Les faibles performances linguistiques de l’UE nuisent à sa compétitivité [FR]

Les entreprises européennes risquent de devenir moins compétitives : d’autres pays commencent en effet à dépasser l’UE en terme de compétences linguistiques, comme le conclut un rapport présenté par des dirigeants d’entreprises le 11 juillet.

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Les entreprises européennes risquent de devenir moins compétitives : d’autres pays commencent en effet à dépasser l’UE en terme de compétences linguistiques, comme le conclut un rapport présenté par des dirigeants d’entreprises le 11 juillet.

Les économies émergentes, principalement en Asie et en Amérique latine, acquièrent rapidement de solides compétences linguistiques nécessaires au succès de la concurrence et l’Europe devra promouvoir plus efficacement l’apprentissage formel et informel des langues si elle souhaite les concurrencer, conclut le rapport final du Forum des entreprises pour le multilinguisme, intitulé « Les langues font nos affaires : des entreprises plus performantes grâce à une connaissance accrue des langues ».

Un avantage compétitif

En effet, selon le rapport présenté par le commissaire européenne au Multilinguisme Leonard Orban et par le président du Forum des entreprises le Vicomte Etienne Davignon, 11 % des PME européennes perdent des opportunités économiques chaque année directement en raison de leurs faiblesses linguistiques et interculturelles, alors qu’elles pourraient considérablement améliorer leurs résultats d’exportation en utilisant les langues de façon stratégique.

« Les langues ne sont pas seulement nécessaires pour promouvoir les ventes et le marketing. Les chaînes d’approvisionnement en amont traversent tout autant les frontières que les

services internationaux et les produits finis destinés à l’exportation. Les marchés du travail sont également mondialisés. L’intégration d’employés multilingues et multiculturels est

cruciale », souligne le rapport, tout en insistant sur le fait que le multilinguisme pourrait également contribuer à intégrer des millions d’immigrants dans les marchés de l’emploi en Europe.

Pour ce qui est de la réussite des activités économiques internationales, le rapport note que les PME devraient se concentrer sur l’amélioration de leurs compétences en anglais, mais que l’allemand, le français et le russe sont aussi très demandés, tout comme le mandarin et d’autres langues chinoises.

Selon le commissaire Orban, le rapport sera inclus dans la communication de la Commission sur le multilinguisme prévue pour septembre, reflétant sa profonde conviction selon laquelle les langues apportent un avantage compétitif aux entreprises européennes. En effet, le texte recommande une série de mesures au niveau entrepreneurial, régional, national et européen pour contribuer à transformer la diversité linguistique en un avantage compétitif.

Des « stratégies linguistiques » pour les entreprises

Le rapport souligne notamment l’importance de faire approuver les stratégies linguistiques au plus haut niveau dans les entreprises européennes. Ces stratégies devraient s’efforcer d’investir dans les formations, de recruter des employés de différentes langues maternelles et d’assurer une bonne communication multilingue grâce aux TIC, en se concentrant tout particulièrement sur Internet (comme la traduction automatique par le net) et sur les nouveaux médias.

A l’échelle nationale, le document appelle notamment les gouvernements à élargir le choix des langues proposées dans les programmes scolaires. Il souligne également qu’il est important de récompenser les compétences linguistiques des candidats à un emploi. « Toutefois, la reconnaissance officielle de l’apprentissage non formel et informel est exceptionnelle, et ces compétences linguistiques sont rarement considérées comme un vrai mérite personnel », déplore-t-il.

A l’échelle européenne, il appelle la Commission à établir une plate-forme européenne en faveur d’un échange permanent de meilleures pratiques concernant les langues pour les affaires.

Il faut améliorer le financement

Le rapport demande également à l’exécutif européen de réunir « toutes les informations utiles sur les programmes communautaires favorisant les langues dans le contexte des affaires » sur un site Internet qui servirait de « guichet unique prodiguant aux entreprises des conseils pratiques sur la procédure de demande d’un financement ».

Il affirme que les entreprises européennes connaissent très peu les possibilités de financement de la Communauté et que les procédures de candidature, par ailleurs limitées, sont généralement considérées comme « longues » et « laborieuses ». De plus, les fonds disponibles sont minimes et il faudrait donc clairement rappeler que ce sont les gouvernements et les autorités régionales qui devront apporter la majeure partie du financement, souligne le rapport.

Selon le Vicomte Davignon, la réussite de ces programmes a été moins importante que prévue. M. Orban a admis que malheureusement, de nombreuses entreprises ne connaissent pas les initiatives de la Commission. Il a dès lors promis de trouver un moyen d’y remédier dès que possible.

L’anglais comme compétence de base

Le rapport conclut que « généralement, les études et l’expérience révèlent qu’il existe un certain laxisme, l’anglais étant perçu comme la seule langue nécessaire pour réaliser des affaires au niveau  international ».

Tout en admettant qu’on ne peut pas ignorer le rôle de l’anglais, M. Orban a déclaré lors d’un autre événement le 9 juillet que l’utilisation de l’anglais dans le milieu des affaires internationales a néanmoins évolué pour devenir une compétence de base qu’il faut naturellement posséder. C’est donc la connaissance d’autres langues qui profite aux entreprises européennes.

De même, M. Davignon a déclaré que le Forum des entreprises avait été assez réaliste pour comprendre que l’anglais est essentiel, mais a souligné que ce n’est plus suffisant pour faire face aux défis du monde des entreprises et a averti que l’Europe ne se soucie pas assez de la nécessité du multilinguisme.

« Une tendance monolingue »

Appelant l’exécutif européen, les gouvernements nationaux et les entreprises à tirer eux-mêmes des conclusions du rapport, M. Davignon a « constaté que le milieu professionnel devenait de plus en plus uniforme et monolingue » tout au long de sa carrière, tout en avertissant qu’il « ne sera pas possible d’inverser cette tendance du jour au lendemain ».

Alors que le commissaire Orban ne peut pas affirmer combien de recommandations du rapport seront intégrées dans sa nouvelle stratégie pour le multilinguisme, il a néanmoins déclaré que la Commission souhaiterait voir un suivi, espérant que les ministres européens de l’Economie tiendraient compte des recommandations.