Les élections locales éclipsent le scrutin européen [FR]

Cette semaine, neuf des 27 Etats membres de l’UE tiennent des votes nationaux en même temps que les élections européennes, et ce y compris dans trois des plus grands pays de l’Union. Si certaines critiques prétendent que ces élections jumelées embrouillent les questions européennes, ses défenseurs au contraire expliquent que cela devrait augmenter la participation électorale.

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Cette semaine, neuf des 27 Etats membres de l’UE tiennent des votes nationaux en même temps que les élections européennes, et ce y compris dans trois des plus grands pays de l’Union. Si certaines critiques prétendent que ces élections jumelées embrouillent les questions européennes, ses défenseurs au contraire expliquent que cela devrait augmenter la participation électorale.

A travers l’Europe, la campagne européenne a été éclipsée par les préoccupations locales, a déclaré Sara Hagemann de l’European Policy Centre. Tenir des élections locales en même temps que les élections européennes peut certainement augmenter la participation, ce qui s’est déjà produit par le passé, mais le débat et tout ce qui tourne autour vont se concentrer sur les élections locales plutôt que sur les élections au Parlement européen, a-t-elle expliquée, soulignant les dangers de cette pratique.

EURACTIV a questionné des experts de différents Etats membres où des élections nationales se tiennent pour savoir si les scrutins régionaux avaient volé la vedette aux campagnes européennes.

Danemark : référendum sur les droits royaux

Au Danemark, le gouvernement a prévu un référendum le 7 juin, relatif à l’octroi de droits équivalents de succession au trône aux membres de la famille royale, le même jour que le scrutin européen.

L’analyste politique danois David Willumsen a déclaré à EURACTIV qu’il ne pensait pas qu’il y ait d’effet spécifique pour le parti au fait de jumeler l’élection et le référendum. En termes de participation, le référendum n’a besoin que 40 % de l’électorat vote pour passer, a déclaré cet expert, en référence à l’obligation constitutionnelle de participation. Mais il a ajouté que cela n’aurait qu’un effet marginal sur le taux général de participation aux élections européennes.

Politiken.dk rapporte que le Danemark a généralement un taux de participation entre 70 et 80 % lors des référendums. En comparaison, 59 % des Danois ont affirmé à l’Eurobaromètre qu’ils iraient certainement voter aux élections européennes, bien que des sondages locaux plus récents suggèrent des chiffres encore plus bas : seulement 47,8 % votèrent effectivement en 2004.

Toutefois, Søren Risbjerg Thomsen, professeur de science politique à l’Université d’Aarhus, a expliqué à EURACTIV qu’il ne pensait pas que le référendum ferait augmenter la participation au scrutin européen, parce que « la plupart des gens ne sont pas au courant de la tenue de ce vote ». Jusqu’à maintenant, nous n’en avons pas parlé dans les médias, a confessé le professeur.

Les supposées affaires de cœur de Berlusconi excitent le débat

L’Italie organise également des élections régionales en tandem avec le scrutin européen. La politique locale en Italie joue un rôle important dans la gouvernance du pays et on craint généralement que ces élections locales éclipsent le vote européen.

Ettore Greco, le directeur de l’Instituto Affari Internazionali, a déclaré qu’il n’y avait aucun doute sur le fait que la tenue des élections locales aurait un impact substantiel sur la participation aux européennes en Italie. Il va y avoir des élections municipales dans presque la moitié des villes ainsi que des élections provinciales, a informé l’expert italien.

Les questions locales ont prévalu lors des élections locales passées, a expliqué Greco. Il a ajouté que les médias nationaux se sont concentrés sur les problèmes nationaux plutôt qu’européens, polarisant le débat autour de la supposée affaire de cœur de M. Berlusconi avec une demoiselle de 18 ans. En effet, la campagne européenne en Italie s’est escrimé à attirer l’attention des électeurs le mois dernier, à la suite de la décision de la femme du Premier ministre Silvio Berlusconi de demander le divorce (EURACTIV 07/05/09).

Les élections au Royaume-Uni étouffées par le scandale des notes de frais

En Angleterre, les électeurs iront le 4 juin élire leurs représentants locaux ainsi que leurs eurodéputés. Simon Hix de la London School of Economics explique que les élections du Parlement européen sont des élections de second ordre dans ce cas précis, alors que l’on attend des électeurs qu’ils expriment leur frustration envers le gouvernement en choisissant de donner leurs voix aux partis plus modestes.

Philip Whyte, un expert politique au Centre for European Reform à Londres a déclaré à EURACTIV que le scrutin européen n’était pas en compétition avec d’autres scrutins, mais plutôt que les projecteurs ont été monopolisés par le scandale des notes de frais au parlement britannique.

M. Whyte a expliqué que ce scandale a complètement éclipsé les campagnes pour les élections européennes dans la presse britannique ; quasiment personne n’est au courant que ce vote a lieu, a-t-il ajouté. Il a suggéré que l’impact sur la participation allait être assez marqué.

L’un des grands gagnants du scandale sera le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), selon M. Whyte, qui se référait au principal parti eurosceptique au Royaume-Uni. Il a aussi mentionné que l’on craignait de voir le Parti National britannique (BNP), un parti d’extrême droite, réussir à gagner un ou deux sièges. 

Les Lettons élisent des candidats, pas des partis

La Lettonie a aussi prévu des élections locales qui coïncide avec le scrutin européen. « Les élections locales sont bien plus importantes pour notre public », a confié à Euractiv Aigars Freimanis, le directeur de Latvijas Fakti, en soulignant que « le chômage est en ce moment le problème n° 1 en Lettonie ». Même en ayant un emploi, les gens « se sentent en danger de le perdre », a expliqué le directeur de recherche. 

Au moment de se décider pour qui voter au Parlement européen, M. Freimanis a affirmé que les Lettons s’intéressaient davantage à la qualité du candidat et à son CV. Avec tout juste huit eurodéputés, les Lettons savent qu’ils se doivent d’envoyer les candidats les plus solides possibles, a-t-il expliqué. 

M. Freimanis a ajouté que quand les Lettons votent pour une liste, ils savent qu’ « en réalité, une voire deux personnes au maximum de la liste » sera élue, ce qui signifie qu’ils préfèrent voter pour un candidat. « Quand vous leurs posez les questions telles que « Pour quel parti allez-vous voter ? » ou « Pour qui pensez-vous voter aux élections européennes ? », les gens répondent en général qu’ils voteront pour une personne en particulier », a ajouté M. Freimanis. 

Les Allemands louchent vers les élections générales de septembre

Les partis politiques allemands se préparent déjà pour les élections générales de septembre et ils ont considéré les élections locales et européennes de cette semaine comme un terrain d’essai. Alors que les sondages d’opinion font craindre une abstention historiquement élevée le 7 juin, la chancelière allemande Angela Merkel a agi pour mobiliser les électeurs allemands, en diffusant conjointement une déclaration avec Nicolas Sarkozy ce week-end, pressant les électeurs d’exprimer leur vote (EURACTIV 02/06/09). 

Certains commentateurs de la presse allemande ont affirmé que les partis envisagent le scrutin européen à venir comme un simple tour d’échauffement avant les élections nationales de septembre. C’est une affirmation que Mme Merkel a rejeté avec force. Cela ne rendrait pas justice à l’importance de l’Europe, a-t-elle confié à la télévision allemande ARD en réfutant cette accusation. 

Mais les médias allemands ont néanmoins remarqué des changements dans l’approche de la dirigeante allemande envers les sujets européens en amont du scrutin européen. Ils pointent du doigt la tentative inhabituellement discrète de Mme Merkel et M. Sarkozy d’aborder le sujet de l’élargissement dans leur déclaration de ce week-end. En général loquaces sur leur scepticisme à l’égard d’une future adhésion de la Turquie, la déclaration de Mme Merkel et M. Sarkozy a évité de mentionner le nom de ce pays en traitant de la question de l’élargissement. 

Certains experts considèrent ceci comme de l’électoralisme avant le scrutin de septembre. Selon un sondage mené auprès de Turcs allemands, à peine 10 % voteraient pour les chrétiens-démocrates de Mme Merkel et l’Union sociale chrétienne. Cela pourrait être quelque chose que la chancelière cherche à changer avant les élections de septembre, en arrondissant les angles sur la Turquie, selon des observateurs.