Les États membres voisins de l’Ukraine menacent la Commission pour qu’elle prolonge l’interdiction des importations ukrainiennes

Les États membres de l’UE voisins de l’Ukraine ont menacé de prendre des mesures drastiques, notamment des grèves et des blocages de ports, si la Commission européenne ne renouvelait pas son interdiction temporaire sur les importations des produits agricoles ukrainiens.

Euractiv.com
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L’interdiction temporaire sur certains produits agricoles ukrainiens — blé, maïs, colza et graines de tournesol — a été mise en place pour apaiser les pays de la ligne de front qui ont imposé unilatéralement leurs propres restrictions commerciales en avril, après qu’un afflux de produits agricoles ukrainiens a mis les agriculteurs sous pression. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/wheat-grains-on-yellow-blue-flag-2156728743" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK]</a>]

Les États membres de l’UE voisins de l’Ukraine ont menacé de prendre des mesures drastiques, notamment des grèves et des blocages de ports, si la Commission européenne ne renouvelait pas son interdiction temporaire sur les importations des produits agricoles ukrainiens.

L’interdiction temporaire sur certains produits agricoles ukrainiens (blé, maïs, colza et graines de tournesol) a été mise en place pour apaiser les pays voisins du pays en guerre qui avaient imposé unilatéralement leurs propres restrictions commerciales en avril, après qu’un afflux de produits agricoles ukrainiens a mis leurs agriculteurs sous pression.

Après une première prolongation en juin, l’interdiction doit expirer ce vendredi (15 septembre), mais son renouvellement s’est avéré être une pomme de discorde pour la Commission, qui est prise en étau entre la volonté de manifester sa solidarité avec Kiev et le soutien aux pays voisins de l’Ukraine souffrant des importations massives : la Pologne, la Bulgarie, la Hongrie, la Roumanie et la Slovaquie.

Ces cinq pays ont donné un coup d’accélérateur à leur campagne en faveur de la prolongation de l’interdiction d’importation, menaçant la Commission européenne si elle venait à ne pas prolonger la mesure actuelle.

Cette annonce intervient à la veille d’une réunion cruciale de la plateforme de coordination conjointe sur les céréales ukrainiennes — composée de représentants des cinq pays de l’UE voisins de l’Ukraine, de l’Ukraine elle-même et de la Commission — qui se réunira pour débattre de la question mercredi après-midi (13 septembre).

Des mesures drastiques

Mardi (12 septembre), le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a annoncé sur les réseaux sociaux que Varsovie bloquerait unilatéralement les importations de céréales ukrainiennes, et ce quelle que soit la décision de Bruxelles, faisant ainsi écho aux commentaires formulés par le ministre de l’Agriculture du pays, Robert Telus, en juillet dernier.

Une telle décision constituerait probablement une violation directe du droit européen, étant donné que le commerce relève de la compétence de l’UE.

Malgré cela, la Hongrie, la Roumanie et la Slovaquie semblent prêtes à suivre le mouvement, si l’on en croit le ministre hongrois de l’Agriculture, István Nagy.

Comme le rapporte Reuters, M. Nagy a déclaré dans un message vidéo sur Facebook mercredi que le pays avait « convenu avec mes collègues roumains, slovaques et bulgares que s’il n’y avait pas de décision sur l’extension du moratoire existant par Bruxelles, alors nous prendrions des mesures nationales individuellement ».

Il a ajouté que le pays irait plus loin et étendrait l’interdiction à une gamme plus large de produits agricoles ukrainiens.

Par ailleurs, les agriculteurs roumains ont averti dans une lettre adressée mardi à la Commission que, si ces mesures n’étaient pas prises, la « majorité » des agriculteurs et des coopératives agricoles se préparaient à entamer une « grève générale massive ».

La communauté agricole « bloquera également le port et tous les postes-frontières » du pays pour une « période indéfinie » jusqu’à ce qu’une liste étendue de questions, qui sera présentée à ce moment-là, soit abordée, stipule la lettre.

Cette liste comprend également l’octroi d’exemptions aux mesures environnementales de la politique agricole commune (PAC) de l’UE (voir ci-dessous pour plus de détails).

« Nous leur demandons instamment de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter une crise grave et persistante pour les agriculteurs et les coopératives roumains », peut-on lire dans la lettre.

La Commission réfléchit encore

Cependant, la Commission européenne n’a pas encore pris position sur la question, explique une porte-parole de l’exécutif.

En réponse à une question sur le sujet lors de la conférence de presse quotidienne de l’institution, cette même porte-parole a confirmé que bien qu’il y ait eu un échange sur le sujet au sein du collège des commissaires, « aucune décision n’a encore été prise ».

« Nous discutons de la meilleure solution pour nous assurer que nous pouvons trouver quelque chose d’acceptable pour tout le monde », a-t-elle dit, ajoutant que la Commission est « confiante dans le fait que toutes les mesures que nous avons prises et toutes nos discussions dans la plateforme de coordination mènent à des résultats concrets » .

Dans le même temps, s’adressant au Parlement européen lors de la session plénière de mardi, le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski a réitéré son souhait de voir l’interdiction étendue, soulignant la nécessité d’un soutien financier pour compenser le coût supplémentaire du transit.

« C’est dans ce contexte que nous déciderons des mesures appropriées pour continuer à garantir le transport des céréales ukrainiennes en provenance des États membres voisins tout en évitant les goulets d’étranglement logistiques », a-t-il déclaré.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]