Les États membres de l’UE se montrent unis face à la Russie mais craignent les conséquences

Les dirigeants européens se sont montrés unis pour condamner l’invasion militaire de la Russie en Ukraine qui a débuté ce jeudi 24 février

EURACTIV.com avec le réseau EURACTIV
Long queues in Kiev as Russian troops enter Ukraine
Un embouteillage à Kiev, en Ukraine, le 24 février 2022. Les troupes russes sont entrées en Ukraine tandis que le Président du pays, Volodymyr Zelensky, s'est adressé à la nation pour annoncer qu'il instaurait la loi martiale. [EPA-EFE/SERGEY DOLZHENKO]

Les dirigeants européens se sont montrés unis pour condamner l’invasion militaire de la Russie en Ukraine qui a débuté ce jeudi 24 février et qui a fait plonger le rouble russe à un niveau historiquement bas tandis que le prix du baril pétrole a dépassé les 100 dollars pour la première fois depuis 2014.

À travers toute l’Europe, les gouvernements nationaux ont organisé des réunions d’urgence afin d’évaluer la situation qui précipite l’Europe au bord d’une guerre majeure pour la première fois depuis la désintégration de la Yougoslavie qui avait entraîné un véritable bain de sang au début des années 1990.

Les dirigeants européens se réuniront jeudi soir à Bruxelles pour un sommet d’urgence afin de définir une position commune contre la Russie et d’adopter des sanctions d’une ampleur sans précédent.

« Le monde vient de basculer dans une guerre hybride violente aux conséquences sans précédent », a annoncé le Premier ministre slovène Janez Jansa, ajoutant que l’abandon par l’Ukraine de son arsenal nucléaire dans les années 1990 était « une trahison aux conséquences géopolitiques considérables ».

« De nombreuses nations vont maintenant essayer de développer leur propre arsenal nucléaire. Il n’y a plus d’arguments réalistes contre cela. »

La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a quant à elle déclaré : « Nous allons lancer le paquet complet des sanctions les plus massives visant la Russie. Et nous allons renforcer notre sécurité et nos alliés ».

« Nous sommes tous abasourdis ce matin, mais nous ne sommes pas impuissants. Nous nous sommes préparés à ces événements, et nous allons maintenant avancer », a-t-elle ajouté.

Le Président français Emmanuel Macron s’est entretenu avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky quelques heures après le début de l’invasion. « Le Président Zelensky a décrit la situation et a demandé des interventions multiples pour soutenir l’Ukraine. Il a demandé de faire unité en Européens. Le Président l’a assuré du soutien et de la solidarité de la France », a communiqué le cabinet de M. Macron.

L’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Slovaquie, la Roumanie et d’autres alliés de l’OTAN ont décidé de tenir des consultations en vertu de l’article 4 de l’OTAN jeudi matin après l’attaque de l’Ukraine par la Russie.

L’article 4 prévoit des consultations sur des questions militaires lorsque « l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité de l’une des parties est menacée ». Si l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN, plusieurs de ses voisins le sont.

En Italie, deux leaders politiques de droite qui se sont exprimés plus positivement sur Vladimir Poutine ces dernières années — Matteo Salvini et Giorgia Meloni — se sont finalement ralliés à la condamnation générale.

« L’Europe retombe dans un passé que nous espérions ne plus revivre. L’Occident et la communauté internationale sont unis pour mettre en place toutes les mesures nécessaires en faveur de Kiev et du respect du droit international », a écrit Mme Meloni dans une publication Twitter.

Les premiers réfugiés arrivent dans l’Est de l’UE

Le Président polonais Andrzej Duda a qualifié l’invasion d’« attaque russe brutale, gratuite et injustifiée ».

« Nous coopérons avec nos alliés de l’OTAN et de l’UE. Nous répondrons conjointement à l’agression brutale de la Russie et ne laisserons pas l’Ukraine sans soutien », a-t-il ajouté.

« La Russie s’exclut elle-même de la communauté internationale », a-t-il continué, tandis que le Premier ministre Mateusz Morawiecki a tenu à souligner que l’agression de la Russie devait faire l’objet d’une « réaction immédiate ».

La Slovaquie, comme la Pologne, faisait partie du bloc soviétique pendant la Guerre froide et possède cinq postes-frontière avec l’Ukraine. Deux d’entre eux sont désormais encombrés de voitures qui tentent d’entrer dans le pays, rapporte EURACTIV Slovaquie.

Le journal officiel national de 9h45 a indiqué que le temps d’attente était d’environ trois heures sur les deux passages pour les voitures de particuliers et que ce temps d’attente était encore plus élevé pour les camions. Plusieurs centaines d’Ukrainiens mais aussi de Slovaques et de citoyens d’autres pays auraient déjà traversé la frontière depuis le début de la matinée.

Le Premier ministre slovaque Eduard Heger a confirmé que la frontière resterait ouverte et que la Slovaquie aiderait tous les Ukrainiens qui en feraient la demande.

Le ministre de la Défense slovaque, Jaroslav Naď, a annoncé que la Slovaquie accepterait plusieurs centaines de soldats de l’OTAN sur son territoire afin de protéger le pays.

Roumen Radev, le Président de la Bulgarie, un pays qui a également fait partie du bloc soviétique, a estimé qu’il n’y avait pas de danger militaire direct pour la Bulgarie, mais qu’il y avait tout de même « des risques » pour le pays, principalement en ce qui concerne l’approvisionnement en énergie.

Il a ajouté que des mesures avaient été prises pour protéger la Bulgarie en matière de cybersécurité.

Les États membres du Nord adoptent un discours sombre, les États non membres de l’UE sont plus réservés

Le Président finlandais Sauli Niinistö, présenté comme l’un des hommes politiques de l’Union qui connaissent le mieux Vladimir Poutine, a formulé une sombre prédiction : « Ce que nous avons vu n’est qu’un prélude. Malheureusement, le tableau va encore s’assombrir et devenir plus sinistre ».

Des préparatifs ont été faits pour faire face à un éventuel afflux de réfugiés en provenance d’Ukraine et la Première ministre finlandaise Sanna Marin a déclaré qu’un tel scénario était possible. Tous les ministres nordiques de la Défense devaient tenir une réunion spéciale plus tard dans la journée de jeudi.

La Première ministre suédoise, Magdalena Andersson, a quant à elle mis en garde les Suédois : « Nous savons que beaucoup de gens se demandent ce que cela signifie pour nous. Et bien le fait qu’un pays dans notre voisinage immédiat viole le droit international et l’ordre de sécurité européen a des conséquences pour la Suède également », a-t-elle expliqué.

« La coordination au sein de la cellule de crise du Bureau du gouvernement a été activée et toutes les autorités concernées travaillent à plein régime », a-t-elle poursuivi. Elle a également appelé à une grande vigilance face aux tentatives de désinformation.

La Suisse, pays non membre de l’UE, a elle aussi condamné l’invasion russe en Ukraine et appelé la Russie à « cesser immédiatement l’agression militaire » ainsi qu’à « retirer ses troupes du territoire ukrainien ».

Mercredi, la position adoptée par la Suisse était de ne pas adopter les mêmes sanctions que la plupart des pays occidentaux, tout en affirmant qu’elle s’emploierait à ne pas être utilisée comme un moyen de « contourner les sanctions » imposées par les autres pays. Le gouvernement a tenu une session extraordinaire dans la journée de jeudi afin de discuter des derniers développements dans la crise.

En Serbie, autre pays non membre de l’UE, l’ancien président du parlement Ivica Dačić, président du Parti socialiste de Serbie et partenaire du gouvernement de coalition, a déclaré que Belgrade ne devait pas se joindre aux sanctions contre la Russie, car les pays qui le lui demandent ne les ont « pas aidés en 1999 », lors des bombardements de l’OTAN contre le pays.

« Préservons les relations avec l’UE, la Russie et la Chine, car personne ne nous défendra si elles [la Russie et la Chine] cessent de nous défendre », a confié M. Dačić au radiodiffuseur public RTS.