représentation du Kosovo lors des réunions internationales et le contrôle des frontières.
La Roumanie a quant à elle menacé de bloquer l'octroi du statut de candidat à la Serbie, ce qui en a surpris plus d'un. Bucarest a insisté sur le fait que Belgrade devrait d'abord garantir les droits d'environ 30 000 citoyens d'origine roumaine qui vivent dans ce pays, mais ses efforts pour bloquer le processus ont été vivement critiqués par les ministres allemand et suédois des affaires étrangères.
Un autre diplomate d'un pays en faveur de l'entrée de la Roumanie dans l'espace Schengen a accusé Bucarest de mettre les problèmes concernant les minorités sur la table « au tout dernier moment ».
Il a qualifié les conclusions de la réunion de mardi, lors de laquelle Bucarest a émis ses objections, de « chef-d'œuvre du langage diplomatique » qui laisse la décision finale aux mains des dirigeants qui participeront au sommet de cette semaine.
Le président roumain, Traian B?sescu, pourrait opposer son veto à la candidature de la Serbie, mais cela demeure peu probable, selon les diplomates.