Les lignes rouges des États membres sur le budget
Afin de définir leur position sur le budget européen, les dirigeants se sont entretenus hier à Bruxelles avec Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, et José Manuel Barroso, le président de la Commission, lors de réunions « bilatérales ». Voici leurs lignes rouges.
Afin de définir leur position sur le budget européen, les dirigeants se sont entretenus hier à Bruxelles avec Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, et José Manuel Barroso, le président de la Commission, lors de réunions « bilatérales ». Voici leurs lignes rouges.
France
Principale bénéficiaire de la politique agricole commune (PAC), la France accorde la priorité au maintien du budget de ce programme à un niveau le plus élevé possible. Le premier ministre, Jean?Marc Ayrault, a déclaré : « Il n'est pas question de retirer le moindre euro de la PAC ».
Alors que la France défend publiquement la politique de cohésion avec la Pologne et le mécanisme pour l'interconnexion en Europe, il est peu probable qu'elle s'oppose à un gel ou même à une diminution de ces catégories.
Paris envisage un budget global d'environ 960 milliards d'euros, soit environ 1 % du PIB de l'UE, une position proche de l'Allemagne qui accepterait un gel des dépenses actuelles.
La France soutient le principe de ressources propres et évoque régulièrement l'idée d'allouer une partie des revenus de la taxe sur les transactions financières au budget communautaire, ce que Berlin refuse.
Allemagne
L'Allemagne veut geler le budget à 1 % du PIB de l'UE, soit 960 milliards d'euros.
Berlin exerce une pression importante pour « dépenser mieux » et préconise un transfert monétaire vers de nouveaux domaines politiques tels que l’innovation et la recherche.
À l’instar de la France, l'Allemagne ne veut pas réduire la PAC, mais accepterait une redistribution d'une partie des fonds agricoles vers le climat, l'énergie et la compétitivité afin de « dépenser mieux ».
Quant aux fonds de cohésion, la deuxième catégorie principale des dépenses de l'UE (36 %), l'Allemagne préconise une aide financière en faveur des régions défavorisées, dont l'est du pays.
Depuis que l'opinion publique considère de plus en plus l'Allemagne comme le trésorier de l'UE, Berlin souhaite être la plus discrète possible et éviter toute augmentation de la contribution allemande, selon le Conseil européen des relations étrangères.
Pologne
Principale bénéficiaire des fonds structurels avec quelque 67 milliards entre 2007 et 2013, la Pologne s'oppose à toute proposition de coupes et espère dégager un montant similaire pour le prochain budget à long terme. Selon des données d'EURACTIV Pologne, le gouvernement compte sur un montant de 75 milliards d'euros.
Le pays doit toujours moderniser ses infrastructures et il estime, tout comme l'Union et d'autres pays ex-communistes, que le climat d'austérité ne devrait pas servir d'excuse pour retarder leurs projets de développement économique.
Le premier ministre Donald Tusk a rejeté les propositions de la présidence chypriote du Conseil de l'Union européenne et du président Herman Van Rompuy, et continue de soutenir la ligne défendue par la Commission européenne.
La Pologne défend ardemment la PAC, en collaboration avec la France.
Royaume-Uni
Le premier ministre britannique, David Cameron, s'oppose aux chiffres proposés par M. Van Rompuy (973 milliards d'euros).
M. Cameron souhaite un gel réel des dépenses et a appelé l'UE à réduire son budget dans un « geste symbolique », menaçant d'utiliser son veto si ce n'était pas respecté. Selon certains journalistes, la position radicale de M. Cameron est due aux députés eurosceptiques d'arrière-ban et à la crainte de perdre des électeurs à l'avantage du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni.
Le 31 octobre, le Parlement britannique a voté une résolution qui va plus loin et demande une réduction du budget de l'UE, ce qui met David Cameron sous pression lors du sommet européen.
Les Pays-Bas et la Suède ont adopté une position similaire.
Espagne
Confronté à une crise économique et un taux de chômage dépassant les 25 %, le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, entend défendre la PAC et la politique régionale, dont son pays est largement bénéficiaire.
La proposition d’Herman Van Rompuy ferait perdre à Madrid un tiers de ses fonds structurels et 17 % de ses subsides agricoles.
À la suite de plans de sauvetage et de mesures d'austérité drastiques, la presse espagnole a présenté M. Rajoy comme un homme qui se plie à la volonté de l'UE. Pour Madrid, une défaite politique supplémentaire n'est pas envisageable.
Pour Íñigo Méndez de Vigo, le secrétaire d’État aux affaires européennes, l'Espagne préfère « ne pas obtenir d'accord plutôt qu'en conclure un mauvais ». Cette déclaration peut toutefois être perçue davantage comme une manoeuvre tactique qu'une menace de veto.
Slovaquie
Le premier ministre Robert Fico a récemment déclaré que la Slovaquie pourrait envisager certaines coupes dans la proposition de cadre financier, mais qu'elle n'accepterait jamais de réduction du fonds de cohésion, selon EURACTIV Slovaquie.
Bratislava soutient la taxe sur les transactions financières (TTF), mais n'a pas établi de lien clair entre le budget de l'UE et la TTF.
Bulgarie
La Bulgarie préconise également un fonds de cohésion solide et souhaite que le budget global ainsi que la PAC conservent au moins leur niveau actuel.
Sofia indique que si le budget de la PAC est réduit, les pays qui ne reçoivent que des paiements directs pour l'agriculture subiront les conséquences, selon EURACTIV Bulgarie.
La troisième priorité du gouvernement est de garantir des fonds supplémentaires afin de poursuive le démantèlement sûr de la centrale nucléaire de Kozloduy.
La Bulgarie ne soutient pas la taxe sur les transactions financières.