Le choc causé par la guerre en Iran est important mais ne devrait pas durer, selon Lagarde
La présidente de la BCE met également en garde contre le fait que « la situation reste fragile, avec des risques de revers ou d'une éventuelle nouvelle escalade ».
L’impact économique de la guerre en Iran sur l’Europe semble être « considérable mais pas trop durable », a déclaré Christine Lagarde, alors que l’espoir d’un accord de paix entre Washington et Téhéran grandit.
S’adressant lundi aux députés européens, la présidente de la Banque centrale européenne a indiqué que la récente flambée de l’inflation – qui a conduit la BCE à relever ses taux pour la première fois depuis 2023 au début du mois – n’est pas suffisamment « faible et temporaire » pour être « ignorée ».
Toutefois, Lagarde a également souligné qu’il n’y a « aucune preuve » que le conflit ait déclenché ce que l’on appelle des effets de second tour, par lesquels la flambée des coûts des matières premières conduit les entreprises à augmenter leurs prix et les salariés à réclamer des salaires plus élevés. Les anticipations d’inflation à long terme ne se sont pas non plus « désancrées » par rapport à l’objectif de 2 % fixé par la BCE, a-t-elle ajouté.
« Le choc est trop important pour être ignoré sans compromettre notre objectif », a déclaré Lagarde devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement. « Mais nous ne voyons pour l’instant aucun signe de désancrage des anticipations d’inflation, ni d’effets de second tour qui justifieraient une réponse politique plus énergique à ce stade. »
Lagarde a ajouté que la guerre a entraîné un « dépassement important mais pas trop persistant de notre objectif », justifiant « un ajustement mesuré de la politique monétaire ». La BCE restera « dépendante des données » et « ajustera [sa] réponse à mesure que le choc évoluera, tout en veillant à ce qu’elle reste proportionnée », a-t-elle déclaré.
Les rendements des obligations allemandes à deux ans, sensibles aux anticipations de taux d’intérêt, ont reculé de 2,62 % à 2,59 % à la suite des déclarations de Lagarde. Les opérateurs ont également légèrement revu à la baisse leurs anticipations de hausses de taux de la BCE, mais tablent toujours sur au moins une hausse de 0,25 point de pourcentage d’ici fin 2026.
Les propos de Lagarde interviennent dans un contexte d’apaisement des tensions entre les États-Unis et l’Iran, après que ce conflit eut attisé les craintes de stagflation dans la zone euro et conduit la BCE à relever son taux directeur à 2,25 % – sa première hausse depuis septembre 2023.
Des hauts responsables américains et iraniens se sont entretenus hier dans la station de montagne suisse de Bürgenstock, dans le but de préciser les termes d’un protocole d’accord signé la semaine dernière par Téhéran et Washington et de rouvrir le détroit d’Ormuz, dont la fermeture a bouleversé les marchés mondiaux de l’énergie.
Le Pakistan et le Qatar, qui ont joué le rôle de médiateurs dans ces discussions, ont déclaré que des « progrès encourageants » ont été réalisés au cours des discussions. Parmi ceux-ci figure la création d’une « cellule de désescalade » visant à mettre fin aux combats au Liban, qui ont menacé à plusieurs reprises de faire dérailler les négociations de paix.
Lagarde a toutefois appelé à la prudence. « L’accord de paix au Moyen-Orient est une bonne nouvelle, mais la situation reste fragile, avec des risques de revers ou d’une éventuelle nouvelle escalade », a-t-elle averti.
(bw)