Les chefs d’entreprises demandent à l’UE de limiter l’harmonisation sociale

Dans une période de cynisme grandissant envers l’UE, les chefs d’entreprises font remarquer la nécessité d’achever l’intégration économique. Ils sont toutefois réticents à l'idée de déléguer à l’UE une partie de la souveraineté nationale en matière de politique sociale, selon une récente enquête, au cours de laquelle 2 000 hommes d’affaires ont été interrogés, publiée mercredi (29 juin).

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Dans une période de cynisme grandissant envers l’UE, les chefs d’entreprises font remarquer la nécessité d’achever l’intégration économique. Ils sont toutefois réticents à l'idée de déléguer à l’UE une partie de la souveraineté nationale en matière de politique sociale, selon une récente enquête, au cours de laquelle 2 000 hommes d’affaires ont été interrogés, publiée mercredi (29 juin).

Présentant les conclusions du rapport lors d’une conférence à Bruxelles, Ludo Van der Heyden, professeur à l’école de commerce française INSEAD et coauteur du rapport, a affirmé que les systèmes de protection sociale développés étaient perçus de manière positive par les hommes et femmes d’affaires, mais qu’ils devaient rester aux mains des Etats membres.

La proportion de soutien aux politiques sociales, éducatives et sanitaires se situe entre 41 et 44 %. Même ceux qui prêchent pour un modèle commun sont très divisés sur le choix de ce modèle.

« Les personnes interrogées se disent peut-être que le processus économique et monétaire dans lequel ils se sont déjà engagés devrait être porté à maturité avant de se lancer dans de nouvelles aventures, telles que l’uniformité sociale » peut-on lire dans le rapport de l’INSEAD, corédigé par Booz & Company et le European Executive Council (en français : « Conseil européen des chefs d’entreprises »).

Rester concentré sur l’économie

A en croire les 2 000 chefs d’entreprises interrogés, l’UE devrait rester centrée sur l’économie. Selon eux, Bruxelles a surtout une valeur ajoutée en termes de commerce, de politique monétaire et de politique budgétaire.

En outre, ils estiment que l’UE joue un rôle clé s'agissant de donner davantage la parole aux Etats membres individuels sur des questions telles que le changement climatique, l’énergie ou la politique de sécurité.

Au sujet de la politique industrielle, les chefs d’entreprise sont partagés. Les personnes interrogées issues des secteurs de l’énergie et du commerce de détail sont les plus favorables à une politique industrielle harmonisée. Indépendamment de leur pays d’origine les chefs d’entreprise sont largement d’accord sur le fait que l’Europe devrait investir en masse dans l’innovation.

« L’innovation est essentielle non seulement pour augmenter la productivité, mais également pour lancer de nouveaux produits et services », a déclaré Maria Joao Rodrigues, professeur de politiques économiques européennes, avant d’ajouter que c’était la seule manière de créer plus de meilleurs emplois.

L’enquête met en avant le fait que l’innovation pourra stimuler la croissance de l’UE pour les vingt prochaines années, principalement grâce à une meilleure collaboration entre les universités et les entreprises, augmentant ainsi la recherche appliquée et créant des centres d’excellence dépassant les frontières.

La compétitivité dépend beaucoup de la créativité, et la créativité dépend de la mobilité », a fait remarquer Maria Joao Rodrigues, qui a plaidé pour élargir le programme Erasmus à tous les étudiants, et plus seulement les meilleurs.

Approuvant l’opinion du professeur, Walter Huber, vice-président des ressources humaines chez Siemens, a souligné que les entreprises rencontraient beaucoup de résistance de la part des employés.

«  L’expatriation ne devrait pas être un produit de luxe pour les entreprises qui veulent déplacer leurs bons éléments », a-t-il continué, expliquant que celles-ci recevaient une facture salée lorsqu’elles devaient déplacer leur personnel de pays en pays.

Cela nécessiterait une meilleure coordination des instruments politiques, a ajouté Maria Joao Rodrigues, laissant entendre que les entreprises pourraient montrer l'exemple en recrutant des jeunes qui ont suivi des études dans plus de deux pays.

Les chômeurs et les femmes pour enrayer le manque d'effectifs

Les chefs d’entreprise pensent également que des subventions seront nécessaires pour intégrer davantage les femmes et les chômeurs sur le marché du travail et compenser ainsi le déclin des effectifs européens, qui devraient baisser d’environ 20 millions de travailleurs entre 2020 et 2060.

Cinquante-sept pourcents des personnes interrogées étaient également favorables à l’immigration comme moyen de résoudre les défis démographiques. Deux tiers des chefs d’entreprise n’étaient toutefois pas d’accord avec l’idée selon laquelle l’élargissement de l’UE, afin d’intégrer des pays à forte croissance, alimenterait la croissance économique dans cette région. Faisant clairement référence à la Turquie, une majorité de personnes pensait que l’UE ne devrait pas être élargie davantage avant 2030.

Leur impression est partagée par Valéry Giscard d’Estaing, ancien président français, qui a affirmé que l’Europe était déjà suffisamment grande et nécessitait une nouvelle structure politique avant d’accueillir de nouveaux membres.