Le sort de la Serbie dépend d'une note de bas de page
Les négociations arbitrées par l’UE entre Belgrade et Priština devraient reprendre ce matin (24 février) à Bruxelles. L’enjeu est de taille : il s’agit de déterminer si la Serbie se verra accorder le statut de candidat à l’UE lors du sommet des 1er et 2 mars prochains ou si elle devra à nouveau se tourner vers le nationalisme en amont des élections prévues en avril.
Les négociations arbitrées par l’UE entre Belgrade et Priština devraient reprendre ce matin (24 février) à Bruxelles. L’enjeu est de taille : il s’agit de déterminer si la Serbie se verra accorder le statut de candidat à l’UE lors du sommet des 1er et 2 mars prochains ou si elle devra à nouveau se tourner vers le nationalisme en amont des élections prévues en avril.
Les discussions se concentreront sur la représentation du Kosovo dans les forums régionaux, ainsi que sur la gestion des frontières entre le Kosovo et la Serbie qui ne reconnait toujours pas l'indépendance de son ancienne province (voir « Contexte »).
Si un accord est conclu, Belgrade pourrait recevoir le statut de candidat à l'UE en une semaine. Lors du sommet de l'UE de décembre 2011, il avait en effet été décidé que cette décision pourrait être prise dès février et confirmée lors du sommet des 1er et 2 mars prochains.
Décision au sommet
Les chefs d'Etat et de gouvernement européens devront décider d'accorder ou non le statut de candidat à la Serbie lorsqu'ils se réuniront à Bruxelles la semaine prochaine.
Toutefois, selon un diplomate à Bruxelles, le moment clé pour la Serbie sera le Conseil Affaires générales qui rassemblera les 27 ministres des affaires étrangères le 28 février prochain.
L'évolution des relations entre la Serbie et le Kosovo sera au centre de l'évaluation des ministres. « Nous devons voir que la coopération régionale entre la Serbie et le Kosovo progresse », a souligné le diplomate.
Les négociateurs de l'UE souhaitent avant tout que les relations douanières à la frontière entre les deux pays se normalisent. Les Serbes auraient enlevé les barricades placées à la frontière entre la partie nord du Kosovo peuplée par des Serbes et la Serbie, permettant aux voitures de passer pour la première fois depuis les affrontements du mois de juillet dernier.
« Disposer d'arrangements pour la libre circulation des biens et des personnes est important dans ce contexte », a affirmé le diplomate, en référence aux affrontements de l'été dernier.
L'Autriche, la France et l'Italie auraient quant à elles demandé à la haute représentante Catherine Ashton d'ouvrir les portes de l'UE à la Serbie.
Note de bas de page
Belgrade campe sur ses positions et refuse que la déclaration d'indépendance du Kosovo soit mentionnée dans une note de bas de page de l'accord en discussion à Bruxelles.
Le premier ministre kosovar, Hashim Thaçi, a alimenté les craintes de la Serbie en affirmant que la signature de ce document reviendrait à la reconnaissance du Kosovo.
Les fonctionnaires serbes refusent de céder sur ce point. Ils semblent toutefois ouverts à la conclusion d'un compromis qui ferait référence à la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'ONU qui a mis un terme à la guerre du Kosovo en 1999 et à un avis rendu en 2010 par la Cour internationale de justice (CIJ) qui stipulait que le Kosovo n'avait pas violé le droit international lorsqu'il a fait sécession de la Serbie en février 2008.
L'importance de la position de l'Allemagne
La position de l'Allemagne reste floue bien que le pays ait insisté pour que la Serbie et le Kosovo normalisent leurs relations.
Le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle, s'est rendu à Belgrade hier et a déclaré que la Serbie avait « beaucoup progressé vers son adhésion à l'UE au cours des dernières années », a rapporté BETA, l'agence de presse partenaire d'EURACTIV en Serbie.
En réponse à ces déclarations, le ministre serbe des affaires étrangères, Vuk Jeremi?, a affirmé que la Serbie aurait du pain sur la planche dans les prochains jours, mais qu'elle savait qu'une issue était possible.
La Serbie organisera des élections législatives fin avril ou début mai. Le populisme ne fait que croître et les attaques contre le Parti démocratique du président, considéré par beaucoup comme la force pro-démocratie en Serbie, se font de plus en plus fréquentes.
Un récent référendum nationaliste organisé dans la partie nord du Kosovo peuplée par des Serbes a été rejeté par le gouvernement serbe qui l'a qualifié d'inutile et d'illégal. Ce référendum et son résultat sans appel (le rejet de l'autorité de Priština) a cependant été salué par le Parti démocratique de Serbie de Vojislav Koštunica et par le Parti radical serbe de Dragan Todorovi? dont le président, Voislav Šešelj, est poursuivi pour crime de guerre au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).
Récemment, Ivica Da?i?, ministre de l'intérieur et leader du Parti socialiste de Serbie, un partenaire de coalition du gouvernement, a déclaré que si l'UE refusait la candidature de la Serbie, le pays se tournerait vers la Russie en tant que partenaire stratégique.