Les pays méditerranéens font pression au niveau de l’UE pour un nouveau partenariat avec l’Afrique
Un groupe de neuf pays méditerranéens de l’UE fait pression pour un « partenariat euro-méditerranéen » formel avec les pays africains, fondé sur la coopération en matière d’énergie et de migration, selon un document consulté par EURACTIV.
Un groupe de neuf pays méditerranéens de l’UE fait pression pour un « partenariat euro-méditerranéen » formel avec les pays africains, fondé sur la coopération en matière d’énergie et de migration, selon un document consulté par EURACTIV.
Le projet de document, qui a été distribué alors que les dirigeants de l’UE se réunissaient pour leur sommet ordinaire à Bruxelles jeudi (29 juin), a été cosigné par Chypre, la Croatie, l’Espagne, la France, l’Italie, la Grèce, Malte, la Slovénie et le Portugal.
Le projet est présenté comme une réponse aux défis géopolitiques résultant de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et précise que « les rives nord et sud de la Méditerranée sont confrontées aux mêmes défis » et sont « toutes deux affectées par les conséquences de l’agression russe en Ukraine ».
L’UE devrait « veiller à ce que les deux rives de la Méditerranée soient étroitement liées », peut-on lire dans le document, dans lequel il est précisé qu’« il n’existe pas de fracture méditerranéenne » et que la région devrait constituer « un formidable atout » pour l’Union.
L’inclusion de la migration au cœur de la proposition n’est pas une surprise puisque le rythme de la coopération entre l’UE et l’Afrique en matière de contrôle migratoire s’est accéléré au cours des derniers mois.
Au début du mois, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé la conclusion d’un accord d’un milliard d’euros avec le président tunisien Kaïs Saïed, portant sur le versement d’une aide financière en échange du contrôle des migrants.
Avant le sommet de jeudi, des diplomates de nombreux États membres du bloc ont indiqué qu’ils souhaiteraient que la Commission européenne utilise le futur accord tunisien, dont les détails sont encore en cours d’élaboration, comme modèle pour d’autres pays d’Afrique du Nord, notamment l’Égypte et le Maroc.
Dans une lettre envoyée aux dirigeants européens en début de semaine, consultée par le journal Africa Confidential, Mme von der Leyen avait écrit que l’UE devrait utiliser l’« initiative actuelle avec la Tunisie [comme] modèle pour des partenariats similaires à l’avenir », ajoutant que l’exécutif européen « recherchera de nouveaux partenariats globaux avec des pays tiers ».
Le Maroc, le Nigéria et l’Égypte constituent les autres « partenaires prioritaires » de la Commission européenne en matière de contrôle des migrants, selon la lettre.
Dans leur document, le groupe de neuf pays a déclaré qu’un futur partenariat euro-méditerranéen devrait viser à « renforcer la coopération en matière de migration et de mobilité au moyen de partenariats sur mesure, globaux, équilibrés et mutuellement bénéfiques ».
En échange d’une plus grande coopération des États africains en ce qui concerne les traversées irrégulières et les retours des migrants, l’UE pourrait offrir « une utilisation stratégique des formes de migration légale, notamment des partenariats destinés à attirer les talents et de la mobilité », a ajouté le groupe.
En ce qui concerne la politique énergétique, certains gouvernements de l’UE ont conclu des accords avec l’Égypte, la Libye et l’Algérie afin d’augmenter les livraisons de gaz après l’arrêt des livraisons russes à la suite du début de la guerre en février 2022.
Cependant, le bloc n’a pas développé d’approche commune pour la coopération en matière de politique énergétique, bien qu’elle ait envisagé de conclure des accords avec le Ghana et le Nigéria sur de nouveaux gazoducs.
« Le développement d’une politique énergétique méditerranéenne commune représente une occasion précieuse de transformer la dynamique actuelle en situation avantageuse pour tous », a soutenu le groupe de pays.
La politique numérique et les investissements de l’UE dans le cadre de la nouvelle stratégie « Global Gateway » devraient également se trouver au cœur du partenariat, selon le document.
Il est également demandé que des structures formelles soient mises en place : des sommets réguliers entre l’UE et son voisinage méridional, des « réunions ministérielles sectorielles » et des « réunions de hauts responsables ».
L’Espagne, qui prendra les rênes de la présidence tournante du Conseil de l’UE en juillet, prévoit d’organiser un sommet avec les acteurs régionaux.
L’initiative de Madrid d’organiser un mini-sommet méditerranéen a déjà été saluée par le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, qui a rappelé qu’il y avait « beaucoup d’années, trop d’années » qu’une réunion de ce type n’avait pas eu lieu.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]